Des machines de plus en plus intelligentes

Après une longue période d’incubation, l’intelligence artificielle connaît depuis quelques années un essor fulgurant.
Photo: iStock Après une longue période d’incubation, l’intelligence artificielle connaît depuis quelques années un essor fulgurant.

Les promesses de l’intelligence artificielle sont immenses et se concrétisent à un rythme stupéfiant. Qui plus est, grâce à un investissement fédéral et privé de plus de 200 millions de dollars dans trois de ses universités, Montréal est en voie de devenir la « Silicon Valley » de cette technologie qui s’immisce dans nos vies.

Il n’est en effet pas si loin, le jour où nous embarquerons dans des voitures autonomes sans chauffeur qui nous conduiront à destination sans accrochage, où des assistants personnels virtuels répondront à tous nos états d’âme et planifieront notre emploi du temps, où des traducteurs automatiques interpréteront en temps réel des conférences tenues en diverses langues, où des ordinateurs reconnaîtront de façon infaillible l’émergence d’une tumeur dans les images médicales obtenues chez un patient.

Photo: Université de Montréal Yoshua Bengio

Après une longue période d’incubation, l’intelligence artificielle connaît depuis quelques années un essor fulgurant, et ce, en grande partie grâce à la technologie de l’« apprentissage profond » (ou deep learning en anglais). Un des pionniers de cette technologie qui repose sur des réseaux de neurones artificiels, Yann LeCun, professeur à l’Université de New York et directeur du laboratoire de recherche de Facebook, FAIR (Facebook Artificial Intelligence Research), était de passage à Montréal l’automne dernier pour donner une conférence à l’Université de Montréal en compagnie de son complice de longue date, Yoshua Bengio, professeur au Département d’informatique et recherche opérationnelle de l’Université de Montréal et directeur de l’Institut des algorithmes d’apprentissage de Montréal (MILA), qui serait le plus gros centre de recherche universitaire au monde consacré à l’étude et la mise au point d’algorithmes d’apprentissage profond.

Traversée du désert 

Au milieu des années 1990, alors que les réseaux de neurones artificiels suscitent peu d’engouement en raison de la faible puissance des ordinateurs et du nombre limité de données pour entraîner les machines, Yann LeCun, Yoshua Bengio et Geoffrey Hinton — qui travaille aujourd’hui chez Google et à l’Université de Toronto —, continuent néanmoins de se passionner pour ce concept. Ils forment un trio qu’ils surnomment ironiquement «la conspiration des réseaux de neurones». Avec l’aide de l’Institut canadien en recherche avancée (ICRA), les trois chercheurs unissent leurs efforts et font valoir sur toutes les tribunes le potentiel sur cette technologie qu’ils rebaptisent « deep learning » (ou apprentissage profond), un terme qui est aujourd’hui sur toutes les lèvres. 

Tout s’est accéléré lorsque « les industriels ont commencé à appliquer ces techniques et qu’ils se sont aperçus qu’elles fonctionnaient très bien, raconte au Devoir Yoshua Bengio. À partir du moment où des résultats universitaires [en reconnaissance de la parole et des images, en l’occurrence] se retrouvent deux à trois ans plus tard dans tous les téléphones intelligents, ça impressionne les esprits, et les gens veulent participer à cette recherche. Il y a une leçon sociologique intéressante à retenir de cette histoire : il ne faut pas seulement se fier aux modes en recherche ! »

Puissance des ordinateurs et mégadonnées

Photo: Université de Montréal Yann LeCun

La plus grande puissance des ordinateurs actuels, et surtout de celle des processeurs graphiques — qui calculent et envoient à l’écran de l’ordinateur des images stockées dans la mémoire de l’ordinateur —, qui sont 10, 20, voire 30 fois plus rapides que les processeurs des ordinateurs personnels, de même que l’accès à des quantités de données de plus en plus massives a grandement accru l’efficacité de l’apprentissage profond. Lequel est aujourd’hui utilisé par les assistants numériques personnels des téléphones cellulaires, tels que Siri (d’Apple), Cortana (de Microsoft) et Google Now pour comprendre la voix et reconnaître des images, ainsi que par Facebook pour détecter les images qui contreviennent à ses conditions d’utilisation, et pour reconnaître les utilisateurs présents sur les photos publiées.


 
1 commentaire
  • Claude Coulombe - Abonné 14 janvier 2017 18 h 04

    Osons créer la montagne de l'IA

    L'IA (intelligence artificielle) va changer le monde! Nous sommes plusieurs à partager le rêve d'une industrie de l'IA à Montréal.

    Il n'y a pas de raison pour que cela ne se passe pas aussi chez nous. Nous n'avons pas l'écosystème de la Silicon Valley, mais nous avons le savoir-faire, la créativité et une qualité de vie enviable. Mais ici, ce n'est pas une vallée, c'est une montagne que nous créerons! La montagne de l'intelligence!

    Monsieur Yoshua Bengio est notre Armand Bombardier du XXIe siècle. Entre nous, il aurait trouvé plus d'argent et même de reconnaissance en écoutant le chant des sirènes, Son engagement envers l'UdeM, Montréal et le Québec mérite d'être souligné.