Innover pour réenchanter la ville

Réginald Harvey Collaboration spéciale
La culture est au cœur du projet de reconstruction du centre-ville de Lac-Mégantic. Ici, 2 des 47 sculptures monumentales réalisées après la tragédie de juillet 2013.
Photo: Bureau de reconstruction Lac-Mégantic La culture est au cœur du projet de reconstruction du centre-ville de Lac-Mégantic. Ici, 2 des 47 sculptures monumentales réalisées après la tragédie de juillet 2013.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche

Au Québec, il y a le centre-ville ravagé de Lac-Mégantic en phase de reconstruction et de revitalisation. En France, à Lyon, il y a la reconfiguration d’un tissu urbain occasionnée par la conversion d’une ancienne prison en campus universitaire. Dans un cas comme dans l’autre, le colloque Innover pour réenchanter la ville traitera de ces expériences vécues.

Ce concept même de réenchantement urbain émane de Thierry Roche, architecte lyonnais qui figure comme partenaire dans l’application du Plan d’action 2015-2020 à Lac-Mégantic. Une population portant toujours les stigmates du drame qui s’est déroulé en ses murs le 6 juillet 2013 assiste présentement à l’application de ce plan qui vise à « réinventer la ville », à la faire renaître littéralement de ses cendres.

Stéphane Lavallée, le directeur du Bureau de reconstruction du centre-ville de cette municipalité de près de 6000 habitants, gère les opérations. C’est à ce titre qu’il participe aux Entretiens Jacques Cartier, qui se tiennent cette année à Lyon du 21 au 23 novembre. Voici ce qui se dégagera de ses propos : « J’explique comment notre démarche de participation citoyenne se situe au coeur du processus de reconstruction. Non seulement elle est porteuse d’un plan qui est consensuel, mais elle sert aussi à développer une communauté et des individus plus résilients. »

Il apporte l’éclairage suivant sur la notion de résilience : « On doit s’y intéresser parce que nous sommes soumis aujourd’hui de plus en plus à des risques technologiques, comme cela s’est produit à Lac-Mégantic, ou à des risques climatiques, comme on l’a vu à Fort McMurray. Comme individu, non seulement on se doit de passer à travers ces épreuves-là, mais on doit en faire des tremplins pour se développer mieux et davantage. » Sur le plan collectif, ajoute-t-il, cette résilience veut dire chez nous « rebondir plus loin et reconstruire en mieux ». Il résume sa pensée par ce questionnement : « Comment des événements de la vie, d’ordre personnel ou collectif, qui sont troublants à la base, qui sont bouleversants et qui sont des tragédies, peuvent-ils devenir des occasions de se propulser et d’aller plus loin en avant ? »

L’implication citoyenne

En fait, il s’agissait au départ de reconstruire le coeur historique d’une ville et, en même temps, de retrouver des repères, « parce qu’on a perdu les principaux qu’on avait, souligne-t-il, sur le plan social entre autres ».

Face à un événement exceptionnel, un projet se met alors en branle, comme le démontre le directeur : « On a très vite décidé qu’on n’allait pas vers une consultation citoyenne, mais vers une participation citoyenne. » À la suite de quoi on s’est retrouvé dans une entreprise de cocréation, de coconception. « Tout est sur la table, mais en même temps rien ne se trouve sur celle-ci, la page est blanche : et maintenant, comment reconstruiriez-vous le coeur de votre ville si on vous en donnait les moyens ? »

La réponse à cette question apparaît maintenant comme suit : « Tout cela s’est “coconstruit” petit à petit, dans une grande partie en continuité avec ce qui existait auparavant, mais également en apportant pour beaucoup de l’innovation sociale et de nouvelles perspectives de développement. » Il en résulte que Lac-Mégantic dispose d’un plan d’action quinquennal de reconstruction comportant des projets prioritaires identifiés et portés par les citoyens.

La prison devenue université

Recteur de l’Université catholique de Lyon, un établissement de quelque 11 500 étudiants, Thierry Magnin figure lui aussi comme un des invités lors du colloque Innover pour réenchanter la ville. Il fait part du témoignage qu’il apportera : « Mon intervention vise d’abord à raconter des éléments clés de cette métamorphose que nous avons accomplie en transformant une ancienne prison, qui est devenue un campus universitaire de 36 000 mètres carrés en plein coeur de la ville de Lyon. Elle se situe au début du nouveau grand quartier d’affaires de Confluence, qui est en développement et qui est situé au centre-ville. »

Il fait appel à un impact architectural et à un symbole extrêmement fort pour décrire cette transformation d’une prison obsolète au caractère sinistre en campus moderne bien de son temps : « C’est à la fois un enracinement dans la tradition et une étape complètement nouvelle pour cet établissement. L’impact que cette réalisation a pu avoir sur nous et sur l’ensemble de la métropole lyonnaise est déjà très fort. »

Il se penchera sur le volet architectural du projet achevé : « L’architecture qui a été choisie pour ce campus dit quelque chose car nous avons voulu à la fois garder une tradition des anciens murs complètement rénovés et une ouverture sur le XXIe siècle avec des salles et des amphithéâtres propres aux innovations pédagogiques qui se démarquent de nos jours. »

Le recteur se tournera par la suite vers un espace de travail partagé qui a nouvellement pris forme. Il en vante les mérites : « La salle est d’une dimension de 400 mètres carrés. On peut y rassembler un nombre très variable (2, 10, 20, 100, 150) d’étudiants, avec une utilisation très forte du numérique. » Il fait observer « qu’on y travaille en intelligence artificielle et l’un des objectifs, c’est de pouvoir s’ouvrir au dernier cri des innovations dans ce domaine, en les croisant avec une vision des [sciences humaines] dites numériques ».

Retombées urbaines élargies

Thierry Magnin rapporte que cette transformation « a évidemment eu un impact très puissant dans l’ensemble de la ville ». Il en est allé de la sorte sur le plan des concours tenus dans le but de retenir des entreprises susceptibles d’acquérir les terrains devenus vacants pour y construire des habitations neuves.

En fin de compte, deux projets ont pris forme dans ces lieux : un à caractère éducatif, soit le campus, et un à caractère social, soit des logements. « Il existe une résidence étudiante de mixité sociale, avec des étudiants et des personnes en précarité de santé. »

Il dépeint plus en détail ce que sont devenus ces lieux : « Nous avons repris la prison Saint-Paul, qui est devenu le campus et, à côté, il y avait la prison Saint-Joseph, qui est maintenant occupée par des logements sociaux et dont fait partie cette résidence mixte. » Se retrouvent également dans les environs des immeubles de bureaux dont les espaces sont consacrés aux industries à la fine pointe de la technologie : « De plus, nous avons fondé les “Ateliers de l’entrepreneuriat humaniste”, dont le quartier général est situé dans ces bâtiments. »