L’origine du VPH, qui cause des cancers du col de l’utérus

Parmi les facteurs de risque de cancer du col de l’utérus, on sait aujourd’hui que le papillomavirus humain joue un rôle important.
Photo: Luismmolina iStock Parmi les facteurs de risque de cancer du col de l’utérus, on sait aujourd’hui que le papillomavirus humain joue un rôle important.

Plusieurs papillomavirus peuvent induire des cancers, mais c’est la souche VPH16A qui est de loin la plus virulente, puisqu’elle est responsable de 50 à 60 % de tous les cancers du col de l’utérus chez la femme. Ignacio Bravo, du CNRS, et ses collègues espagnols ont cherché à savoir quand et comment cette souche a acquis son grand pouvoir oncogène.

Pour ce faire, ces chercheurs ont comparé entre eux les génomes d’environ 2000 VPH16 différents, ainsi que 1500 génomes humains venant de la banque de données du Human Genome Diversity Project. Cette analyse leur a permis de retracer l’histoire évolutive du virus et de voir que la souche VPH16A nous a été transmise par l’homme de Néandertal.

La souche VPH16 infectait déjà les ancêtres des humains modernes (Homo sapiens) et de l’homme de Néandertal. Lorsqu’ils sont sortis de l’Afrique, il y a environ 500 000 ans, les hommes archaïques (à l’origine des Néandertaliens et des Dénisovans) ont emporté avec eux cette souche archaïque de VPH16. Cette dernière a ensuite évolué de façon distincte de celle qui infectait les hommes modernes qui ont émergé et vécu en Afrique.

« De la même façon que l’homme de Néandertal et l’homme moderne ont évolué différemment, les virus que portaient ces deux espèces ont également évolué différemment », précise Ignacio Bravo, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à Montpellier, en France. Ainsi, quand certaines populations humaines ont quitté l’Afrique, il y a 100 000 ans, elles portaient un VPH16 qui était différent de celui qui infectait alors les populations néandertaliennes vivant en Eurasie. Et, quand les hommes de Néandertal ont rencontré ces hommes modernes et ont eu des relations sexuelles avec eux, la souche de VPH16A qu’ils portaient a colonisé les hommes modernes et a graduellement supplanté les souches africaines qui avaient infecté ces derniers jusque-là.

« Le virus néandertalien dont l’homme moderne a hérité s’est avéré plus agressif et plus oncogène pour lui. Et c’est ainsi que presque tous les cancers du col de l’utérus affectant les populations humaines, à l’exception des populations de l’Afrique subsaharienne [qui ne sont jamais sorties de l’Afrique], sont dus à la souche que l’on a récupérée de Néandertal », ajoute le chercheur en biologie évolutive.

« Les Néandertaliens et les hommes modernes ont été en contact pendant plusieurs générations. Cela est confirmé par la grande hétérogénéité dans le nombre de gènes de Néandertal qui ont été intégrés dans le génome des différentes populations d’hommes modernes », ajoute M. Bravo. En effet, les populations caucasiennes et asiatiques possèdent entre 1 et 5 % de gènes néandertaliens dans leur génome. « Ces gènes d’origine néandertalienne, qui se sont insérés dans le génome des hommes modernes, sont des gènes qui jouent un rôle dans le système immunitaire et la formation de la peau, qui constituent deux des principales barrières que rencontre le papillomavirus », souligne le chercheur.

Chez les animaux

Les chercheurs ont par ailleurs remarqué que plusieurs animaux, dont des primates, sont infectés par des VPH16 très semblables à celui qui cause le cancer du col de l’utérus chez la femme. Ils n’ont, par contre, relevé aucun cancer chez ces animaux. « À un moment donné de l’évolution du papillomavirus, quelque chose s’est passé qui a fait que le virus est devenu oncogène pour nous, les humains. On essaie de voir quelles sont les différences fonctionnelles entre les virus qui induisent de simples infections génitales chez les primates et ceux qui causent un cancer chez l’humain », précise le chercheur. En comparant le génome du virus animal à celui du virus humain, M. Bravo et ses collègues ont trouvé un gène qui n’est pas présent chez les primates non humains et qui pourrait expliquer le caractère oncogène du virus humain. « Il s’agit d’un tout petit gène qui apparemment rend plus difficile la détection des cellules infectées par le système immunitaire. L’infection demeure ainsi sous le radar du système immunitaire, ce qui lui permet de devenir chronique plus facilement. Or c’est justement quand l’infection devient chronique qu’un cancer risque d’apparaître », explique M. Bravo, qui rappelle qu’on ne débute le dépistage du col de l’utérus qu’à partir de l’âge de 35 ou 40 ans, car, « si on le débutait plus tôt, toutes les femmes sexuellement actives seraient infectées. Or, dans plus de 99 % des cas, le système immunitaire arrive à éliminer l’infection. »