Québec mise sur l’innovation

Claude Lafleur Collaboration spéciale
Dominique Anglade, ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Dominique Anglade, ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le gouvernement Couillard mène présentement une consultation qui se conclura par le dépôt ce printemps d’une Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation (SQRI).

« Notre objectif, c’est d’identifier les principaux piliers qui permettront au Québec de demeurer chef de file dans différents secteurs, précise Dominique Anglade, ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation. Et comme on ne pourra pas saupoudrer, il nous faut trouver les leviers qui vont faire une différence en matière de recherche et d’innovation. »

Mme Anglade rappelle que ce sont les stratégies du passé en recherche et innovation qui ont fait du Québec un leader en aéronautique, en biotechnologie et pharmaceutique, en multimédia et jeux vidéo, etc.

« Prenons l’exemple du multimédia, dit-elle. Clairement, c’est la volonté du gouvernement d’offrir des crédits d’impôt aux entreprises qui ont favorisé l’implantation de cette industrie ici. Tous les succès que nous connaissons à présent résultent des investissements que nous avons faits par le passé. C’est dire qu’une stratégie en recherche et innovation sert à se doter d’une vision et à établir une cohérence entre les divers acteurs. »

Appel à tous

De plus, le gouvernement nous consulte dans le cadre d’un processus baptisé « En route vers la SQRI – Oser innover ».

La ministre Anglade explique que cette consultation a un double but : nous sensibiliser à la recherche qui se fait au Québec et solliciter nos bonnes idées.

« La recherche que l’on fait ici n’est pas nécessairement connue de tous, dit-elle, et notre consultation vise à la démystifier. Nous considérons également que les citoyens ont un mot à dire sur ce qu’on devrait faire comme recherche. Il importe donc pour nous que nos politiques et notre stratégie ne soient pas désincarnées de la réalité de terrain. »

« On pense aussi aux jeunes et aux étudiants, ceux et celles qui pourraient un jour faire de la recherche et innover, poursuit la ministre. Qu’ont-ils donc à nous dire ? C’est pour cela que nous avons mis en place des plateformes qui permettent à tous de contribuer à notre réflexion afin d’établir une stratégie de recherche et d’innovation. »

La recherche orientée vers l’innovation ?

Dominique Anglade explique que la SQRI vise d’abord à cerner les grands enjeux, puis à déterminer ce qu’il nous faut faire pour alimenter les recherches de haut calibre.

« On fait déjà de l’excellente recherche, dit-elle, et on veut aller encore plus loin. Quels sont donc les éléments clés que l’on devrait mettre en place pour faire en sorte que nos chercheurs brillent encore plus à l’échelle internationale ? » demande-t-elle.

Déjà, souligne Mme Anglade, nos scientifiques sont réputés à l’international comme étant d’excellents collaborateurs, et le Québec est privilégié de disposer de plus de 17 000 chercheurs et d’un formidable réseau d’institutions scientifiques. « Il y a bien des personnes qui envient la manière selon laquelle nous sommes structurés », laisse-t-elle filer.

Sur le site Web de la consultation « Oser innover », on rapporte également que : « Les chercheurs québécois produisent environ 1 % des publications scientifiques mondiales, alors que la population du Québec ne représente que 0,1 % de la population mondiale. »

On y déplore cependant que les dépenses québécoises en R-D industrielle soient en décroissance. « Il est primordial de trouver des solutions pour accentuer le transfert des résultats de la R-D vers la société, le marché et les utilisateurs, et pour en accroître les retombées », dit-on.

« Ce qui survient aussi souvent, ajoute-t-on, c’est qu’on a beaucoup de recherche, mais on ne convertit pas suffisamment cette recherche en innovations tangibles. C’est dire qu’en matière de conversion, on a besoin d’améliorer nos performances. »

Est-ce à dire que la SQRI visera en bonne partie à renforcer le lien entre recherche et innovation, au détriment peut-être de la recherche fondamentale ?

Non, répond la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation. « L’innovation ne peut se faire sans recherche, pose-t-elle, autant la recherche fondamentale que la recherche appliquée. On parle donc aussi bien de l’une comme de l’autre, les deux sont absolument essentielles, et c’est très important de le dire », insiste-t-elle.

Dominique Anglade ajoute même que c’est souvent la recherche fondamentale qui mène à des innovations « totalement inattendues ». Mais la recherche appliquée est également essentielle, « ne serait-ce que pour trouver des méthodes pour augmenter la productivité et pour faire des gains, autant d’un point de vue économique que social ».

Faire du Québec un incontournable

Un autre volet très important que devra couvrir la SQRI, poursuit Dominique Anglade, est la recherche de talents.

En effet, les professeurs-chercheurs qu’elle rencontre insistent beaucoup sur le fait qu’ils cherchent sans cesse à recruter les meilleurs talents. « Il faut donc mettre tout en oeuvre pour attirer les meilleurs étudiants, en provenance d’un peu partout à travers le monde, dit-elle. Il faut même faire en sorte que, dans certains domaines, le Québec soit à la fine pointe, de sorte que tout étudiant ou jeune chercheur n’ait d’autre choix que de se dire : “Moi, si je veux exceller dans mon domaine, c’est au Québec que je dois venir !” Notre stratégie devra donc soutenir des initiatives qui feront en sorte qu’on accueillera davantage de talents. »

Tout en n’excluant aucun domaine de recherche, Dominique Anglade, qui est également ministre responsable de la stratégie numérique, semble néanmoins avoir certaines préférences. Elle déclare, en effet : « Lorsqu’on regarde tout ce qu’on fait déjà en matière de métadonnées, d’intelligence artificielle, d’Internet des objets… ce sont là des secteurs pour lesquels on a une bonne base solide sur laquelle s’appuyer. Et je puis vous dire que ce sont des initiatives comme celles-là qui font qu’on se démarque sur la scène internationale. Il va donc falloir miser sur nos forces et investir dans ces secteurs-là. »