Le triclosan néfaste pour la santé intestinale

L’antibactérien triclosan est ajouté à une multitude de produits de consommation, comme les lotions pour le corps, les dentifrices, les savons et désinfectants pour les mains.
Photo: iStock L’antibactérien triclosan est ajouté à une multitude de produits de consommation, comme les lotions pour le corps, les dentifrices, les savons et désinfectants pour les mains.

Le triclosan, un antimicrobien présent dans de multiples produits de consommation courante, favorise l’inflammation de l’intestin et la progression du cancer du côlon chez la souris, révèle une nouvelle étude publiée dans la revue Science Translational Medicine.

L’antibactérien triclosan est ajouté à une multitude de produits de consommation, comme les lotions pour le corps, les gels de douche, les dentifrices, les rince-bouche, les désodorisants, certains cosmétiques, les savons et désinfectants pour les mains, ainsi que les savons à vaisselle, voire les vêtements et les produits de santé naturelle. « Toute une panoplie de produits se disant antibactériens risque de contenir du triclosan. Même si le triclosan ne figure pas parmi les ingrédients d’un produit, ce dernier peut fort bien en receler tout de même. Tant qu’il ne s’agit pas d’une denrée alimentaire, il n’est pas obligatoire de mentionner sa présence dans la liste des ingrédients », souligne Maryse Bouchard, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

On soupçonne le triclosan d’être un perturbateur endocrinien qui compromet l’équilibre hormonal et de favoriser l’émergence de bactéries résistantes aux antibiotiques, « mais nous ne disposons pas de preuves solides de ces effets puisque très peu d’études ont cherché à connaître les effets sur la santé humaine de faibles doses de triclosan semblables à celles auxquelles nous sommes exposés », affirme Mme Bouchard.

Cette fois, une équipe de chercheurs de l’Université du Massachusetts à Amherst a exposé des souris à du triclosan pendant trois semaines en l’ajoutant à leur nourriture. Cette dernière contenait des doses de triclosan qui se retrouvait dans le plasma des souris à des concentrations similaires à celles mesurées dans le plasma d’humains exposés à des produits de consommation incluant du triclosan.

Contrairement aux souris n’ayant reçu aucun triclosan, celles ayant ingéré l’antimicrobien présentaient un état d’inflammation généralisé qui était particulièrement marqué au niveau du côlon. Les souris qui souffraient d’une maladie inflammatoire de l’intestin, comme la colite ulcéreuse, ont vu leurs symptômes s’aggraver. Chez les souris atteintes d’un cancer du côlon, le triclosan augmentait le nombre de tumeurs, leur taille, l’expression des gènes favorisant la genèse du cancer du côlon, ainsi que la colite associée aux tumeurs.

Les chercheurs ont également remarqué que l’exposition au triclosan diminuait la diversité bactérienne de la flore intestinale (ou microbiote) et modifiait sa composition. Notamment, le triclosan induisait une réduction de 75 % des bactéries bénéfiques du genre Bifidobacterium, qui sont reconnues pour leurs effets anti-inflammatoires. Les scientifiques ont également observé que le triclosan ne provoquait aucun de ces effets pro-inflammatoires chez les souris élevées dans un environnement stérile qui empêchait la formation de tout microbiote. Cette dernière observation souligne le rôle incontournable du microbiote dans l’expression des effets néfastes du triclosan, font remarquer les auteurs de l’étude qui rappelle au passage une étude récente effectuée chez l’humain qui a justement montré que l’utilisation quotidienne d’un dentifrice contenant du triclosan modifiait le microbiote de ces personnes. En d’autres termes, les antimicrobiens, en modifiant la flore intestinale, y favorisent l’inflammation.

Les auteurs se demandent si l’exposition au triclosan ne serait pas aussi nuisible aux personnes atteintes d’une maladie métabolique étant donné que l’inflammation intervient dans plusieurs de ces pathologies.

Ils insistent sur l’importance et l’urgence d’évaluer l’impact de l’exposition au triclosan sur la santé de l’intestin chez l’humain et de revoir les politiques réglementaires visant cet antimicrobien.

Maryse Bouchard fait remarquer qu’« il y a de plus en plus de gens qui rapportent des problèmes intestinaux, tels que des colites ulcéreuses, qu’ils attribuent à différentes causes, comme le gluten. Or, l’utilisation massive de produits antimicrobiens joue probablement un rôle dans l’émergence de ces problèmes. »

La chercheuse croit qu’il faudrait probablement interdire le triclosan, « du moins dans les produits comme les dentifrices que l’on ingère, car il ne semble même pas y avoir de bénéfices à l’utilisation de ces produits antimicrobiens. Ils ne préviennent pas les infections. En l’absence de bénéfices et en présence de risques, même si ces derniers ne sont pas prouvés — nous disposons néanmoins de démonstrations assez convaincantes de certains risques —, on ne devrait pas en favoriser l’utilisation. Toutefois, il ne faudrait pas que l’industrie supprime le triclosan pour le remplacer par un analogue chimique dont nous ne connaissons pas les effets. S’il y a interdiction, il faudrait que celle-ci vise aussi les analogues », dit-elle.

Selon Mme Bouchard, « l’ajout d’antimicrobien est une mode qui fait écho à une peur peu fondée des microbes ». « C’est un argument de marketing employé par les fabricants. Je ne crois pas que ce soit indiqué d’utiliser des produits antimicrobiens pour un usage domestique », déclare-t-elle.