Avancée montréalaise dans le traitement de l'anévrisme cérébral

L'utilisation de filaments radioactifs pourrait prévenir la réapparition de l'anévrisme cérébral après un traitement endovasculaire. C'est du moins l'hypothèse que propose une équipe de l'hôpital Notre-Dame, attachée au CHUM, qui rappelle que le risque de voir l'anévrisme réapparaître atteint encore les 20 % avec des filaments de platine traditionnels.

Unique au monde, le traitement avec filaments radioactifs a été testé à Montréal auprès d'un groupe de 41 patients par l'équipe du Dr Jean Raymond, directeur du laboratoire de neuroradiologie interventionnelle. En collaboration avec l'équipe du professeur Sjoerd Roorda, du département de physique de l'Université de Montréal, des filaments traditionnels ont été soumis au bombardement d'atomes de phosphore radioactifs, une initiative qui leur a valu un article dans la revue Stroke.

Le traitement endovasculaire utilise l'artère de l'aine pour aller déposer des petits filaments au sein de l'anévrisme (qui se traduit par une dilatation anormale de la paroi d'une artère) pour le colmater. Ceux-ci provoquent la formation d'un caillot dont le volume ne contient au final que 30 % de métal, si bien que le corps finit souvent par l'expulser, provoquant alors une nouvelle rupture d'anévrisme. Inchangé dans ses propriétés, le filament bombardé émet une faible radioactivité de type bêta qui protégerait le caillot. «On croit que la radiation agit en empêchant les cellules de pénétrer le caillot pour déclencher une recanalisation», explique le Dr Raymond.

Réalisés auprès de patients présentant de hauts risques de récidive et dont les lésions oscillaient entre 4 et 30 mm, les travaux expérimentaux ont montré que, dans 69 % des cas, les lésions sont restées stables. Alors qu'on s'attendait à ce que 40 % des patients de cet échantillon connaissent des récidives, ce taux a été réduit à 31 % avec les filaments radioactifs. «Notre échantillon comptait beaucoup de cas à hauts risques de récidive. C'est pour ça que le résultat demeure élevé. Le résultat attendu aurait dû être encore plus élevé», confirme le Dr Raymond, qui croit que le seul moyen de prouver cliniquement sa théorie est de reprendre l'expérience auprès d'un échantillon de 500 patients choisis cette fois au hasard.

Près de 14 centres situés notamment aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France, en Turquie, aux Pays-Bas, au Danemark et au Canada ont été invités à se joindre au projet dont Montréal sera le pivot. Associés à un taux de morbidité et de mortalité élevé pouvant aller jusqu'à 70 % lorsqu'il y a rupture, les anévrismes intracrâniens sont des accidents fréquents. Au Québec, on dénombre chaque année 750 personnes souffrant d'une rupture d'anévrisme.