La collaboration en recherche porte ses fruits

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Le nouveau plan stratégique de l’UdeS a permis d’orienter la recherche et de mettre en avant le travail interfacultaire.
Photo: Université de Sherbrooke Le nouveau plan stratégique de l’UdeS a permis d’orienter la recherche et de mettre en avant le travail interfacultaire.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Avec la mise en oeuvre du plan stratégique Réussir 2015-2017, l’Université de Sherbrooke de concert avec ses huit facultés a commencé par recenser des thèmes porteurs en recherche. Si l’exercice a été difficile, il a permis d’orienter la recherche et de mettre en avant le travail interfacultaire. Aujourd’hui, le modèle a fait ses preuves, comme l’explique le vice-recteur à la recherche, le professeur Jacques Beauvais.

« Quand on a pensé le plan stratégique, il était intéressant de voir qu’il émergeait véritablement de la communauté universitaire. Plus de 1000 personnes ont participé à la consultation », rappelle le vice-recteur Jacques Beauvais. Ce qui en est ressorti de cet exercice, c’est l’importance du travail interfacultaire. À la blague, dans le milieu universitaire, on dit souvent que « si la société a des problèmes, l’université, elle, a des départements ! » Jacques Beauvais trouve que cet énoncé illustre bien les défis actuels du décloisonnement de l’université : « On l’a pris à coeur. On veut soutenir les groupes et les centres de recherche parce que, même si on n’est pas une énorme université, il est important en recherche d’avoir des masses critiques pour être capable de bien encadrer les étudiants et d’obtenir un impact. » Autre point majeur, il est aujourd’hui essentiel de bien s’arrimer avec son milieu. « Depuis plus de cinquante ans, il existe un régime coopératif d’alternance études-stages à l’Université avec 4500 stages rémunérés chaque année. Pour trouver tous ces stages, on doit être à l’écoute de ses partenaires », lance le vice-recteur. C’est vrai au bac et à la maîtrise, mais au fil des ans, c’est devenu primordial en recherche aussi.

Sherbrooke, avec sa population d’un peu plus de 150 000 personnes, ne peut être considérée comme une grande ville. Elle se hisse toutefois comme capitale régionale et l’Université attire de nombreux jeunes. Les collaborations sont naturelles, et les gens se rencontrent et se parlent. Depuis quelques années, l’Université a investi le créneau des recherches sur le vieillissement. « Les gens de la faculté de médecine, ceux des lettres et sciences humaines, ceux de génie et de l’école de gestion et de nombreux autres travaillent à l’unisson sur ce même sujet. Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’ailleurs ils seraient cloisonnés à leur secteur. En ce sens, la taille de l’Université favorise les communications et les nouvelles idées. Ça nous force à toujours changer nos façons de faire et à apporter de nouvelles idées. » Toutefois, si on constate qu’il y a beaucoup de collaboration entre universités au Québec, il faut admettre que, pour obtenir des fonds de recherche, on se retrouve alors en compétition. « C’est une concurrence saine et, en raison de notre taille, il faut travailler particulièrement fort », explique Jacques Beauvais.

Les thèmes porteurs

L’idée de resserrer le nombre de thèmes porteurs a été une décision difficile, qui n’a pas plu à tous d’emblée. « Lors des rencontres de préparation au plan stratégique, on nous disait qu’on avait du mal à saisir en quoi l’Université se démarquait », rappelle le vice-recteur en ajoutant que « selon les facultés, les approches ont été différentes, mais recenser des thèmes porteurs, c’est aussi mettre en avant les forces d’une faculté ». L’exercice aura duré un an et demi. « Depuis, les chercheurs se sont vraiment identifiés à ces thèmes, ce qui leur a permis de mieux se positionner dans leurs demandes de subventions et de mieux exprimer en quoi ils se démarquent. »

Aujourd’hui, on est à même de constater que l’idée a fait ses preuves. Selon Research Infosource, un organisme canadien qui fournit des informations stratégiques en ce qui concerne la recherche, depuis 15 ans, l’Université de Sherbrooke a connu une croissance supérieure aux autres universités qui possèdent elles aussi une faculté de médecine. « En fait, nos revenus de recherche ont triplé en 15 ans, on a donc aussi triplé l’activité de recherche. C’est facile d’imaginer que les structures et les façons de faire de l’époque n’étaient pas nécessairement adaptées à un volume multiplié par trois. Il a fallu évoluer afin d’être capables de soutenir cette croissance », affirme Jacques Beauvais. Aujourd’hui, les projets de recherche sont considérables et demandent un financement supplémentaire, ce qui oblige l’Université à soutenir les chercheurs dans la gestion d’une activité de cette ampleur.

Les publications scientifiques

Si les revenus de recherche ont triplé à l’Université, le vice-recteur Beauvais préfère quant à lui parler de l’accroissement du volume d’activité de recherche : « Ça se reflète dans le nombre de publications scientifiques, dans le nombre d’étudiants aux cycles supérieurs et dans celui des maîtrises et doctorats en recherche. C’est ce qui a permis à des départements habituellement concentrés sur les activités d’enseignement d’aller chercher des professeurs à l’activité de recherche intense. » Ce qui est important pour une université de taille moyenne en région, ce sont les recherches menées en collaboration. « Les collaborations avec les universités canadiennes, mais aussi celles avec l’international sont vitales », précise Jacques Beauvais. À Sherbrooke, ces dernières représentent toujours plus ou moins 40 % du nombre total de collaborations. Ces travaux permettent à l’Université de développer des liens avec des universités américaines et d’autres ailleurs dans le monde, mais dans les dernières années, c’est avec la France que les liens se sont solidifiés et plus particulièrement avec le Centre national de la recherche scientifique, le CNRS : « On a maintenant trois laboratoires internationaux associés, des unités reconnues par le CNRS qui viennent valider l’intensité de collaboration. Depuis cinq ans, on a réussi à créer une unité mixte internationale à Sherbrooke ce qui signifie qu’on a un laboratoire du CNRS ici au Québec ! » Avec cinq chercheurs français basés au Québec, ce laboratoire permet aux étudiants d’entrevoir tout ce qui se passe en Europe.