Deux satellites en mission pour «peser» l’eau sur Terre

La fusée réutilisable Falcon 9 a décollé sans problème de la base militaire de Vandenberg en Californie, avec à son bord le précieux chargement de la paire de satellites.
Photo: Bill Ingalls Agence France-Presse La fusée réutilisable Falcon 9 a décollé sans problème de la base militaire de Vandenberg en Californie, avec à son bord le précieux chargement de la paire de satellites.

Washington — La compagnie spatiale privée SpaceX a mis en orbite mardi deux satellites dont la mission sera de mesurer, avec une précision inédite, les changements de l’eau sur la Terre pendant les cinq prochaines années : quelle quantité de glace fond en Arctique, et quelle quantité les océans gagnent.

La fusée réutilisable Falcon 9 a décollé sans problème de la base militaire de Vandenberg en Californie, avec à son bord le précieux chargement de la paire de satellites, fruit d’un partenariat entre l’Allemagne et l’agence spatiale américaine (NASA), ainsi que cinq satellites du réseau de communication Iridium.

La fusée a d’abord placé en orbite, après onze minutes de vol à une altitude d’environ 500 km, les satellites de la mission GRACE-FO. Puis les satellites Iridium seront lâchés un peu plus loin, au bout d’une heure de vol environ.

Les satellites prendront le relais de ceux de la mission GRACE, qui de 2002 à l’an dernier ont survolé la Terre pour établir une carte mensuelle des changements de volume d’eau.

L’eau sous surveillance

Comment des satellites peuvent-ils « voir » ou « peser » l’eau sur la planète depuis l’espace ? En utilisant la gravité.

Les deux satellites, chacun de la taille d’une voiture, voleront à 220 km de distance l’un de l’autre. Les moindres variations de masse sous eux (une montagne, un lac, de la glace, des aquifères…) provoqueront un changement infime de gravité, modifiant momentanément la distance séparant les deux satellites, mesurée au micron près.

C’est en enregistrant continuellement ces variations de distance que les scientifiques de la mission en déduiront les variations de masse sur la Terre, que ce soit au-dessus ou en dessous de la surface.

Or ces changements de masse, d’un mois sur l’autre, pourront n’être provoquésque par des changements liés à l’eau : de la glace qui fond et passe dans les océans ; de l’eau qui s’évapore ; de la pluie qui vient regonfler des nappes phréatiques.

La méthode fonctionne à merveille, et les scientifiques de la mission précédente GRACE ont produit nombre de cartes quantifiant exactement la quantité de glace qui a fondu au Groenland (280 milliards de tonnes par an de 2002à 2016), ou de quelle quantité d’eau supplémentaire les réserves du delta de l’Okavango, au Botswana, se sont regonflées (29 milliards de tonnes par an).

La mission relais, baptisée GRACE-FO pour « Follow On » (suite), permettra de suivre ces tendances dans le temps.

Pour SpaceX, ces lancements de satellites sont devenus routiniers.

C’est le dixième tir de l’année, et le premier étage de la fusée de mardi avait déjà été utilisé en janvier. Cette fois, il ne sera pas récupéré.