Un test sanguin pour prédire les accouchements prématurés?

Un simple test sanguin pratiqué chez les femmes enceintes permettrait de déterminer l’âge gestationnel du fœtus et de prédire les accouchements prématurés.
Photo: Philippe Huguen Agence France-Presse Un simple test sanguin pratiqué chez les femmes enceintes permettrait de déterminer l’âge gestationnel du fœtus et de prédire les accouchements prématurés.

Un simple test sanguin pratiqué chez les femmes enceintes permettrait de déterminer l’âge gestationnel du foetus et de prédire les accouchements prématurés. D’une précision équivalant à l’échographie, ce test mis au point par des chercheurs danois et états-uniens serait moins coûteux et plus accessible que cette dernière technologie et permettrait de suivre de plus près les grossesses à risque.

À l’heure actuelle, les médecins estiment l’âge gestationnel du foetus et donc le jour prévu de l’accouchement à partir de la date des dernières menstruations ou d’une échographie effectuée au premier trimestre de grossesse, mais la première méthode est imprécise, tandis que la seconde est dispendieuse, n’est pas accessible partout et ne permet pas de prédire les accouchements prématurés.

« La taille du foetus mesurée au premier trimestre, alors qu’il fait au moins 10 millimètres, permet de déterminer l’âge gestationnel et donc la date de l’accouchement à cinq jours près. Mais plus le foetus avance en âge, plus il y a de risques d’erreur, d’où l’importance d’effectuer l’échographie le plus tôt possible », explique la Dre Bi Lan Wo, chef du service d’obstétrique du CHUM.

L’activité des gènes

Le test sanguin, présenté dans la revue Science, mesure quant à lui l’abondance de certaines petites molécules dénommées ARN libres, qui sont des copies de l’ADN contenu dans les gènes. Ces ARN libres témoignent de l’activité des gènes dont ils sont la copie, car ils ont pour mission de fournir à l’usine de fabrication des protéines la recette de la protéine codée par le gène qu’ils représentent.

Les chercheurs ont d’abord recruté au Danemark 31 femmes enceintes qui ont accepté de donner un échantillon de leur sang chaque semaine de leur grossesse.

 Ce test sanguin serait surtout utile pour cibler, parmi les patientes ayant des facteurs de risque, celles que l’on devrait traiter à la progestérone pour prévenir une naissance prématurée, au lieu de traiter toutes ces femmes à risque sans distinction

 

Chez ces femmes qui ont toutes accouché à terme, soit à 37 semaines ou plus, les chercheurs ont découvert que les concentrations mesurées aux deuxième et troisième trimestres de neuf ARN libres produits par des gènes du placenta permettaient de déterminer l’âge gestationnel avec une précision de 45 %, qui est très comparable à celle de l’échographie pratiquée lors du premier trimestre, qui atteint 48 %.

Puis, dans le but de vérifier si les niveaux de certains ARN libres permettaient aussi de prédire les accouchements spontanés et prématurés, c’est-à-dire se produisant avant la 37e semaine de grossesse, les chercheurs des universités de Pennsylvanie et d’Alabama ont analysé le sang de 38 femmes enceintes qui étaient considérées comme à risque d’accoucher prématurément en raison de contractions précoces ou parce qu’elles avaient déjà donné naissance à un bébé prématuré.

Ils ont alors constaté que les niveaux de sept autres ARN libres mesurés au cours des deuxième et troisième trimestres permettaient de prédire avec une précision allant de 75 à 80 % si la grossesse de ces femmes à risque allait se terminer prématurément. Les ARN libres ont également permis de prédire avec exactitude que 18 des 25 femmes à risque recrutées en Alabama se rendraient à terme.

Test à éprouver

Les auteurs de l’étude préviennent toutefois que le test sanguin devra être éprouvé sur un plus grand nombre de femmes enceintes présentant ou non des risques de travail prématuré avant d’être offert en clinique.

Selon la Dre Bi Lan Wo, il serait également important d’inclure des femmes de différentes ethnies dans une étude future, car « les femmes noires notamment courent 40 % plus de risques de travail prématuré que les Caucasiennes ».

Elle précise que « ce test sanguin serait surtout utile pour cibler, parmi les patientes ayant des facteurs de risque, celles que l’on devrait traiter à la progestérone pour prévenir une naissance prématurée, au lieu de traiter toutes ces femmes à risque sans distinction, car environ 50 % des femmes qui ont des contractions précoces ou qui menacent de tomber en travail prématuré finissent toute de même par accoucher à terme à 37 semaines ou plus », affirme-t-elle.

La Dre Wo croit qu’il faudrait toutefois mener une étude de coût pour savoir si ce test génétique sera moins cher qu’une échographie.

Car « un test d’ADN foetal visant à détecter une aneuploïdie, comme une trisomie 21, coûte aujourd’hui environ 500 $», précise-t-elle avant d’ajouter que « pour savoir si une femme va accoucher prématurément, on procède actuellement à des échographies répétitives pour mesurer la longueur du col de l’utérus.

Si le col raccourcit, pour prévenir le travail prématuré, on administre de la progestérone, et ce, particulièrement aux femmes qui ont des antécédents de travail prématuré, car la progestérone diminue de 50 % le travail prématuré ».

La Dre Wo trouve néanmoins cette percée prometteuse et croit qu’elle sera particulièrement utile dans les pays où les appareils d’échographie sont rares ou inexistants.

Les auteurs de l’étude projettent maintenant de découvrir le rôle des gènes à l’origine des ARN libres qui annoncent la prématurité de l’accouchement afin de mieux comprendre ce qui se passe et de déterminer des cibles que l’on pourrait viser à l’aide de médicaments qui pourraient ainsi retarder l’accouchement.

Facteurs de risque d'accouchement prématuré

40 % des naissances prématurées sont provoquées par le médecin parce que la patiente fait une pré-éclampsie, une hypertension qui menace la vie de la mère et du foetus, ou parce que la circulation au niveau du cordon ombilical est anormale.

60 % des naissances prématurées sont spontanées. Les causes sont multifactorielles, mais certains facteurs en augmentent clairement le risque. Parmi ceux-ci :

Avoir déjà donné naissance à un enfant prématuré ;

L’intervalle entre les grossesses : s’il est inférieur à six mois, il y a deux fois plus de risques d’accoucher prématurément ;

La présence d’une endométrite chronique asymptomatique (infection de l’utérus) augmente le risque ;

Les patientes âgées sont plus à risque ;

Les femmes diabétiques ou souffrant d’hypertension sont plus à risque ;

Les grossesses gémellaires sont également plus à risque.
 

Être née prématurément augmente de 30 % le risque d’accoucher prématurément.

Le tabagisme augmente le risque de 25 % d’accoucher prématurément.

L’ethnie de la patiente : les femmes noires courent 40 % plus de risques.

1 commentaire
  • Wilfrid Dubé - Abonné 8 juin 2018 11 h 38

    Prématuré

    le diagnostique dans le cas de ma femme était ‘béance de l’os de l’utérus ‘ ce qui aurait nécessité une ligature pour retenir le bébé de 7.5 mois. C’était en 1964. Ont suivi deux accouchements prématurés ( 65 et 68 ) avant que le diagnostique ne soit établi.