Les difficultés de lecture ne sont pas liées au bilinguisme

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
La première conclusion de l’étude est que les enfants avec des problèmes de lecture auront de ces problèmes qu’ils soient en classe d’immersion ou ordinaire. «Ce que je crois, c’est que les enfants qui reçoivent un soutien adéquat à l’école peuvent réussir un programme bilingue. L’important, c’est de les identifier très tôt pour leur offrir les meilleurs services», déclare la docteure Corinne Haigh.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La première conclusion de l’étude est que les enfants avec des problèmes de lecture auront de ces problèmes qu’ils soient en classe d’immersion ou ordinaire. «Ce que je crois, c’est que les enfants qui reçoivent un soutien adéquat à l’école peuvent réussir un programme bilingue. L’important, c’est de les identifier très tôt pour leur offrir les meilleurs services», déclare la docteure Corinne Haigh.

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Les recherches de la docteure Corinne Haigh tendent à prouver que si un enfant éprouve des difficultés de lecture dans une classe d’immersion, la solution n’est pas de le ramener dans une classe ordinaire, mais plutôt de lui offrir le soutien nécessaire à la poursuite de son apprentissage du bilinguisme.

Corinne Haigh s’intéresse à la lecture depuis longtemps. Et pas seulement aux livres, mais plutôt aux lecteurs ! Cette professeure associée de la Faculté d’enseignement de l’Université Bishop’s de Lennoxville a étudié en éducation et en psychologie cognitive à l’Université de Western Ontario. Elle a accompli des études postdoctorales à l’Université McGill au Centre for Research on Brain, Language and Music. « À l’origine, je me suis intéressée aux lecteurs adultes bilingues, et plus tard, je me suis concentrée sur l’étude des enfants », explique celle qui a étudié dans le laboratoire de Fred Genesee, professeur à la Faculté de psychologie de McGill et chercheur très connu dans le domaine de l’acquisition du langage bilingue. « J’ai travaillé avec lui ainsi qu’avec deux autres collègues de McGill, dont une orthophoniste à l’hôpital de Montréal pour enfants et un chercheur de la Faculté de l’éducation de McGill. »

C’est ici que la chercheuse s’intègre à un projet qui étudiait les apprentissages en lecture des enfants, et ce, sur plusieurs années : « Nous avons observé un groupe d’enfants anglophones en classe d’immersion française de la garderie jusqu’à la troisième année du primaire. » Ces enfants provenaient de familles qui parlaient l’anglais la plupart du temps à la maison, même si l’un des deux parents était francophone. L’étude visait à mesurer les aptitudes à la prélecture en anglais de ces enfants à la garderie. Les données recueillies allaient être utilisées afin de déterminer qui de ces enfants pourraient éprouver des problèmes plus tard à lire en français. « Les recherches portant sur les programmes d’immersion française prouvent qu’ils sont très efficaces et fonctionnent très bien. Mais un certain nombre d’enfants quittent ces programmes parce qu’ils ont des problèmes de lecture. Nos études tendent à prouver que ce n’est pas parce qu’ils lisent dans une langue seconde, mais qu’ils auraient ces mêmes problèmes de lecture dans un programme ordinaire », affirme la chercheuse, qui ajoute que des services adaptés à ces programmes d’immersion pourraient aider ces enfants.

Outils

Pour le groupe de recherche de Corinne Haigh, il était primordial d’identifier ces enfants en bas âge afin de mettre rapidement au point des outils et des services adéquats à l’usage des enseignants pour leur venir en aide.

Nous sommes en 2010. Corinne Haigh arrive ensuite à l’Université Bishop’s, où elle obtient une bourse du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada pour poursuivre le projet entamé à McGill. Ainsi, la chercheuse allait pouvoir continuer à suivre le même groupe d’enfants jusqu’à leur sixième année du primaire. « C’est une des plus longues études de ce genre à avoir été menée ici », lance-t-elle.

Aujourd’hui, Corinne Haigh affirme être en mesure de tirer quelques conclusions de l’impact des classes d’immersion sur les enfants de son étude, même si son équipe et elle n’ont pas encore analysé « les données qui comparent directement les enfants des programmes d’immersion à ceux des programmes en anglais ordinaire. Mais si on se base sur d’autres études qui comparent des enfants aux prises avec des problèmes de langage dans des programmes bilingues avec ceux des programmes ordinaires, on constate que les enfants des classes bilingues s’améliorent plus rapidement que ceux des programmes ordinaires ».

La première conclusion est que des enfants avec des problèmes de lecture auront de ces problèmes qu’ils soient en classe d’immersion ou ordinaire. « Ce que je crois, c’est que les enfants qui reçoivent un soutien adéquat à l’école peuvent réussir dans un programme bilingue. L’important, c’est de les identifier très tôt pour leur offrir les meilleurs services », déclare Corinne Haigh.

Vint alors une autre découverte : les facteurs qui feront en sorte que les enfants pourront facilement apprendre à lire des mots sont un peu différents de ceux qui feront qu’ils comprendront le sens d’un texte. Ces facteurs sont révélés par des tests élaborés par les chercheurs, auxquels les enfants se soumettent. « Même très jeunes, on peut déterminer chez les enfants leur aptitude à combiner des sons. Un peu plus tard, cette aptitude est encore importante, mais ce sera l’étendue du vocabulaire dès l’âge de la garderie qui fera en sorte qu’ils seront aptes à bien comprendre un texte. Ce n’est peut-être pas une grande révélation, mais c’est important d’avoir mis le doigt dessus », affirme la chercheuse.

Pour Corinne Haigh, il était important de se pencher sur l’étude des enfants aux dernières années du primaire : « Quand on songe aux enfants avec des problèmes de lecture, on pense aux très jeunes qui font leurs premiers pas dans l’apprentissage. Mais il y a aussi les plus grands, ceux qui fréquentent la quatrième année du primaire. Ils n’ont pas de mal à lire les mots, mais plutôt à comprendre le sens d’un texte. C’est ce groupe d’enfants que j’étudie actuellement », explique Corinne Haigh, qui profite d’une bourse du Fonds de recherche – Société et culture du gouvernement du Québec concernant ce problème de lecture chez les enfants vers la fin de leurs études primaires.

Cela fait dire à la chercheuse que l’important, c’est d’apporter un soutien adéquat aux enfants des programmes d’immersion. Un moyen simple d’y parvenir est de faire en sorte qu’il y ait des enseignants ressources qui parlent la langue maternelle dans les classes d’immersion, parce que « le bilinguisme, c’est positif. C’est un avantage et, même si on a des problèmes à lire ou à écrire dans une langue seconde, avec le soutien approprié, on peut réussir un programme bilingue ».