Des chercheurs séduits par le climat politique au Canada

La ministre des Sciences Kirsty Duncan, entourée de sommités. Dans le but d’attirer des chercheurs de haut niveau, le gouvernement du Canada avait prévu dans son budget 2017 un investissement de 117,6 millions de dollars pour un programme de chaires de recherche.
Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne La ministre des Sciences Kirsty Duncan, entourée de sommités. Dans le but d’attirer des chercheurs de haut niveau, le gouvernement du Canada avait prévu dans son budget 2017 un investissement de 117,6 millions de dollars pour un programme de chaires de recherche.

Le Canada a réussi à recruter 24 sommités mondiales en recherche scientifique grâce à de généreuses chaires de recherche. Plusieurs récipiendaires de ces chaires de recherche Canada 150 ont accepté d’abandonner des emplois fort enviables dans des universités prestigieuses en raison du climat social et politique délétère du pays où ils travaillaient. D’autres, des Canadiens expatriés, profitent de la manne pour rentrer au pays.

Dans le but d’attirer des chercheurs de haut niveau, le gouvernement du Canada avait prévu dans son budget 2017 un investissement de 117,6 millions de dollars pour un programme de chaires de recherche dénommées Canada 150 en l’honneur du 150e anniversaire du Canada.

Dix de ces vingt-quatre chaires fourniront un financement d’un million de dollars annuellement pendant sept ans et quatorze accorderont 350 000 $ annuellement pendant sept ans.

Alán Aspuru-Guzik, une sommité mondiale dans le domaine de la chimie théorique, quantique et computationnelle, quittera l’Université Harvard en juillet prochain pour l’Université de Toronto. Et il le fera sans regret et avec beaucoup d’enthousiasme.

« Pendant longtemps, je n’étais pas satisfait de la façon dont les États-Unis se comportaient politiquement. Leur manque de civilité et de politesse m’indisposait et plusieurs aspects de la société me rebutaient. L’élection de Trump a catalysé ma décision de partir ailleurs. Je voulais aller là où je me sentirais bien dans la société, et ce fut le Canada. À cela s’ajoute bien sûr le fait qu’on m’y propose une excellente occasion scientifique.

« Un autre enjeu est l’incertitude quant au financement de la recherche scientifique étant donné que le gouvernement américain a augmenté le budget voué aux dépenses militaires plus que tous les autres. Le Canada est plus rafraîchissant et inspirant ! » a-t-il confié au Devoir.

M. Aspuru-Guzik est très satisfait des conditions qui lui seront accordées à l’Université de Toronto. Il recevra un million par année pendant sept ans, ce qui est « comparable » à ce dont il dispose à Harvard.

Incertitude politique

Yves Brun, originaire du Nouveau-Brunswick, a effectué son doctorat à l’Université Laval et un stage postdoctoral à l’Université Stanford avant d’être embauché par l’Université de l’Indiana en 1993. Il désirait revenir au pays depuis un certain temps. L’élection du président Trump n’est pas la raison principale de son retour au Canada, mais « un des facteurs ».

« Pour l’instant, l’arrivée de Trump a eu peu de répercussions négatives sur le financement de la recherche fondamentale. Mais il y a quand même beaucoup d’incertitudes. Par contre, le climat sociopolitique est très négatif et tout cela m’affectait. C’était donc tentant de venir dans un pays plus ouvert et qui vient de réinvestir dans la recherche fondamentale », a-t-il affirmé.

Alors qu’il bénéficiait de 750 000 $ par année à l’Université de l’Indiana, M. Brun verra ses ressources financières doubler à l’Université de Montréal grâce au million de la chaire de recherche Canada 150 ainsi qu’aux programmes sociaux en vigueur au pays — qui couvrent notamment les frais médicaux —, qui réduiront ainsi les coûts associés à l’embauche du personnel de recherche.

Cette chaire lui permettra de « suivre son instinct et d’aller dans des directions qui normalement seraient subventionnées moins facilement ».

« En recherche fondamentale, on ne sait jamais quel projet nous conduira à une découverte importante. De plus, je pourrai me consacrer à des projets de longue haleine sans avoir à préparer sans cesse de nouvelles demandes de subvention qui grugent beaucoup de temps.

« Avec cette chaire de recherche d’une durée de sept ans, j’ai maintenant les moyens de voir grand et loin ! » lance ce spécialiste des bactéries qui travaillera à la mise au point d’antibiotiques et de bioadhésifs.

Ouverture des frontières

Pour l’Autrichien Josef Penninger, qui mène des travaux en génétique dans l’espoir de découvrir les mécanismes de la pathogenèse des maladies, ce sera un retour au Canada, puisqu’il a fait des recherches à Toronto de 1990 à 2004.

Les conditions offertes par la chaire de recherche Canada 150 (un million annuellement) sont un peu moins généreuses que celles dont il jouit en ce moment à l’Académie autrichienne des sciences, mais l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) ajoutera une contribution qui devrait les rendre comparables.

Pour cet Européen qui adhère à « l’ouverture des frontières » et qui « aime les sociétés culturelles et les endroits où les gens d’ailleurs sont les bienvenus », le Canada est un pays où ces valeurs sont très présentes, alors qu’en Europe, l’atmosphère est tout autre depuis l’afflux de migrants. Il croit que « la politique canadienne va dans la bonne direction et est propice à l’innovation ».

Engagement du Canada

Azim Sharif quittera l’Université de la Californie à Irvine pour l’UBC, où il poursuivra ses recherches en psychologie morale. Il est content de rentrer au pays où il a grandi et fait ses études, mais son retour est aussi motivé par le programme de chaires de recherche qui, à ses yeux, démontre « l’engagement du Canada envers la science, la recherche et l’éducation publique », des valeurs qui lui tiennent à coeur.