VIH: Gaétan Dugas n’était pas le «patient zéro»

Selon les auteurs de l'étude, Gaétan Dugas a été nommé «patient zéro» par erreur dans une étude de 1984 portant sur des homosexuels atteints du sida.
Photo: Wikipedia Selon les auteurs de l'étude, Gaétan Dugas a été nommé «patient zéro» par erreur dans une étude de 1984 portant sur des homosexuels atteints du sida.

Le Québécois Gaétan Dugas, cet agent de bord d’Air Canada qu’on désignait comme le « patient zéro », c’est-à-dire celui qui aurait introduit le VIH aux États-Unis et qui serait à l’origine de la pandémie de sida en Amérique du Nord, vient d’être définitivement exonéré de tout blâme par une recherche scientifique de pointe publiée dans la revue Nature.

Cette étude révèle que Gaétan Dugas, qui est mort du sida en 1984, était simplement une personne parmi des milliers d’autres à avoir été infectées avant que le VIH/sida ne soit reconnu en 1981.

Les chercheurs des États-Unis, de Grande-Bretagne et de Belgique qui ont effectué cette étude ont analysé le génome du virus contenu dans des échantillons de sang prélevés en 1978 et 1979 chez des hommes ayant eu des relations sexuelles avec d’autres hommes à New York et à San Francisco. Les nouvelles techniques de génomique qu’ils ont utilisées leur ont permis de reconstituer l’arbre généalogique de la souche HIV-1 du groupe M, sous-type B, qui est la plus courante dans le monde occidental.

La grande diversité génétique observée entre les différents virus analysés montre que le virus circulait déjà aux États-Unis depuis une bonne dizaine d’années avant que le sida ne soit reconnu. Et donc, que l’origine de l’épidémie aux États-Unis remonterait à 1970 ou 1971, écrivent les chercheurs dans Nature. L’analyse génétique du virus présent dans le sang de Gaétan Dugas confirme également qu’il n’est absolument pas le « père » de l’épidémie états-unienne.

Quiproquo graphique

Les auteurs de l’article affirment par ailleurs que Gaétan Dugas a été nommé « patient zéro » par erreur dans une étude de 1984 portant sur des homosexuels atteints du sida. Gaétan Dugas avait été enregistré par les Centers for Disease Control des États-Unis (CDC) comme le « patient O » (avec la lettre O associée à « Outside of California ») parce qu’il vivait à l’extérieur de la Californie. Mais la lettre O a été transcrite par zéro, créant ainsi le « patient zéro » qui est devenu une expression consacrée pour décrire le permier cas d’une épidémie, comme notamment celle d’Ébola en Afrique de l’Ouest.

Les résultats de cette recherche combinés aux données d’études précédentes ont également permis de retracer la diffusion du virus au cours du temps. Après avoir été transmis à l’humain en Afrique, le VIH aurait essaimé de Kinshasa, en République démocratique du Congo, aux Caraïbes autour de 1967. Des Caraïbes, la souche HIV-1 du groupe M, sous-type B serait arrivée à New York vers 1971 et aurait atteint San Francisco en 1976.

« New York apparaît comme le point tournant de l’émergence de ce sous-type, car c’est à partir de New York que le virus a atteint la côte ouest un peu plus tard et éventuellement l’Europe de l’Ouest, l’Australie, le Japon, l’Amérique du Sud et toutes sortes d’autres endroits », a expliqué à la BBC le coauteur de l’étude, Michael Worobey, de l’Université de l’Arizona,

Selon l’historien et coauteur Richard McKay de l’Université de Cambridge, en Grande-Bretagne, si Gaétan Dugas a été désigné comme le point de départ de la propagation du VIH/sida dans l’ouest de l’Amérique, voire ailleurs dans le monde, c’est probablement parce qu’il « a collaboré activement avec les chercheurs de l’époque en leur transmettant le nom de dizaines de personnes avec lesquelles il avait eu des rapports sexuels ». « Il est seulement une personne parmi d’autres très actives sexuellement, et qui figure parmi ce réseau des tout premiers cas de sida à avoir été diagnostiqués », une fois que la maladie a été découverte.

3 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 26 octobre 2016 21 h 00

    Théorie absurde

    C'est épouvantable d'avoir créé une telle hypothèse, faisant reposer sur les épaules de ce pauvre homme l'immonde de cette épidémie.

    • Louise Collette - Abonnée 26 octobre 2016 22 h 26

      En effet et dommage qu'il soit mort en 1984, il serait sûrement heureux de la tournure des événements après toutes ces années où il a été pointé du doigt, un homme charmant et un compagnon de travail agréable et compétent.

  • Hélène Paulette - Abonnée 27 octobre 2016 10 h 36

    Comme s'il y avait un coupable....

    Mais surtout il fallait que ce "coupable" ne fut point états-unien dans leur obsession du Bien et du Mal...