Découverte du plus ancien virus ayant contaminé l’être humain

Trouver le virus qui sévissait il y a plusieurs milliers d’années «pourrait permettre de prédire son avenir».
Photo: Marvin Recinos Agence France-Presse Trouver le virus qui sévissait il y a plusieurs milliers d’années «pourrait permettre de prédire son avenir».

Des chercheurs ont trouvé de l’ADN du virus de l’hépatite B sur des ossements datant d’il y a 7000 ans. La maladie semble avoir déjà été fréquente par le passé.

L’hépatite B faisait déjà des ravages durant l’âge du bronze, selon deux études, l’une parue dans Nature et l’autre dans eLife, rapportées par le New York Times. Deux équipes indépendantes, basées en Allemagne et au Royaume-Uni, ont trouvé de l’ADN du virus causant cette maladie dans des ossements anciens, dont certains dataient de 7000 ans. Ce qui en fait le plus vieux virus infectant l’être humain jamais identifié. Jusqu’à aujourd’hui, les plus vieilles traces de virus trouvées sur des restes humains remontaient à seulement 450 ans.

Les ossements anciens renferment une quantité d’informations qu’il est possible d’analyser bien des années — voire des millénaires — plus tard, au moyen d’analyses génétiques. De l’ADN de bactéries responsables de la lèpre et de la fièvre typhoïde a ainsi déjà été retrouvé dans des restes humains âgés de plusieurs siècles.

En 2015, l’équipe d’Eske Willerslev, généticien à l’Université de Copenhague, a identifié la séquence génétique de la bactérie responsable de la peste bubonique, Yersinia pestis, dans sept squelettes d’êtres humains ayant vécu en Europe et en Asie il y a plusieurs centaines d’années.

« Mine d’or »

Ce chercheur a par la suite transmis le matériel génétique dont il disposait, portant sur 304 humains ayant vécu en Europe et en Asie, à l’Université de Cambridge. « Une vraie mine d’or », selon les termes de Barbara Muhlemann, auteure de l’étude. De l’ADN du virus de l’hépatite B a pu être identifié dans une douzaine de ces échantillons, datés entre 820 et 4500 ans.

Un autre groupe de recherche, basé à l’Institut Max Planck à Jena en Allemagne, s’est intéressé aux restes d’êtres humains ayant vécu en Europe il y a plusieurs milliers d’années. Les chercheurs ont eux aussi trouvé le virus de l’hépatite B dans trois échantillons, datant d’il y a 1000 ans, 5300 ans et 7000 ans. Ce dernier individu appartenait à une population figurant parmi les premiers paysans européens.

La présence du virus de l’hépatite B dans des ossements multiples indique que la maladie était déjà fréquente à certaines périodes de l’histoire humaine. Elle demeure aujourd’hui un fléau. Présent dans les fluides corporels, le virus se transmet principalement lors des rapports sexuels non protégés et lors du partage de seringues, mais peut aussi être transmis de la mère à l’enfant lors de la grossesse. Les infections chroniques liées au virus peuvent mener au développement du cancer du foie, et l’Organisation mondiale de la santé estime que le virus tue chaque année environ 800 000 personnes.

Trouver le virus qui sévissait il y a plusieurs milliers d’années « pourrait permettre de prédire son avenir », d’après Dieter Glebe, directeur du Centre national de référence pour les virus de l’hépatite B et D en Allemagne, cité par le New York Times. Ce chercheur est parvenu à reproduire une souche disparue du virus en insérant dans des cellules humaines du matériel génétique issu d’ossements anciens. Ce type d’étude devrait permettre d’étudier l’évolution passée du virus, dans l’espoir de mieux comprendre son développement à venir.