Une campagne de dénombrement au secours des papillons monarques

La population de ce papillon emblématique, autrefois abondant en Amérique du Nord, s’est effondrée de 90 % au cours des 20 dernières années.
Photo: Insectarium de Montréal La population de ce papillon emblématique, autrefois abondant en Amérique du Nord, s’est effondrée de 90 % au cours des 20 dernières années.

Même si les papillons monarques ont été moins nombreux à se rassembler dans leurs lieux d’hivernage cette année au Mexique, certaines observations laissent croire que leurs descendants, qui ont migré vers le nord, sont tout de même abondants au Québec cet été.

C’est ce que constate Maxim Larrivée, chef de la section Collections entomologiques et recherche à l’Insectarium de Montréal. « Ce qu’on remarque, c’est qu’il y a beaucoup de monarques et beaucoup de chenilles, davantage que ce à quoi on s’attendait. La migration printanière s’est bien déroulée », explique-t-il. « La dernière fois où il y en a eu autant, c’est en 2012. Mais ça n’avait pas porté fruit parce qu’il y avait eu une sécheresse énorme à la fin de l’été et durant la migration automnale. »

Les dangers qui menacent le monarque sont nombreux. La population de ce papillon emblématique, autrefois abondant en Amérique du Nord, s’est effondrée de 90 % au cours des 20 dernières années. Ce déclin est notamment attribuable à l’éradication en Amérique du Nord des asclépiades, la seule plante dont se nourrissent les chenilles de monarques. En mars dernier, le Fonds mondial pour la nature (WWF, en anglais) et la Commission nationale mexicaine des aires protégées ont évalué que les sites d’hivernage au Mexique avaient reçu 16 millions de papillons de moins que l’année précédente.

Augmenter les chances

Dans le but de mieux connaître les habitats de reproduction de ce papillon et ainsi favoriser sa protection, l’Insectarium invite encore cette année les Canadiens à participer à « Mission monarque », un projet de recherche lancé en 2016. Les citoyens désireux de mettre la main à la pâte n’ont qu’à recenser le nombre d’oeufs et de chenilles de monarques sur les plants d’asclépiades qui poussent près de leur domicile. Un « blitz » est prévu du samedi 28 juillet au dimanche 5 août à l’échelle de l’Amérique du Nord. « L’an dernier, 250 des 1000 missions réalisées pendant l’été avaient été faites pendant le blitz. Cette année, notre objectif est de doubler la participation des citoyens, tant aux États-Unis qu’au Canada », a indiqué Maxim Larrivée.

Photo: Mario Vazquez Agence France-Presse

Les papillons occupaient l’hiver dernier environ 2,5 hectares de forêt au Mexique, mais l’objectif pour 2020-2021 est que cette superficie augmente à 6 hectares, soit entre 180 et 200 millions d’individus. « Le monarque vient au Canada pour se reproduire. Il faut faire en sorte que les conditions de reproduction soient idéales afin que la quantité d’individus retournant vers le Mexique soit la plus grande possible et la plus résiliente possible », fait valoir M. Larrivée.

L’asclépiade dans les golfs

Afin de favoriser la reproduction du monarque, les citoyens sont également invités à planter des asclépiades dans leur jardin. Roger Giraldeau, lui, ne s’est pas contenté d’en planter dans sa cour. Ce résident de Boucherville a aussi entrepris d’inciter des clubs de golf à contribuer à la bonne cause.

Enthousiasmé par ce projet — même s’il admet ne pas avoir le pouce vert —, M. Giraldeau a fait des semis d’asclépiades, escomptant pouvoir disposer d’une centaine de plants à distribuer. Pour mener à bien son projet, il a même installé une serre dans sa cour. Ce sont finalement 960 plants qui ont émergé de terre, dont 800 ont été remis à des clubs de golf ayant accepté de participer à son projet. Huit clubs de golf ont planté des asclépiades sur leurs terrains, dont ceux de La Vallée du Richelieu et de Beaconsfield, ainsi que le Royal Montreal et Le Mirage.

« Il n’y a qu’une Nature. La perte d’un habitant est une perte pour tout le monde. Le papillon monarque est un symbole. Il faut le sauver. C’est aussi un pollinisateur. La journée où on n’en a plus, on est faits », résume M. Giraldeau.

Mais les alliés ne sont pas toujours là où on les attend. Une société minière, la Corporation aurifère Monarques, possède 300 kilomètres carrés de terrains en Abitibi. En décembre dernier, l’entreprise a signifié à Mission monarque sa volonté de contribuer financièrement au projet en faveur des monarques et d’aménager une dizaine de jardins d’asclépiades sur ses propriétés.

Le nom de l’entreprise ne vient pas du papillon, mais est issu d’une combinaison des noms de deux anciennes propriétés que possédait la société, tient à préciser son p.-d. g., Jean-Marc Lacoste.

D’autres minières pourraient emboîter le pas. « On est en pourparlers avec deux autres minières. […] L’asclépiade est non seulement une plante robuste, mais elle pourrait être utilisée pour la revégétation de sites miniers, ce qui aiderait du même coup le monarque », suggère M. Lacoste.

Des villes amies

Le mouvement en faveur des monarques prend aussi de l’ampleur dans les villes. Montréal est devenue l’an dernier la première au Québec à obtenir le titre de « ville amie des monarques ». En Amérique du Nord, plus de 400 villes se sont engagées à poser des gestes pour favoriser la survie du monarque, comme créer des jardins d’asclépiades ou sensibiliser les employés du service d’horticulture afin de limiter la coupe d’asclépiades. « Ça s’est emballé cette année. On espérait que 4 ou 5 villes québécoises allaient signer une entente. Mais finalement, on en a eu beaucoup plus », signale Julie Roy, spécialiste en engagement du public à la Fondation David-Suzuki, qui pilote la campagne de sensibilisation baptisée « L’effet papillon ».

À l’heure actuelle, 11 villes québécoises ont été déclarées « ville amie des monarques » — parmi lesquelles la Ville de Québec, Saint-Constant et Saint-Lambert —, alors que 14 autres attendent leur certification. « Concrètement, sur le terrain, ç’a un impact, croit Julie Roy. Il y a tellement de villes qui ont signé [un engagement] qu’une sorte de compétition amicale s’est installée. C’est à celle qui en fera le plus pour les monarques. »

 



Une version précédente de ce texte était accompagnée d'une photo représentant un papillon qui n'était pas un papillon monarque.