Créativité numérique: la richesse de Montréal

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Lancement de Printemps numérique 2017
Photo: Jean-Michael Seminaro Lancement de Printemps numérique 2017

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Fortement représentée dans les domaines du jeu vidéo, de la réalité virtuelle et augmentée, des arts numériques, des effets visuels, de l’intelligence artificielle et des textiles intelligents, Montréal abrite l’un des plus riches écosystèmes de créativité numérique au monde. L’événement Printemps numérique, dont la cinquième édition bat actuellement son plein, témoigne d’ailleurs de cette effervescence. Mais avant de pouvoir se targuer d’avoir assis durablement son leadership international en la matière, la communauté montréalaise a encore quelques enjeux à concilier.

Artiste, cofondatrice et vice-présidente du laboratoire d’écritures numériques TOPO, ainsi que consultante en développement culturel, Eva Quintas connaît très bien l’écosystème montréalais de la créativité numérique.

En 2016, avec l’appui du programme Accélération de l’organisme Mitacs et des professeurs Laurent Simon et Serge Poisson-de Haro (HEC Montréal), elle a réalisé une recherche pour le compte de l’organisme Printemps numérique. Ayant pour mission de développer et de promouvoir la créativité numérique à travers différentes activités de production événementielle, de communication, de veille, de maillage et de médiation, ce dernier a mandaté Mme Quintas pour cartographier l’écosystème de la créativité numérique montréalaise afin d’en mesurer la portée et de clarifier les conditions nécessaires à son plein essor.

Intitulée Comprendre et valoriser l’écosystème montréalais de la créativité numérique : un levier pour le développement local et le rayonnement international de la métropole, l’étude propose un état des lieux très éclairant de la créativité numérique montréalaise et recense les défis auxquels font face les acteurs du milieu.

« On est partis de l’hypothèse que Montréal pouvait être la capitale mondiale de la créativité numérique, indique Mme Quintas. La question qu’on s’est posée, c’est “qu’est-ce qui manque à Montréal pour avoir un vrai leadership international ?”. Ce dont on s’est rendu compte, c’est que les sous-secteurs rayonnent, mais que, si on voulait réussir une vraie projection internationale, il fallait surtout affermir la solidarité et la concertation locale. »

L’étude met également en lumière le fait que les milieux des arts numériques perçoivent un manque de reconnaissance de leur discipline de la part du grand public et de certains décideurs, ce qui contribue à alimenter leur méfiance envers l’industrie.

« Plusieurs des intervenants ont parlé de la nécessité de multiplier les espaces de visibilité médiatiques et événementiels. […] Beaucoup ont suggéré la création d’une maison pour les arts et la créativité où on aurait, comme on le voit en Europe par exemple, un espace mixte hybride où il pourrait y avoir de la recherche, de l’événementiel et des activités grand public destinées notamment à la jeunesse. Ça faciliterait la concertation, la reconnaissance, l’affirmation du secteur et le développement de la coopération », affirme Mme Quintas.

L’étude fait également ressortir que l’accès au financement, particulièrement pour les artistes, les compagnies artistiques et les petites entreprises oeuvrant dans le domaine de la créativité numérique, reste un enjeu.

« À Montréal, on se débrouille toujours pour faire des choses qui sont tripantes avec peu de moyens, relève à ce sujet Mehdi Benboubakeur, directeur général de Printemps numérique. C’est une marque d’ici ! Mais en même temps, si on veut asseoir durablement la position de Montréal comme capitale de la créativité numérique, il faut améliorer le financement du secteur. Il faut commencer à considérer ces milieux-là comme des leviers potentiellement importants de développement économique. »

La capacité de commercialisation, l’accès à la main-d’oeuvre spécialisée, de même que la formation de la relève sont aussi des enjeux cités dans l’étude comme étant préoccupants pour les acteurs du milieu.

Une volonté de plus en plus affirmée

Depuis la publication de l’étude, les interventions visant à renforcer le positionnement de Montréal comme capitale mondiale de la créativité numérique se sont multipliées. « Par exemple, la Ville a adopté sa politique de développement culturel cet été, et la question de la créativité numérique y est prédominante », observe Mme Quintas.

Notamment, celle-ci stipule clairement la volonté de la métropole de « confirmer d’ici 2020 le positionnement de Montréal comme l’un des leaders mondiaux de la créativité numérique » et établit diverses priorités pour y parvenir.

La commission numérique de Culture Montréal a aussi fait paraître à l’automne 2017 une déclaration intitulée Montréal, capitale mondiale de l’art et de la créativité numériques. Appuyée par de nombreux acteurs du milieu, dont Mme Quintas et M. Benboubakeur, celle-ci a pour objectif de soutenir et d’améliorer la projection locale et internationale de la créativité numérique montréalaise.

« D’ici la fin de l’année 2018, après avoir tenu quatre rendez-vous sur la question, la commission numérique proposera un plan d’action concret », souligne Mme Quintas.

Celui-ci pourrait aller jusqu’à la création d’une grappe des arts et de la créativité numériques.

Le Printemps numérique en action

De son côté, au cours des derniers mois, le Printemps numérique a beaucoup travaillé à développer différents outils et mécanismes de maillage pour favoriser le rapprochement entre les citoyens, les artistes, les institutions, les entreprises et les industries.

« On a par exemple lancé la série événementielle #intersections qui vise à rassembler curieux et passionnés autour d’enjeux de transformations numériques », indique M. Benboubakeur.

L’organisme a aussi développé, en collaboration avec le Secrétariat à la jeunesse du Québec, le projet Jeunesse QC 2030. « C’est un projet qui vise, par le déploiement de différentes activités, à augmenter les compétences numériques des jeunes. L’idée, c’est de favoriser la pleine conscience de la citoyenneté numérique chez les jeunes, peu importe le milieu d’où ils viennent. C’est aussi de préparer la relève », souligne le directeur général du Printemps numérique.

En ce moment, l’organisme oeuvre aussi à la mise sur pied d’un réseau intersectoriel autour de la littératie numérique rassemblant entreprises, groupes de recherches et organismes publics et privés.

Il continue également à chapeauter son événement phare, aussi nommé Printemps numérique, qui se tient chaque année à Montréal du 21 mars au 21 juin et se déploie sous la forme d’une riche programmation de plus de 300 activités.

« Notre secteur de la créativité numérique se porte très bien ; on a tous les éléments qu’il faut pour se prévaloir du titre de capitale mondiale de la créativité numérique, assure M. Benboubakeur. Mais il ne faut pas que nous nous asseyions sur nos lauriers, sinon nous allons perdre notre avance. Pour continuer d’occuper une place de choix parmi les meneurs, il ne faut pas que nous arrêtions de nous remettre en question. »