Un chasseur d’exoplanètes à la tête du Planétarium

L’astrophysicien montréalais d’origine marseillaise a passé près de dix ans à l’Observatoire du Mont-Mégantic, comme directeur de projets d’abord, puis comme directeur des opérations.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’astrophysicien montréalais d’origine marseillaise a passé près de dix ans à l’Observatoire du Mont-Mégantic, comme directeur de projets d’abord, puis comme directeur des opérations.

Chercheur spécialiste en instrumentation astronomique, Olivier Hernandez a déjà en tête une foule de projets visant à émouvoir, à captiver et à informer le public.

Mardi, l’astrophysicien Olivier Hernandez prendra les rênes du Planétarium Rio Tinto Alcan, qui était dirigé par Pierre Lacombe depuis 29 ans. Pour ce Montréalais d’origine marseillaise qui est directeur des opérations de l’Observatoire du Mont-Mégantic (OMM) depuis près de dix ans, cette nouvelle fonction est un retour à ses anciennes amours, l’astronomie amateur, mais aussi l’occasion de rapprocher le public de la recherche en astronomie qui se fait à Montréal et ailleurs au Québec.

Olivier Hernandez se passionne pour l’astronomie depuis l’âge de 12 ans. « J’allais observer le ciel derrière la montagne Sainte-Victoire, je construisais des télescopes. Comme membre des Astronomes amateurs aixois, j’ai aidé à la création de l’Observatoire de la Sinne [près de Vauvenargues]. C’est là que j’ai appris tout le vocabulaire astronomique et mon ciel. Dès l’âge de 12 ans, je savais que je voulais être astronome ! », raconte-t-il en entrevue dans le lieu où il consacrera l’essentiel de son temps à partir de mardi. C’est donc tout naturellement qu’il entre à l’École centrale de Marseille (autrefois l’École de physique de Marseille), où il décroche un diplôme d’ingénieur. « L’École centrale proposait des échanges [durant la dernière année du cursus] avec le laboratoire de fibre optique de l’École polytechnique de Montréal. Pour moi, Montréal était la ville d’Hubert Reeves, que j’espérais rencontrer et dont je voulais suivre les pas. L’essentiel de ce que j’avais lu en astronomie était du Hubert Reeves », poursuit M. Hernandez qui, dès son arrivée à Montréal en 1995, s’est joint à la Société des amis du Planétarium de Montréal (SAPM) avec laquelle il a « goûté à ses premières nuits fraîches d’observation ».

Olivier Hernandez a ensuite fait une maîtrise en astrophysique à l’Université de Montréal, durant laquelle il a fabriqué un polarimètre dénommé Idéfix, qui fut installé à l’OMM et qui lui a permis de déterminer la grosseur des grains de poussière autour des étoiles et ainsi de mieux comprendre la formation de celles-ci.

Un idéateur

Durant son doctorat en cotutelle entre l’Université de Montréal et le Laboratoire d’astrophysique de Marseille (Observatoire de Marseille), il construit FANTOMM, (Fabry-Perot de nouvelle technologie pour l’observatoire du Mont-Mégantic), un instrument qui permet de voir les galaxies tourner. « Connaître la vitesse d’une galaxie nous permet de déterminer sa gravité et donc sa masse. C’est ainsi qu’on peut soupçonner la présence de matière sombre dans une galaxie », explique-t-il.

Au cours de deux stages postdoctoraux, il fabrique deux autres instruments, dont l’un nommé GHaFaS (Galaxies Halpha Fabry-Perot Spectrometer) est installé sur le télescope William-Herschel aux îles Canaries. « GHaFaS a généré des données sur la dynamique des galaxies qui viennent tout juste d’être publiées et qui permettent d’expliquer la forme des galaxies », se réjouit le concepteur.

En 2008, lorsque l’OMM reçoit une subvention de 12 millions de dollars de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) pour renouveler et accroître son parc instrumental, il devient directeur des projets, puis des opérations. Au même moment, le programme de financement du fonctionnement des opérations de l’observatoire disparaît. « Il a fallu être créatif pour pouvoir réorienter correctement les fonds sans perdre de personnel. Ce furent vraiment des moments difficiles. Traverser ces épreuves avec René Doyon [directeur de l’Institut de recherche sur les exoplanètes] m’a permis de créer une relation très étroite avec lui », souligne Olivier Hernandez qui désire continuer à collaborer avec M. Doyon, car « s’il y a une équipe dans le monde qui est bien placée pour trouver de la vie sur une exoplanète, c’est celle de Montréal ».

Un pied dans la recherche

Parce que ses tâches au Planétarium vont l’occuper pleinement, Olivier Hernandez devra laisser de côté plusieurs des multiples projets de recherche dont il a actuellement la charge, mais il prévoit de garder un pied dans ceux qui lui tiennent à coeur, car son but est d’amener « une vision de recherche et d’avoir plus d’activités de recherche au Planétarium ».

Il prévoit notamment de continuer la gestion du projet du spectromètre infrarouge NIRPS (Near Infra Red Planet Searcher), le cousin de SPIRou, qui doit être installé en 2019 sur le télescope de l’European Southern Observatory (ESO) au Chili et qui servira à la chasse aux exoplanètes. « Je vais m’assurer qu’il y ait un retour au planétarium avec des conférences, de la formation pour toute l’équipe du planétarium afin qu’elle connaisse ces projets, qu’elle en maîtrise des éléments, et pour que les découvertes scientifiques soient retransmises à travers nos expositions, à travers notre façon de vulgariser, à travers les spectacles que l’on va présenter. Je veux que le planétarium soit à la fine point de la recherche qui se fait dans le domaine. »

Transmission

En plus d’être un scientifique accompli, Olivier Hernandez est un vulgarisateur hors pair. L’enthousiasme qu’il manifeste pour sa nouvelle fonction est aussi alimenté par la passion qu’ont les Québécois pour l’astronomie. « Je me rappellerai toujours le 12 février 2015. À 9 h, on annonçait la fermeture de l’OMM dans les médias. La réaction du public fut telle qu’à midi, elle avait réussi à faire changer d’idée un gouvernement conservateur qui n’était pas favorable à la science fondamentale. Ce jour-là, j’ai compris que l’astronomie avait une valeur particulière au Québec. Je ne veux pas perdre cet élan, cet amour profond des Québécois pour l’astronomie. »

Olivier Hernandez se passionne aussi pour l’art. Dans ses temps libres, il fait du théâtre amateur et de la mise en scène. « Le Planétarium est un bel endroit pour mettre en scène l’astronomie. Le dôme immersif permet de rendre accessible une science difficile. On peut faire rêver les gens même s’ils n’ont aucune connaissance scientifique », souligne-t-il tout en précisant qu’il aimerait pousser encore plus l’approche émotive et immersive qu’a adoptée le planétarium ces dernières années, notamment en établissant des collaborations avec des artistes visuels, des poètes, des auteurs de bandes dessinées.

Pour moi, Montréal était la ville d’Hubert Reeves, que j’espérais rencontrer et dont je voulais suivre les pas

M. Hernandez espère aussi créer plus de ponts entre le planétarium, le Biodôme, l’Insectarium et le Jardin botanique en exploitant des thèmes comme celui des exoplanètes qui « pourrait être abordé d’un point de vue astronomique, mais aussi d’un point de vue animal et végétal en imaginant quels types d’animaux pourraient vivre sur des planètes où la gravité est deux fois plus grande, quels types de plantes pourraient pousser sur une planète qui reçoit deux fois moins de lumière. Et ainsi, on pourrait tracer un parcours entre tous les musées d’Espace de la vie ».

Très présent sur les réseaux sociaux depuis neuf ans, M. Hernandez trouve important d’exploiter « cette niche scientifique francophone étant donné que la majorité des informations scientifiques sont transmises en anglais ». « Je désire faire en sorte que le Planétarium soit la porte d’entrée de la vulgarisation astronomique au Québec. Je veux que le site Internet et le fil Twitter du Planétarium soient à jour sur les dernières informations astronomiques. Cela permettra de maintenir le lien entre le public et les chercheurs. Mon objectif est de vulgariser au maximum la science par des moyens multiples. »