Pourquoi et comment étudier les effets de la danse sur le cerveau?

Les chercheurs ont noté chez les danseurs que les molécules d’eau bougeaient dans toutes les directions au niveau de trois régions cérébrales.
Photo: William West Agence France-Presse Les chercheurs ont noté chez les danseurs que les molécules d’eau bougeaient dans toutes les directions au niveau de trois régions cérébrales.

Virginia B. Penhume est chercheuse au Département de psychologie de l’Université Concordia et membre du Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son (BRAMS), ainsi que directrice de l’étude sur les effets de la formation en danse et en musique sur la matière blanche du cerveau. Elle répond à nos questions.

D’où est née cette étude ?

Une des raisons qui nous ont poussés à mener cette étude est le fait qu’il y a eu plusieurs recherches déjà sur les façons dont la pratique de la musique affecte le cerveau, mais très peu sur les effets de celle de la danse, et c’est ce qui nous intéressait. Aussi, on discute de plus en plus des effets positifs de l’exercice physique sur le cerveau. Et quel meilleur exemple d’exercice physique que la danse ? De plus, l’étude des effets de la danse sur le cerveau nous permettait d’établir une comparaison avec la musique.

Pourquoi la danse est-elle si peu étudiée scientifiquement ?

Il est très complexe de trouver comment l’étudier. Les seules recherches précédentes sur le sujet ont porté sur des danseurs de ballet classique — parce que ce sont souvent ceux qui ont la plus longue formation. Ces études posaient quelques problèmes, car les participants étaient presque uniquement des femmes, et souvent les ballerines, comme on le sait, sont en sous-poids, ce qui peut entraîner des effets sur les structures du cerveau, comme l’ont montré des études sur les troubles de l’alimentation. Il nous fallait trouver les moyens d’éviter ces influences sur les résultats.

Quelles applications concrètes pourraient germer des conclusions de votre étude ?

Nos résultats pourraient être utilisés en réhabilitation, en intervention de danse-thérapie, voire chez les enfants qui ont des problèmes avec le mouvement. Ma collègue Krista L. Hyde, de l’Université de Montréal, travaille avec des enfants autistes, et nous nous intéressons aux changements que la danse entraîne dans le cerveau. Nous pensons que la danse pourrait éventuellement les aider à développer à la fois leurs aptitudes sociales et leurs habiletés intellectuelles. Plusieurs danseurs, par expérience et par intuition, se doutent déjà de l’influence de la danse sur les aptitudes sociales. Et c’est une des raisons pour lesquelles il est important d’écouter et de parler avec les artistes. Ils peuvent avoir de bonnes intuitions sur les effets de leur art.

Peut-être aussi que de telles démonstrations qui prouvent que l’entraînement en danse a un effet spécifique sur le cerveau, qu’il provoque des changements dans le cerveau, comme la musique le fait, pourraient valoriser la danse et le métier de danseur, car les danseurs, en tant qu’artistes, ne sont pas autant respectés que les musiciens, je crois.

Sur quoi aimeriez-vous vous pencher, ensuite ?

J’aimerais vraiment pouvoir observer l’entraînement et voir comment le cerveau change au fur et à mesure de l’apprentissage.

Les idées naissent souvent du milieu artistique. Le Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son est là pour les écouter.