Un test de détection du VPH plutôt que le test Pap

Dans plusieurs pays européens et en Australie, on effectue désormais, dans un premier temps, un test de détection du VPH et on ne procède à un test Pap, dans un second temps, que si des VPH ont été décelés lors du test de VPH.
Photo: Dangubic iStock Dans plusieurs pays européens et en Australie, on effectue désormais, dans un premier temps, un test de détection du VPH et on ne procède à un test Pap, dans un second temps, que si des VPH ont été décelés lors du test de VPH.

La stratégie employée pour prévenir le cancer du col de l’utérus pourrait changer sous peu au Québec. Une nouvelle façon de faire, visant d’abord à détecter la présence du virus du papillome humain (VPH), pourrait supplanter le test Pap, ou frottis cervical, comme examen de première ligne.

La meilleure façon de prévenir le cancer du col de l’utérus consiste à éviter toute infection chronique par le VPH, qui est responsable de plus de 60 % de ces cancers, souligne Ignacio Bravo, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), en France. Pour ce faire, vacciner contre le VPH les élèves du primaire est une stratégie adoptée par de nombreux pays, y compris au Québec.

Une autre approche qui est utilisée au Québec depuis des dizaines d’années est la « visite de santé préventive en gynécologie », à laquelle toutes les femmes de 21 ans ou plus devraient se soumettre tous les deux ou trois ans. Lors de cette visite, le médecin de famille interroge la femme sur son état de santé et procède à un examen gynécologique qui inclut un prélèvement de cellules du col de l’utérus, aussi appelé frottis cervico-vaginal, ou test Pap (pour Papanicolaou, le nom de l’inventeur du test), qui vise à déceler des cellules précancéreuses et cancéreuses au niveau du col de l’utérus.

Si le résultat du test Pap est positif, on prescrit alors un test de détection du VPH. Et si ce dernier test révèle la présence du VPH, on exécute une colposcopie et une biopsie.

Procédure inversée

Plusieurs pays européens et l’Australie sont en train de changer cette façon de faire et d’inverser la procédure. Désormais, on effectue, dans un premier temps, un test de détection du VPH et on ne procède à un test Pap, dans un second temps, que si des VPH ont été décelés lors du test de VPH. Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec a demandé à l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) de comparer l’efficacité des deux tests (Pap et VPH), d’analyser la nouvelle procédure et de lui formuler des recommandations à cette fin, recommandations qui devraient être déposées au début de 2017.

1500
cas de cancer du col de l’utérus sont diagnostiqués par an au Canada. 500 femmes meurent de ce cancer chaque année.

Plus cher, mais plus fiable

Actuellement, le test de détection du VPH est plus cher que le test Pap, car il fait appel à des techniques de biologie moléculaire et est effectué par des laboratoires privés, alors que le frottis du test Pap est analysé par une cytotechnicienne et révisé par un pathologiste, à l’hôpital. « Toutefois, presque toutes les études montrent que le test VPH a un meilleur profil coût-efficacité. Cela veut dire que même si le test est un peu plus onéreux, au bout du compte, ça nous coûte néanmoins moins cher en traitements pour le cancer, car le test nous permet de prévenir un plus grand nombre de cancers », souligne la gynécologue Marie-Hélène Mayrand, chercheuse du Centre de recherche du CHUM et membre du comité national de cancérologie sur le dépistage du cancer du col utérin qui se trouve sous l’Autorité du MSSS.

De plus, « le test Pap manque des lésions. Un test Pap peut être normal alors que la femme a des cellules précancéreuses. Pour que ce test donne de bons résultats, il faut donc le répéter aux deux à trois ans, sinon les lésions manquées progresseront vers le cancer. Le test VPH, quant à lui, est presque infaillible », poursuit la Dre Mayrand.

« Somme toute, les études dont j’ai pris connaissance me portent à croire que procéder d’abord à un test de détection du VPH et effectuer un test Pap en second lieu seulement si le premier test de VPH est positif serait une meilleure option pour les femmes », affirme l’experte, avant de faire remarquer que, « à mesure que le test VPH sera adopté dans des programmes publics à gros volume, son coût continuera de diminuer ». Selon la spécialiste, « pour que la transition se fasse le plus harmonieusement possible, il faudra toutefois prévoir des étapes préliminaires d’information pour les femmes, de formation pour le personnel, dont les médecins, et de planification de la réorganisation des laboratoires ».

« Le but souhaité est de faire du dépistage de bonne qualité. Or je pense que ce test [de VPH] répond à ces critères. De plus, il est difficile de lui trouver des défauts », ajoute la Dre Sylvie Bouvet, présidente de l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec.

L’angoisse du test VPH positif

Les infections au VPH étant relativement fréquentes, l’utilisation du test de détection du virus en première ligne risque toutefois d’aboutir à un taux élevé de tests positifs. « Même si un test positif ne veut absolument pas dire que la femme a un cancer, car, la plupart du temps, le système immunitaire est capable d’enrayer l’infection, il demeure néanmoins une source de stress pour nombre de femmes et de tension au sein du couple », fait remarquer Ignacio Bravo, chercheur au CNRS.

Pour éviter de laisser planer le doute chez les patientes, des scientifiques s’appliquent à mettre au point des techniques qui permettraient de différencier une infection aiguë d’une infection chronique susceptible d’aboutir à un cancer. « Quand le virus demeure longtemps dans le corps, il accumule des changements épigénétiques. En d’autres termes, il subit une méthylation de plus en plus forte à mesure que l’infection progresse. Des chercheurs londoniens essaient de mettre au point un test qui permettrait de quantifier le niveau de méthylation du virus et qui nous renseignerait ainsi sur la période de temps que le virus a passée dans le corps », précise M. Bravo.

Dépistage futur

Une autre façon serait d’analyser à la fois le génome de la femme et celui du virus, car « il semblerait qu’il y a une interaction entre la génétique du virus et la génétique de l’hôte, c’est-à-dire de la personne infectée. La contribution de l’homme de Néandertal dans chacun de nous est différente. Si on pouvait identifier les combinaisons virus-hôte qui sont particulièrement à risque, on pourrait ainsi dépister de façon plus efficace les infections qui sont les plus susceptibles de devenir un cancer et alors suivre de façon plus étroite ces infections, avant qu’elles ne deviennent chroniques et que n’apparaissent des signes de malignité », avance Ignacio Bravo.

VPH et cancer de la gorge

Le VPH est également responsable de 20 % des cancers de la gorge. Cette proportion serait même en hausse aux Canada, aux États-Unis et en Scandinavie, vraisemblablement en raison d’un changement des pratiques sexuelles.

Il est possible de savoir si un cancer de la gorge découle d’une infection au VPH, plutôt que de l’usage du tabac et de l’alcool, en procédant à une biopsie qui révélera la présence ou l’absence du virus. « En Espagne, on effectue un tel dépistage du VPH, car un cancer de la gorge d’origine infectieuse répond très bien à la chimiothérapie et à la radiothérapie et présente donc un meilleur pronostic », précise Ignacio Bravo, du CNRS.