Énergies renouvelables: l’incontournable acceptabilité sociale

Jean-François Venne Collaboration spéciale
La géothermie profonde utilisée pour produire de l’électricité est mal connue des Québécois comparativement à la géothermie superficielle utilisée pour chauffer ou refroidir un lieu de résidence.
Photo: Don Ryan Associated Press La géothermie profonde utilisée pour produire de l’électricité est mal connue des Québécois comparativement à la géothermie superficielle utilisée pour chauffer ou refroidir un lieu de résidence.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les débats houleux autour des projets de gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent et des forages pétroliers en Gaspésie ou sur l’île d’Anticosti démontrent toute l’importance de l’acceptabilité sociale dans la production d’énergie. À l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), les chercheurs Michel Malo et Jasmin Raymond ont sondé les Québécois et les citoyens d’autres pays pour connaître leurs opinions quant à différentes énergies renouvelables.

Les chercheurs ont noté une forte corrélation entre la connaissance d’une source d’énergie renouvelable et son degré d’acceptabilité sociale. Ainsi, les énergies solaires et éoliennes sont les deux plus connues dans tous les pays sondés (Québec, Canada, Belgique, Chili, Colombie et France). Ce sont aussi celles qui font l’unanimité ou presque parmi les répondants (en ajoutant l’hydroélectricité dans le cas du Québec). La géothermie, principal point d’intérêt des chercheurs dans cette enquête, arrive au quatrième rang au Québec.

L’épouvantail de la fracturation hydraulique

Mais attention, car il y a géothermie et géothermie. Les Québécois connaissent assez bien la géothermie superficielle, utilisée dans les maisons pour chauffer pendant l’hiver et climatiser durant l’été. Elle demande des forages de 100 ou 200 mètres de profondeur. « Toutefois, notre sondage montre que seulement 17 % d’entre eux connaissent la différence avec la géothermie profonde, laquelle exige des forages de 1000 à 3000 mètres de profondeur et peut servir à produire de l’électricité. »

Après avoir obtenu une explication de la géothermie profonde, 67 % des répondants québécois se disaient favorables à son utilisation pour produire de l’électricité et 64 % acceptaient l’idée d’un projet pilote dans leur région. Toutefois, la géothermie profonde exige parfois l’utilisation de la fracturation hydraulique, que les chercheurs appellent « stimulation hydraulique ». C’est le cas lorsque le débit d’eau n’est pas assez fort. La fracturation sert alors à augmenter ce débit.

Les chercheurs sont bien conscients que la fracturation hydraulique a mauvaise presse au Québec. Mais son impact est bien différent en géothermie par rapport à celui de l’exploitation de gaz ou de pétrole de schiste. Dans ces derniers cas, il s’agit de centaines de fracturations hydrauliques sur un territoire, alors que, dans le cas de la géothermie, il est question de deux à quatre. « Le risque dans le cas de l’exploitation de gaz ou de pétrole est de contaminer les sous-sols avec des produits pétroliers, alors que, dans le cas de la géothermie profonde, c’est davantage de provoquer de minuscules secousses sismiques, puisque le forage se fait à une profondeur où il n’y a généralement pas de produits pétroliers », précise Jasmin Raymond.

Malgré tout, dès que les chercheurs parlent de stimulation hydraulique, le soutien à cette approche baisse de 11 % au Québec et de 12 % lorsqu’il est question d’un projet pilote dans la région d’un répondant. « C’est assurément une préoccupation, admet Jasmin Raymond. Les gens s’inquiètent surtout des risques de pollution des sous-sols et des eaux souterraines. Mais c’est un point sensible dans tous les projets de développement énergétique. »

Cela démontre l’importance de connaître les inquiétudes des gens pour en arriver à établir l’acceptabilité sociale d’un projet. « Si l’on souhaite faire de l’éducation quant à une source d’énergie renouvelable, on doit savoir ce que craignent les citoyens, ajoute Michel Malo. Tout promoteur d’un projet énergétique devrait mener ce type de sondage au préalable, pour arriver devant la population avec des solutions correspondant à ses vrais soucis. »

Projet à long terme

Par ailleurs, ce n’est pas demain la veille que la génération d’électricité par géothermie profonde se répandra au Québec. Bien que le projet de recherche de l’INRS se soit amorcé à la suite d’une demande d’Hydro-Québec, la société d’État n’aurait présentement aucun projet de ce type dans ses cartons, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, rappellent les deux chercheurs, Hydro-Québec connaît actuellement un surplus de production. Elle continue d’évaluer ses options, notamment du côté des différentes formes d’énergies renouvelables, mais dans une perspective de dix ou vingt ans.

La géothermie profonde elle-même s’adapte moins bien au Québec qu’en Islande ou en France. Pour produire de l’électricité de cette manière, il faut des fluides à plus de 150 °C. « Dans les basses terres du Saint-Laurent, il faudrait forer à environ 5000 mètres de profondeur pour en trouver. En général, les centrales géothermiques rentables utilisent des forages de 1000 à 3000 mètres, au-delà c’est peu rentable économiquement », précise Jasmin Raymond.

Il faudra donc attendre que le marché de l’énergie se désengorge un peu et que les technologies de géothermie profonde progressent, avant de voir le Québec se lancer dans cette voie.