Une Fille du roi, un million de descendants

Défilé de la Fête nationale à Montréal le 24 juin 2017
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Défilé de la Fête nationale à Montréal le 24 juin 2017

La contribution des Filles du roi au pool génétique des Québécois s’élève à 9 %, selon une recherche qui sera présentée cette semaine au Congrès de l’ACFAS à Saguenay. Et parmi ces Filles du roi, celle qui a eu le plus de descendants n’a eu aucun enfant en Nouvelle-France !

Veuve, Anne Lemaître a quitté Rouen pour la Nouvelle-France avec son fils, Nicolas Roy, et ses deux petits-fils. Une fois débarquée, elle n’a pas eu d’autres enfants, mais les chercheurs lui ont trouvé plus d’un million de descendants. « Son impressionnante descendance est due à un seul enfant, contrairement à d’autres femmes qui ont pu avoir une dizaine d’enfants et dont les lignées se sont éteintes », note Sophie Desportes, qui a étudié le sujet dans le cadre de sa maîtrise à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

La jeune femme fait partie de l’équipe de recherche du fichier BALSAC, une immense banque de données démographiques créée dans les années 1970 par le sociologue Gérard Bouchard. Grâce à BALSAC, les Québécois sont l’une des populations les mieux caractérisées à l’échelle mondiale, note le directeur du projet, Simon Girard.

Depuis 45 ans, on y a compilé pas moins de 3 millions d’actes de mariage de toutes les paroisses du Québec. « On a des gens qui prennent des photos des registres paroissiaux. Ils lisent les pattes de mouches des curés, retranscrivent chacun des actes de mariage à l’informatique puis ceux-ci sont intégrés à une grande base de données. Aujourd’hui, on a pratiquement 90 % des mariages qui ont eu lieu sur le territoire québécois dans une paroisse catholique. »

Ainsi, pour faire sa recherche sur les Filles du roi, Sophie Desportes a utilisé une banque de données de 60 000 généalogies du XXe siècle en la croisant avec les lignées de 727 Filles du roi.

« On a pris un corpus généalogique contemporain qui est composé de l’ensemble des individus qui se sont mariés dans BALSAC en 1960. À partir de ce corpus généalogique là, on a pu retracer les ancêtres et identifier les fondateurs immigrants et donc, les Filles du roi. C’est à partir de ces analyses-là qu’on a pu estimer la contribution génétique totale des Filles du roi au pool génétique des Québécois à 9,35 %. »

Le pool génétique (ou génique) renvoie à l’ensemble des gènes portés par les individus d’une population à partir des immigrants de cette population jusqu’à leurs descendants aujourd’hui.

Des enfants Fièvre, Premier et Gargottin

La recherche a en outre révélé que certaines Filles du roi se démarquent par leur nombre de descendants et le nombre de généalogies auxquelles elles sont rattachées. « Une dizaine de femmes sont dans plus de 30 % de nos corpus contemporains », signale Sophie Desportes.

« C’est toujours impressionnant de se rendre compte qu’un petit groupe de femmes a contribué à une telle proportion. »

Elles s’appellent Catherine Fièvre, Martine Crosnier, Louise Gargottin, Renée Rivière et Andrée Remondière. Des noms de famille qui peuvent sembler colorés, mais seraient devenus aussi communs que Tremblay, Côté ou Gagnon si la Nouvelle-France avait décidé de donner aux enfants le nom de leur mère.

Si ça avait été le cas, le nom de famille le plus courant aujourd’hui serait Langlois et non Tremblay. Il y aurait en outre davantage de Gargottin que de Bouchard et plus de Riton que de Morin !

Au-delà de leur intérêt historique, ces recherches recèlent un intérêt dans le domaine de la génétique et de la santé, note le professeur de biologie et directeur de projet BALSAC Simon Girard. « On sait que certaines maladies viennent d’une Fille du roi. Ça, ça nous permet de voir d’où viennent les mutations, qui les a introduites en terre de Nouvelle-France. Mieux comprendre la dynamique de dispersion de ces maladies-là, ça va aussi nous aider à comprendre comment intervenir. »

Dès lors, les campagnes de dépistage de certaines maladies pourraient être mieux ciblées, poursuit-il. « On va être capables de faire des offres de tests de porteurs un peu plus précises pour chacune des régions. »

Le colloque sur le fichier BALSAC s’étale sur deux jours et compte plus d’une douzaine de présentations, dont l’une traitera des migrations bretonnes à l’origine de l’effet fondateur de la fibrose kystique au Québec. Des représentants de Génome Québec et de la plateforme de recherche publique CARTaGENE doivent aussi y prendre part.

L’évènement se déroule dans le cadre du Congrès de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS), qui a lieu toute la semaine à l’Université du Québec à Chicoutimi.

17 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 7 mai 2018 06 h 22

    Ça m'attriste ....

    de m'apercevoir que les représentants autochtones sont balayés de l'histoire. Tout ne vient pas de la France, loin s'en faut. Avant eux, les autochtones étaient présents où sont-ils situés dans votre généalogie? Vous faites comme s'ils étaient absents.

    • Sylvain Auclair - Abonné 7 mai 2018 07 h 20

      Certains Canadiens se sont mariés avec des femmes autochtones (souvent des femmes réduites en esclavage par nos alliés autochtones et affranchies — par toujours dans les règles, devant notaire — une fois rendues à Montréal ou à Québec. J'imagine que leurs descendants ont été tenus en compte.

    • Gilles Bousquet - Abonné 7 mai 2018 07 h 59

      Exactement, même le drapeau québécois, le fleurdelisé, représente la royauté française avec ses 4 fleurs de lys et la religion catholique, avec sa croix blanche, quand le Québec se veut inclusif et laïc.

      Faut que, notre drapeau exclut tous les Québécois dont les ancêtres ne viennent pas de France, ce qui englobe nos Premières nations. La solution, remplacer, disons, 2 fleurs de lys par 2 feuilles d'érable blanches ( pour l'esthétique) sur notre fleurdelisé, afin de contenter les uns et les autres, pour devenir plus inclusif.

    • Solange Bolduc - Inscrite 7 mai 2018 09 h 30

      Ne soyez pas si triste Madame Gervais: Côté paternel: mon grand-père était de descendance Hollandaise et il a épousé en seconde noce une Amérindienne en Ontario; coté maternelle: ma grand-mère disait qu'on était Français, elle a eu 16 enfants....ma mère a eu 9 enfants, ils ont tous faits des ptits, excepté les deux derniers: un de mes frère et moi! Qu.on le veuille ou non, les autochtones font aussi partie de notre histoire !

  • Kamille Dicko - Inscrite 7 mai 2018 07 h 33

    Ascendance autochtone

    Si les Filles du Roi représentent 9 % des descendants Québécois, alors les Autochtones représenteraient donc 90 % ?
    Intéressant.

    • Serge Lamarche - Abonné 7 mai 2018 15 h 00

      En effet, il faudrait une étude qui serait capable de les identifier. Je suis dans le site 23andme.com et leur génétique ancestrale laisse à désirer. Ils semblent identifier plus d'anglais et irlandais (ils amalgament ces deux groupes, ironiquement) dans nos gènes que d'autres groupes qui auraient plus de sens. .

  • Caroline Mo - Inscrite 7 mai 2018 07 h 46

    Peuple fondateur

    Les Français ont fondé la Nouvelle-France. Ce ne sont pas des immigrants.

    • Sylvain Auclair - Abonné 7 mai 2018 18 h 41

      Je discutais de ce sujet récemment sur FB avec un ami canadien-anglais. Je lui disais que les Agniers (mieux connus sous leur nom anglais de Mohawks) n'habitaient même pas le Québec il y a 400 ans, mais qu'ils ont envahi une partie de la rive-sud à partir de ce qui est maintenant l'État de New York. Il m'a alors demandé qui habitait au Québec originellement. Originellement quand, ai-je rétorqué? Au début des temps historiques, a-t-il précisé. Alors, je lui ai répondu qu'il y quelques milliers d'années, personne n'habitait le Québec, qui était entièrement sous les glaces...

  • Denis Carrier - Abonné 7 mai 2018 08 h 59

    Et ils [les autochtones] le sont effectivement

    Et ils [les autochtones] le sont effectivement. Les Amérindiens ne sont qu’environ un-demi de un pourcent de la population du Québec d’aujourd’hui alors que les descendants des seules 727 Filles du roi comptent pour 9% de celle-ci. L’auteure de cet article à raison de ne pas les mentionner d’autant plus que l’apport des Indiens n’est pas le sujet traité.
    La présence des Amérindiens dans notre généalogie est une légende urbaine bien intentionnée, j’en conviens, mais elle est très exagérée donc inexacte. Celle des Irlandais, par exemple, est de loin, beaucoup plus importante à cause d’une religion commune, le catholicisme. Et les loyaliste, protestants, après un court séjour dans les «cantons de l’est» se sont pour beaucoup dirigés vers l’autre Canada, Haut-Canada (l’Ontario) où ils sont devenus majoritaires.
    Grâce entre autres aux travaux de moine du Frère Éloi-Gérard Talbot sur la généalogie des Beaucerons, j’ai pu en «à peine» 14 ans de recherche établir un record Guinness mondial en généalogie et mes quartiers amérindiens se comptent sur les doigts d’une seule main (sur un total de plus de 3 500). Si cela vous intéresse, je vous invite à le consulter à http://carrier-denis.net/ Il est disponible en 28 langues.

    • Gilles Bousquet - Abonné 7 mai 2018 09 h 39

      Pas fin pour nos Premières nations ça.

    • Serge Lamarche - Abonné 7 mai 2018 15 h 05

      Fantastique travail de recherche, m. Carrier. Il y a de l'histoire là dedans.

  • Gilles Bonin - Abonné 7 mai 2018 12 h 49

    Le drapeau du Quéebc est et restera.

    D'ou vient cette manie des société occidentales de voulor renier leurs origines, traditions et histoire au profit d'une vision aseptisée de leur spécificité et de l'histoire. La honte d'être s'est emparée de nos sociétés et cela est particulièrement visible au Québec. Ce Québec a tellement de mal-d'être qu'il voudrait sans doute disparaitre. Sa différence lui fait mal, il préférerait de plus être. Il est donc prévisible que ce "peuple" disparaitra d'ici un siècle ou deux. L'Humanité a vu bien des peuples disparaitres et l'humanité a continué sa course..

    • Serge Lamarche - Abonné 7 mai 2018 15 h 19

      Le drapeau du Québec n'a pas la fleur de lys française. Il a une fleur d'iris bien canadienne avec une histoire intéressante. Voir https://jardinierparesseux.com/tag/embleme-florale-du-quebec/