Une bactérie contre le cancer de la peau

Certaines bactéries habitant sur la peau humaine produisent une molécule qui inhibe la croissance des cellules cancéreuses.
Photo: Drs. Gallo and Nakatsuji, Dermatology, UC San Diego Certaines bactéries habitant sur la peau humaine produisent une molécule qui inhibe la croissance des cellules cancéreuses.

Parmi les multiples bactéries qui colonisent en permanence notre peau, une souche particulière de Staphylococcus epidermidis nous protégerait du cancer de la peau, a découvert une équipe de chercheurs de l’Université de Californie à San Diego. Et autre bonne nouvelle, cette souche bactérienne est présente sur la peau d’environ 80 % des humains.

Dans un article publié dans la dernière édition de Science Advances, ces chercheurs affirment avoir cerné le composé chimique, le 6-N-hydroxyaminopurine (6-HAP), que produisent les bactéries de cette souche spécifique et qui leur confère la capacité d’inhiber la prolifération des cellules cancéreuses.

« Seules les cellules tumorales croissant anormalement semblent être sensibles à cette molécule, qui n’endommage pas les cellules normales de la peau, car ces dernières expriment une enzyme capable de désactiver le 6-HAP », précise le Dr Richard Gallo, professeur au Département de dermatologie à la UC San Diego School of Medicine, et auteur principal de l’article.

Quand les chercheurs ont injecté le 6-HAP par voie intraveineuse, toutes les 48 heures pendant deux semaines, à des souris auxquelles on avait greffé des cellules de mélanome à croissance rapide, ils ont observé une réduction de plus de 60 % de la taille des tumeurs. De plus, le 6-HAP n’a pas semblé présenter d’effets toxiques.

Effet sur le cancer

Dans une deuxième expérience, les chercheurs ont exposé des souris glabres à des rayons ultraviolets dans le but d’induire des cancers de la peau.

Sur la peau de la moitié de ces souris, ils ont appliqué des bactéries de la souche S. epidermidis produisant du 6-HAP qui a réduit considérablement l’incidence et le nombre de tumeurs, tandis que sur l’autre moitié, ils ont introduit une autre souche S. epidermidis ne produisant pas de 6-HAP qui n’a pas empêché la formation de nombreuses tumeurs.

Dans les deux cas, les bactéries avaient pénétré dans le derme, la couche intermédiaire de la peau qui est située sous l’épiderme.

En plus de ces expériences chez l’animal, « nous avons aussi montré dans des milieux de culture que le 6-HAP peut inhiber la croissance de cellules de carcinome [l’autre principal type de cancer de la peau avec le mélanome] et de lignées cellulaires de leucémie.

Le 6-HAP semble avoir un effet généralisé sur le cancer et non seulement sur le cancer de la peau », affirme le Dr Gallo.

« Les bactéries présentes sur la peau semblent avoir des effets protecteurs. De nombreuses études ont montré que certaines de ces souches bactériennes produisent des antibiotiques qui tuent d’autres bactéries qui pourraient causer des infections », ajoute le chercheur.

Son équipe a publié l’an dernier dans Science Translational Medicine des résultats indiquant que l’application de diverses souches de staphylocoques produisant un antibiotique naturel, dont des souches de S. epidermidis et de S. hominis, sur la peau de personnes infectées par le S. aureus avait permis de réduire efficacement la présence de ces bactéries indésirables.

« Comme les bactéries vivant dans l’intestin affectent la santé humaine, on peut imaginer qu’il en est de même de celles colonisant la peau. Nous disposons de données préliminaires qui laissent penser que les bactéries vivant sur la peau pourraient affecter d’autres aspects de la santé humaine que les maladies de la peau, dont le système immunitaire, le système nerveux et le système endocrinien », avance le spécialiste.

Dès la naissance

Les chercheurs croient que les humains acquièrent ces souches bactériennes au début de leur vie.

« Le premier environnement auquel le bébé est exposé est le canal génital de la mère », fait remarquer le Dr Gallo avant de préciser que les bactéries sur la peau des bébés nés par voie naturelle sont différentes de celles présentes sur celle de bébés nés par césarienne.

Le microbiome de la peau dont la composition varie d’une partie du corps à l’autre peut se modifier au cours de la vie.

« Les maladies peuvent induire des changements, certains styles de vie peuvent aussi l’affecter. La sécrétion d’hormones à partir de la puberté induit également d’importants changements », indique-t-il.

« D’après plusieurs études, un lavage régulier des mains et une hygiène régulière du corps par douche ou bain n’affectent pas significativement les bactéries vivant sur notre peau, car elles sont protégées dans le creux des follicules pileux », souligne le Dr Gallo, qui mène présentement une étude clinique visant à éprouver l’utilisation de bactéries pour traiter l’eczéma.