La NASA fête ses 60 ans et veut renouer avec la gloire

La NASA ne peut plus envoyer seule des astronautes dans l’espace depuis 2011, lorsque son programme de navettes spatiales a pris fin au bout de 30 ans.
Photo: NASA / Agence France-Presse La NASA ne peut plus envoyer seule des astronautes dans l’espace depuis 2011, lorsque son programme de navettes spatiales a pris fin au bout de 30 ans.

Il y a 60 ans, stimulés par la concurrence avec l’Union soviétique, les États-Unis créaient la NASA, point de départ d’une aventure spatiale qui allait les emmener sur la Lune.

Aujourd’hui, l’agence peine à se réinventer dans un secteur où se côtoient de plus en plus d’agences spatiales internationales et d’intérêts commerciaux.

Depuis sa naissance, la NASA a repoussé les frontières de l’exploration spatiale, mais a aussi vécu des échecs retentissants comme l’explosion de deux navettes en 1986 et 2003 (14 morts).

Son ambition de retourner dans l’espace lointain pourrait se heurter à un problème de financement, qui l’empêcherait d’aller à nouveau sur la Lune au cours de la prochaine décennie et sur Mars d’ici les années 2030.

La NASA est devenue dépendante du secteur privé et a passé des contrats avec SpaceX et Boeing pour envoyer ses astronautes dans l’espace à partir de 2019, dès que leurs capsules habitées seront prêtes.

Car l’agence ne peut plus envoyer seule des astronautes dans l’espace depuis 2011, lorsque son programme de navettes spatiales a pris fin au bout de 30 ans.

Elle doit aujourd’hui payer 80 millions de dollars par siège à la Russie pour envoyer des Américains dans une capsule Soyouz.

Les débuts

En 1957, l’Union soviétique envoie son premier satellite dans l’espace avec Spoutnik 1, alors que les tentatives américaines, principalement sous les auspices de l’armée, échouent piteusement.

Le président de l’époque, Dwight D. Eisenhower, appelle alors le Congrès à créer une agence spatiale civile et séparée. Le 29 juillet 1958, il signe la loi créant la National Aeronautics and Space Administration (NASA).

Les Soviétiques remportent malgré tout une autre manche en avril 1961, quand Youri Gagarine devient le premier homme dans l’espace.

Un mois plus tard, le président américain John F. Kennedy dévoile des plans pour envoyer un homme sur la Lune à la fin des années 1960.

Le programme Apollo est né.

En 1962, l’astronaute John Glenn devient le premier Américain en orbite autour de la Terre. Et en 1969, Neil Armstrong entre dans l’Histoire comme le premier homme à marcher sur la Lune.

« Apollo fut une démonstration unilatérale du pouvoir d’une nation », se souvient John Logsdon, professeur émérite au Space Policy Institute de l’Université George Washington.

« C’est le fait que Kennedy ait décidé d’utiliser le programme spatial comme un instrument déclaré de concurrence géopolitique qui a fait de la NASA un instrument de politique nationale, avec une part budgétaire très importante », dit-il à l’AFP.

Pendant l’ère Apollo, pas moins de 5 % du budget national est allé à la NASA.

Aujourd’hui, cette part est passée à moins de 0,5 % du budget fédéral (soit près de 18 milliards de dollars par an), et la NASA ne joue plus le même rôle dans la politique nationale, selon M. Logsdon.

Nouvelle ère

La NASA a connu d’autres épisodes de gloire dans les années 1980, comme la naissance du programme de navettes spatiales, puis en 1998, avec le début des opérations de la Station spatiale internationale (ISS).

Mais qu’en est-il aujourd’hui ?

Le président Donald Trump a défendu un retour sur la Lune, appelant à une passerelle lunaire qui permettrait à un flux continu de vaisseaux spatiaux et de personnes de visiter la Lune, et qui servirait de point de départ pour Mars.

Il a également appelé à la création d’une force spatiale, une sixième branche de l’armée qui serait axée sur la défense des intérêts américains.

La NASA a longtemps été considérée comme un leader de l’innovation spatiale, mais fait face à une sérieuse concurrence aujourd’hui.

« Vous avez quelque chose comme 70 pays qui sont d’une manière ou d’une autre impliqués dans l’activité spatiale », rappelle M. Logsdon.

Plutôt que de rivaliser avec les agences spatiales internationales, « l’accent a été mis sur la coopération » pour réduire les coûts et accélérer l’innovation, a déclaré Teasel Muir-Harmony, conservateur au Musée national de l’air et de l’espace.

L’administrateur de la NASA, Jim Bridenstine, a déclaré cette semaine qu’il désirait travailler avec d’autres pays tournés vers l’espace.

Il a mentionné la possibilité de renforcer la coopération avec la Chine et a raconté s’être récemment rendu en Israël pour rencontrer des groupes travaillant sur un atterrisseur lunaire.

Son prédécesseur à la tête de la NASA, Charles Bolden, a mis en garde contre la répétition des erreurs de l’ère des navettes, lorsque les États-Unis ont mis fin à leur programme sans autre vaisseau spatial prêt à prendre la relève.

« Nous ne pouvons tolérer un autre vide comme celui-là », a déclaré Bolden.

Avec en ligne de mire une mission d’équipage sur la Lune dans seulement cinq ans, la NASA prévoit de consacrer à l’exploration lunaire environ 10 milliards sur un budget de près de 20 milliards de dollars pour 2019.