Avancées majeures pour le dépistage du cancer du sein

«Un dépistage qui serait adapté au risque particulier de chaque personne devrait permettre de diminuer le surdiagnostic en ciblant les femmes plus à risque», affirme la Dre Chiquette.
Photo: Anne-Christine Poujoulat Agence France-Presse «Un dépistage qui serait adapté au risque particulier de chaque personne devrait permettre de diminuer le surdiagnostic en ciblant les femmes plus à risque», affirme la Dre Chiquette.

Plus de 70 nouvelles variations génétiques qui prédisposent au cancer du sein ont été mises au jour grâce à la collaboration de 550 chercheurs à travers le monde, parmi lesquels figure l’équipe du professeur Jacques Simard de l’Université Laval, à Québec.

Cette importante découverte permettra de déterminer avec une plus grande précision le risque que court une femme de développer un cancer du sein au cours de sa vie. Elle devrait aussi aider à dépister plus efficacement les femmes ayant un haut risque de souffrir d’un tel cancer, mais aussi de réduire le dépistage inutile et le surdiagnostic.

L’analyse du génome de 275 000 femmes, dont 146 000 avaient reçu un diagnostic de cancer du sein, a permis de trouver 72 variations génétiques réparties un peu partout dans le génome qui sont associées à un risque accru de cancer du sein.

Contrairement aux mutations affectant les gènes BRCA1 et BRCA2 qui sont assez rares — seulement une femme sur 400 en est porteuse — mais qui décuplent (1000 % d’augmentation) le risque de développer un cancer du sein, ces 72 variations génétiques, qui s’ajoutent aux 108 autres déjà connues, sont assez fréquentes dans la population.

Chacune d’elles augmente faiblement (de 5 à 20 %) le risque de souffrir d’un cancer du sein, toutefois une même femme peut être porteuse de plusieurs de ces variations. L’effet combiné des variations portées par une femme correspond alors à la multiplication des effets de chacune d’elles.

« Ainsi, si une femme est porteuse de cinq variations qui chacune augmente le risque de cancer du sein de 20 %, ce risque devient substantiel puisqu’il est 2,5 plus élevé (1,25) », indique Jacques Simard du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval qui est l’un des quatre chercheurs principaux de l’étude qui fait l’objet de deux publications, dans Nature et Nature Genetics.

Nouvel outil de dépistage

En analysant les 180 régions du génome où sont situées les variations qui prédisposent au cancer du sein, il sera ainsi possible de déterminer le risque que court une femme de développer un tel cancer.

« Certaines variations sont protectrices, d’autres accroissent le risque. Or, nous avons développé un algorithme mathématique qui intègre l’effet de chacune des variations portées par une femme et qui calcule à partir de ça la probabilité qu’elle développe un cancer du sein », explique M. Simard, qui voit dans ce nouvel outil un moyen de dépister les femmes sans histoire familiale de cancer du sein ou de l’ovaire, mais qui sont très à risque de souffrir d’un tel cancer.

« Le programme québécois de dépistage du cancer du sein débute à 50 ans parce que l’on considère que les femmes commencent à être à risque à partir de cet âge-là. Mais il y a néanmoins de 18 à 20 % des cancers du sein qui surviennent avant l’âge de 50 ans

« Or, on ne trouve pas toujours de mutation dans les gènes BRCA1 et BRCA2 chez plusieurs de ces femmes-là et leurs habitudes de vie ne semblent pas problématiques. On ne sait donc pas pourquoi elles ont développé un cancer aussi jeunes. Ces nouvelles variations génétiques nous apporteront probablement des réponses », souligne la Dre Jocelyne Chiquette, clinicienne au Centre des maladies du sein à Québec qui figure parmi les auteurs de l’étude.

« En combinant le risque polygénique avec d’autres facteurs de risque connus, tels que l’âge au premier enfant, le nombre d’enfants, la densité mammaire et les habitudes de vie, comme la consommation d’alcool, la prise de contraceptifs ou d’une thérapie hormonale de remplacement, nous pourrons identifier dix fois plus de femmes à risque élevé de cancer du sein que ce que nous pouvons faire avec [le test permettant d’identifier] les mutations dans les gènes BRCA1 ou BRCA2 », fait valoir M. Simard.

Il ajoute qu’on pourrait ainsi offrir à ces femmes l’accès à un dépistage plus fréquent, qui débuterait à un plus jeune âge et qui inclurait le recours à des technologies plus sensibles (l’imagerie par résonance magnétique plutôt que la mammographie).

« Un dépistage qui serait adapté au risque particulier de chaque personne devrait permettre de diminuer le surdiagnostic en ciblant les femmes plus à risque », affirme la Dre Chiquette.

La découverte de ces 72 variations génétiques renseigne également les chercheurs « sur la biologie derrière le développement d’un cancer du sein et sur les différents sous-types de cancers du sein », ce qui devrait permettre de trouver de « nouvelles cibles thérapeutiques », indique M. Simard.

Les chercheurs de Québec espèrent maintenant obtenir le financement nécessaire pour évaluer la faisabilité et l’acceptabilité de cette nouvelle méthode d’évaluation du risque de cancer du sein.