Concordia mise sur l’approche multidisciplinaire

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
En 2016, Concordia a reçu un peu moins de 46 millions en financement pour la recherche. Mais l’université ne cache pas sa volonté de doubler ce montant.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir En 2016, Concordia a reçu un peu moins de 46 millions en financement pour la recherche. Mais l’université ne cache pas sa volonté de doubler ce montant.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche

Si l’Université Concordia n’est pas officiellement reconnue comme une université scientifique, elle possède pourtant de vrais atouts en la matière. Son credo ? La multidisciplinarité et son implication dans la communauté. Justin Powlowski, vice-recteur intérimaire à la recherche et aux études supérieures, nous en dit un peu plus long sur la nouvelle stratégie de recherche de l’établissement.

« Nous réfléchissons à de nouvelles manières de travailler au sein de l’université, mais surtout avec la communauté à l’extérieur de nos murs, indique-t-il. Nous souhaitons partager nos connaissances, mais aussi pousser le public à juger de l’impact que génèrent nos recherches sur sa vie quant aux nouvelles connaissances. Il s’agit également de nous assurer que nos chercheurs disposent des ressources nécessaires afin d’attirer les fonds et les étudiants, pour ainsi produire des résultats qui font toute la différence dans un monde en constante évolution. »

Cette nouvelle stratégie de recherche s’inscrit dans un concept plus global d’université « nouvelle génération », branchée et urbaine, audacieuse et engagée. Une université qui s’assure qu’elle répond bien aux besoins et demandes de ses clients, à savoir les étudiants. Mais qui planifie aussi pour l’avenir afin de satisfaire aux besoins et demandes des futurs étudiants.

« Je ne parle d’ailleurs pas que des jeunes étudiants, précise le vice-recteur. Mais aussi de toutes ces personnes qui reviennent à l’université afin de mettre à jour leurs connaissances et d’être ainsi plus à même de répondre aux nouveaux besoins de la société. La technologie et les connaissances évoluent à un rythme soutenu, poursuit-il. Elles nous arrivent de toutes parts et elles ont un impact sur notre vie et sur la manière dont on fait les choses, en tant que personne, mais aussi en tant que chercheur. »

Concordia encourage ainsi ses chercheurs à travailler au sein d’équipes multidisciplinaires et transdisciplinaires, afin de couvrir tous les angles d’un même projet ; à prendre des risques afin de courir la chance de trouver quelque chose de réellement nouveau ; à faire en sorte que leurs recherches et leurs résultats soient plus accessibles pour le grand public, qu’ils permettent des applications concrètes de nature à mieux analyser et comprendre les véritables problèmes du monde et qu’ils soient à l’origine de programmes de formation permettant d’intégrer facilement le marché du travail actuel.

« Les termes recherche et innovation vont de plus en plus de pair, souligne M. Powlowski. Une université “nouvelle génération” se doit de connecter ces deux notions. C’est ce que nous faisons, notamment avec notre District 3 Innovation Center. Un énorme incubateur de start-ups qui, je dois l’avouer, obtient un certain succès. »

L’objectif ? Permettre aux étudiants, aux professeurs et même à la société civile dans son ensemble d’accoucher de leurs idées par l’intermédiaire d’événements, de programmes spécifiques, d’ateliers, etc., afin que celles-ci génèrent toutes les retombées escomptées en matière d’impact sur la société.

Concordia dispose aujourd’hui de quatre facultés — arts et sciences, génie et informatique, beaux-arts, école de gestion John-Molson —, de vingt-cinq centres et instituts multidisciplinaires, d’une centaine de chaires de recherche, dont vingt du Canada. Près de 2000 professeurs y travaillent, et plus de 46 000 étudiants y sont inscrits, dont 16 % en provenance de l’étranger.

« Et au risque de me répéter, notre particularité, c’est vraiment la multidisciplinarité, insiste le vice-recteur. Par nature, les universitaires tendent à être des spécialistes, mais ils ont pourtant beaucoup à gagner à travailler avec d’autres spécialistes sur un même problème de recherche. Au sein du Milieux – Institute for Arts, Culture and Technology, nous avons des artistes, des ingénieurs et des chercheurs en sciences sociales et humaines, qui travaillent ensemble sur des projets se situant au carrefour du design, des arts, de la culture et de la technologie. »

Plateforme

Le Perform Centre est une plateforme de rencontre entre des chercheurs en provenance des quatre facultés de Concordia, mais aussi d’autres universités, qui travaillent sur la prévention en santé et les modes de vie sains. Le Centre for Applied Synthetic Biology est ouvert aux biologistes, ingénieurs, chercheurs en sciences sociales et informaticiens qui, ensemble, se sont attaqués à un ensemble de technologies révolutionnaires et ont permis d’accélérer le rythme des découvertes dans le domaine des biotechnologies.

Des résultats enviables, alors même que les budgets de recherche sont loin d’être au niveau de ceux des autres universités montréalaises. En 2016, Concordia a reçu un peu moins de 46 millions de crédits de recherche. Mais l’université ne cache pas sa volonté de doubler ce montant.

« Cela fait partie de nos neuf directions stratégiques, confirme Justin Powlowski. Si vous regardez du côté des autres universités au Québec et au Canada, vous vous apercevrez qu’elles ont eu du mal l’an dernier à maintenir leur niveau de financement constant. De notre côté, nous l’avons légèrement augmenté, ça nous rend confiants pour la suite. Le doubler, c’est tout un challenge, mais nous pensons que c’est réaliste, parce que nous avons le talent pour cela, parce que nous avons augmenté nos capacités de recherche, et parce que nous avons conclu des alliances nous permettant d’être très compétitifs et d’aller chercher de l’argent. »

Des alliances à l’international, notamment pour des projets de recherche d’envergure. Selon le vice-recteur, cela ne demande plus qu’un changement de mentalité de la part des organismes subventionnaires, autant à Québec qu’à Ottawa, qui, pour l’instant, ne considèrent pas Concordia comme un grand joueur.

« Mais il ne s’agit pas seulement de doubler le financement de la recherche, précise-t-il. Nos chercheurs peuvent contribuer de bien d’autres manières. Ils peuvent doubler l’impact de leurs recherches, doubler leur contribution à la multidisciplinarité des équipes, travailler plus avec l’industrie ou la société civile pour s’attaquer aux vrais problèmes et défis du monde. Cette année, nous avons d’ailleurs reçu une statistique très encourageante. Durant les quinze dernières années, les publications en provenance de Concordia dans les revues scientifiques ont augmenté de 157 %. Le meilleur résultat au Canada. Vous voyez bien que ce doublement que nous évoquons est à aller chercher dans un ensemble de choses telles que le financement, mais aussi des partenariats, ou encore les résultats et l’impact des recherches. »

À voir en vidéo