Cent projets inspirants pour la planète

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Parmi les cinq cents projets colligés par «Seeds of a Good Anthropocene» figure la restauration de la rivière Cheonggyecheon, à Séoul, en Corée du Sud, qui a remplacé une autoroute par des espaces verts. Ce projet avait pour but de donner à la population un accès à la nature, mais aussi de revitaliser la culture et l’économie du centre-ville de la capitale en abolissant les voies pour automobiles par des espaces pour les piétons et la nature.
Photo: Park Ji-Hwan Agence France-Presse Parmi les cinq cents projets colligés par «Seeds of a Good Anthropocene» figure la restauration de la rivière Cheonggyecheon, à Séoul, en Corée du Sud, qui a remplacé une autoroute par des espaces verts. Ce projet avait pour but de donner à la population un accès à la nature, mais aussi de revitaliser la culture et l’économie du centre-ville de la capitale en abolissant les voies pour automobiles par des espaces pour les piétons et la nature.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche

Un groupe de chercheurs, issus de plusieurs pays, sont partis à la chasse aux initiatives environnementales un peu partout sur la planète ; ils ont découvert des endroits intéressants et pris connaissance de projets stimulants, qui laissent voir que le sort de la planète leur apparaît maintenant moins sombre et que son avenir semble plus durable.

En provenance du Canada, de la Suède, de l’Afrique du Sud et du Royaume-Uni, plusieurs professeurs d’université collaborent au projet « Seeds of a Good Anthropocene », dont la première phase s’étend de 2014 à 2016. Il consiste à relever, dans différents endroits du monde (« bright spots »), des gestes concrets posés par des individus ou par des communautés locales qui contribuent à la protection de l’environnement et qui procurent une meilleure qualité de vie.

Ils ont réuni sur un site Web 500 projets, parmi lesquels ils en ont retenu une centaine, qu’ils ont analysés : ils ont dégagé leurs traits marquants et communs susceptibles de procurer un avenir plus durable et reluisant à la planète et à ses habitants. De cette façon, ils en sont arrivés à les classifier sous le chapeau de six grands thèmes qui les caractérisent : agroécologie, urbanisme vert, savoir de demain, transformation urbaine, avenir équitable et avenir durable.

Professeure au Département des sciences des ressources naturelles et à l’École d’environnement de l’Université McGill, Elena Bennett fait partie de cette équipe de chercheurs et dégage l’essence même de ce projet : « Le projet a pris naissance autour de deux idées. La première vient de la reconnaissance qu’on est constamment bombardé de négatif ; il y a même des histoires d’horreur à propos de l’avenir de la planète, d’où notre besoin de développer une vision plus positive, qui relève davantage de l’innovation et de la nouveauté, tout en demeurant réaliste. »

Elle cerne l’autre aspect : « Deuxièmement, parce que toute l’attention en science porte sur des problématiques comme les changements climatiques, les espèces invasives et les pertes d’habitats, nous voulions montrer qu’il existe des endroits où les choses se déroulent de façon positive et trouver des projets très innovateurs qui le démontrent, tout en se demandant pourquoi il en est ainsi et comment on devrait s’y prendre ailleurs pour en arriver aux mêmes résultats. »

Et de conclure à ce sujet : « Notre but, c’est vraiment de découvrir ces projets inspirants, à divers endroits [“bright spots”], qui provoquent des changements positifs ; c’est de s’interroger sur la manière dont on s’y prend pour en arriver là, pour mettre en commun ces projets novateurs, pour développer une nouvelle façon de faire et pour mettre en avant des scénarios inventifs qui pourraient servir de modèles sur la scène internationale. »

Les centres d’intérêt

Elle se montre étonnée de constater à quel point les gens sont captivés par cette recherche : « J’ai été extrêmement surprise par l’engouement suscité par le projet. La plupart du temps, quand je parle de celui-ci, je me retrouve entourée par plusieurs personnes qui veulent apporter leur soutien dans cette démarche et qui veulent s’impliquer d’une manière ou d’une autre. »

Un volet de la démarche retient particulièrement l’attention : « Je présume que tous sont attirés par son aspect positif et par l’espoir qu’il est possible de réaliser quelque chose qui rendra le monde meilleur pour nous, pour nos enfants et pour nos petits-enfants. »

Pour sa part, elle en dévoile une approche inédite, dont elle tire cette réflexion : « À mon avis, une des choses les plus intéressantes qui est ressortie des résultats, qui n’a même pas encore été publié dans les revues scientifiques et ce qui émane de ma perception des 500 projets qu’on a récoltés jusqu’à maintenant, c’est que même lorsque les gens amorcent un projet dans l’espoir de rendre le monde meilleur sur le plan environnemental, une des choses dont ils tiennent davantage compte dans ces fameux projets, c’est à quel point ils les rapprochent de leurs amis, de leur famille, des voisins et de toute la communauté. »

Elle en déduit par conséquent « qu’il apparaît que, comme société, nous ne faisons pas que rechercher un contact avec la nature, mais aussi avec les humains qui nous entourent ».

Une pratique gagnante

Parmi toutes les histoires à succès colligées par les chercheurs, Elena Bennett en retient une qui l’a davantage marquée : « Tous les projets se sont avérés intéressants, selon moi, mais un de ceux qui m’inspirent vraiment, c’est le projet Health in Harmony : il s’applique autant aux personnes qu’à l’environnement. Ils ont mis en place un système en vertu duquel on peut fournir des soins de santé à bas prix aux résidants de West Kalimantan, en Indonésie, et en échange, ils s’engagent à protéger la forêt tropicale. Ils ont pris en main le cercle vicieux de la pauvreté, de la mauvaise santé et de la destruction environnementale, pour en extirper les gens de la place et pour leur procurer ce dont ils ont besoin pour améliorer leur santé et qu’ils échappent à la pauvreté, tout en préservant les milieux naturels. »

D’autres défis à relever

Reste à savoir comment se dessine ou se présente l’avenir du projet. « Il nous reste quelques pas à franchir. Un de ceux-ci sera de continuer à développer nos méthodes de travail dans le but de faire évoluer les scénarios des projets inspirants là où ils se déroulent [“bright spots”]. Cela dit, pourrait-on se servir des projets déjà en banque pour écrire des histoires innovantes, nouvelles et à la fois réalistes à propos de ce que notre monde pourrait devenir ? »

Elle soulève un autre point : « Nous travaillons à observer et à comprendre à travers ces projets-là comment il y a des transformations qui apparaissent. Quand les gens font face à un problème ou ont besoin de créer du changement, que peuvent-ils faire pour augmenter leurs chances de succès ? Et finalement, nous voulons simplement continuer à parler du projet global : plus nous en parlons, plus nombreuses sont les personnes qui se voient à l’intérieur de tel ou tel projet. Elles deviennent ainsi plus inspirées, ce qui les motive à se manifester et à bâtir leur propre projet. »

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