Un nouveau tour du monde pour démontrer la rentabilité des énergies propres

Bertrand Piccard veut pousser encore plus loin son travail de persuasion en faveur des énergies propres.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Bertrand Piccard veut pousser encore plus loin son travail de persuasion en faveur des énergies propres.

Après avoir fait le tour du monde dans un avion propulsé à l’énergie solaire, le Suisse Bertrand Piccard veut pousser encore plus loin son travail de persuasion en faveur des énergies propres. L’an prochain, il compte à nouveau parcourir la planète, mais cette fois avec 1000 solutions innovantes et rentables à proposer aux gouvernements.

De passage à Montréal mercredi dans le cadre de l’événement Movin’ On, consacré à la mobilité durable, il a accepté de livrer au Devoir sa vision du défi énergétique et environnemental auquel nous faisons face.

 


Quel est l’objectif de votre nouveau projet intitulé « 1000 solutions » ?

Le tour du monde avec l’avion solaire, c’était la crédibilisation du message, pour montrer que les technologies propres et les énergies renouvelables peuvent accomplir des choses a priori impossibles. Maintenant, ce qu’il faut, c’est aller dans le concret. […] À la fin de l’année, le but est de trouver 1000 solutions qui protègent l’environnement de façon économiquement rentable, donc qui créent des emplois, qui génèrent du profit, qui soutiennent une croissance propre.

Les projets qui seront sélectionnés et présentés aux gouvernements lors de votre tournée mondiale en 2019 doivent être rentables. Pourquoi accorder autant d’importance à la rentabilité ?

Je pense qu’il faut parler le langage de ceux qu’on veut convaincre. Ça ne sert à rien de parler au monde industriel et au monde politique en disant qu’il faut faire des efforts. Ils ne vont pas vouloir faire d’efforts. […] On veut fournir aux gouvernements la preuve que les technologies, les produits, les processus industriels permettent d’être beaucoup plus efficients, beaucoup plus rentables, de protéger l’environnement, et par conséquent, qu’on peut avoir des politiques énergétiques et environnementales beaucoup plus ambitieuses.

Est-ce qu’à votre avis la transition énergétique mondiale s’effectue à rythme satisfaisant ?

La transition énergétique va beaucoup trop lentement parce que, pour l’instant, on veut lutter contre ce qui ne va pas plutôt que d’essayer d’améliorer ce qui ne va pas. On a donc l’énergie renouvelable contre l’énergie fossile. On a ceux qui ne polluent pas contre ceux qui polluent. Je ne pense pas que c’est une bonne manière de faire. Ce qu’il faut, c’est montrer à un maximum de gens pourquoi ils doivent se diversifier, en leur montrant pourquoi ils ont un avantage à le faire.

Que faut-il faire pour accélérer les changements ?

Ce qu’il manque, c’est une réglementation moderne. Aujourd’hui, les réglementations sont archaïques et elles permettent l’utilisation de technologies archaïques, comme le moteur à combustion, les ampoules incandescentes, les maisons mal isolées, les réseaux de distribution inefficients et démodés au lieu de réseaux intelligents. […] Il faut que ceux qui font les réglementations soient conscients qu’aujourd’hui on peut aller beaucoup plus loin dans les exigences, dans les normes environnementales. Pourquoi ? Parce que la technologie permet de le faire et que cette technologie est rentable.

C’est donc avant tout aux gouvernements d’agir ?

Les gouvernements portent la plus grande partie de la responsabilité parce que toutes les entreprises qui sont prêtes à investir sont déconcertées par l’incertitude dans laquelle les laissent les gouvernements. […] Aujourd’hui, les industriels sont prêts, mais le monde politique doit faire le pas pour clairement montrer dans quelle direction aller. C’est le leadership dont on a besoin dans les gouvernements. Un gouvernement n’est pas seulement là pour faire de la gestion. Il est là pour montrer une voie, donner un but et expliquer comment on va y arriver. Après, vous allez voir, la population et les entreprises vont emboîter le pas sans aucun problème, mais il faut cette vision politique.

Au Canada, le gouvernement fédéral a annoncé mardi son intention d’acheter un pipeline, mais dit également vouloir protéger l’environnement. Est-ce que ce double discours peut tenir la route ?

Vous devez faire un certain nombre de concessions, mais il ne faut pas que le nombre de concessions soit plus élevé que le nombre de décisions courageuses et audacieuses. Par exemple, dans certaines provinces canadiennes, vous avez une taxe carbone. Cette taxe carbone est remarquable. Il faut absolument la généraliser. Pourquoi ? Parce que ça oblige à être plus efficient, à utiliser moins d’énergie et par conséquent à produire pour moins cher, avec moins de gaspillage. Le grand paradoxe de la taxe carbone, c’est que ceux qui ne l’ont pas ne la veulent pas, mais que ceux qui l’ont en redemandent, parce qu’ils voient à quel point ça les rend plus compétitifs.