Des lauréates motivées

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
Alexandra Lecours, étudiante au doctorat en sciences biomédicales à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)
Photo: Source Acfas Alexandra Lecours, étudiante au doctorat en sciences biomédicales à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)

Ce texte fait partie du cahier spécial Sciences

Cette année, trois étudiantes-chercheuses ont reçu le Prix de la relève de l’Association francophone pour le savoir (Acfas). Voici une présentation des lauréates et de leurs recherches.

Assainir l’air des centres de traitement des eaux

Dans les centres de traitement des eaux usées (CTEU), confinés dans des bâtiments fermés, l’air n’est pas toujours de bonne qualité. C’est que les étapes de traitement de ces eaux génèrent des bioaérosols. Ces particules, chargées de virus et de bactéries potentiellement pathogènes, affectent la qualité de l’air et posent un risque pour la santé des travailleurs. L’étudiante à la maîtrise à l’université Laval, Vanessa Dion-Dupont, s’est intéressée au phénomène et a entrepris une recherche visant à évaluer le risque bactérien que présentent ces bioaérosols. Pour cette recherche, elle a remporté le prix Acfas IRSST Maîtrise.

« L’exposition à ces bioaérosols entraîne des problèmes respiratoires tels que l’asthme et la pneumonie et des troubles gastro-entériques », dit Mme Dion-Dupont, qui a développé une expertise en microbiologie en étudiant dans ce domaine et en travaillant au Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (CRIUCPQ). Dans la présentation de sa recherche, Mme Dion-Dupont mentionne notamment qu’une exposition prolongée à ces substances peut mener au développement de maladies du travail et que les connaissances relatives à la composition de ces bioaérosols, au niveau d’exposition des travailleurs et aux problèmes de santé associés au milieu de travail des CTEU sont incomplètes. Ces lacunes nuisent à la mise en vigueur de seuils d’exposition et à l’adoption de mesures de prévention pour la santé des travailleurs.

Le projet de recherche de Mme Dion-Dupont, échelonné sur quatre ans, vise donc à combler ces lacunes en procédant notamment à la caractérisation bactériologique de l’air dans ces installations. La première partie de cette recherche a consisté à prélever des échantillons dans une dizaine d’installations. « L’échantillonnage et l’analyse qui suivra seront améliorés grâce à une méthode issue de la biologie moléculaire », explique Mme Dion-Dupont. Le deuxième volet de la recherche vise à déterminer le niveau d’exposition des travailleurs aux bioaérosols. Enfin, la dernière étape du projet consiste à documenter les symptômes respiratoires et gastro-entériques ressentis par les travailleurs. Pour ce faire, ceux-ci sont invités à remplir un questionnaire mensuel, disponible en ligne, et à trouver une personne dans leur entourage qui agira comme sujet contrôle.

« Les résultats de cette recherche seront très utiles pour les gestionnaires des CTEU qui pourront améliorer leurs stratégies de prévention et de gestion »,assure celle qui effectuait pour la première fois ce type de recherche et poursuivra peut-être ses études au niveau du doctorat sur le même sujet.

Développer un algorithme plus performant

Maude-Josée Blondin, autre lauréate du Prix de la relève Acfas, étudie dans un domaine de très haute voltige scientifique. Cette mère monoparentale de trois enfants à plein temps (!) étudie au doctorat en génie électrique à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et travaille sur un projet de recherche qui devrait permettre d’améliorer l’efficacité des véhicules électriques, hybrides et ceux fonctionnant à l’aide de piles à combustible à l’hydrogène. Il y aurait aussi d’autres applications en robotique et en milieu industriel. Derrière ces applications possibles, il y a cependant tout un travail qui se fait en amont. C’est ce sur quoi planche Mme Blondin en développant des méthodes à base de métaheuristique. Qu’est-ce que la métaheuristique ? C’est un algorithme qui vise la résolution de problèmes d’optimisation difficiles pour lesquels on ne connaît pas de méthodes classiques plus efficaces. Pour parvenir à ses fins, la doctorante compte recourir aux algorithmes « fourmis », appelés ainsi parce qu’ils reproduisent les formes biologiques d’intelligence en essaim telles que pratiquées par les insectes sociaux (comme les fourmis). Sur le plan de l’ingénierie, ces algorithmes sont utiles pour prévoir et couvrir une multitude de situations qui peuvent survenir simultanément. Pour ce projet de recherche, Mme Blondin est lauréate du prix Acfas Ressources naturelles 2016.

Lauréate de nombreuses bourses d’études en génie depuis 2007, Mme Blondin est bien placée pour remplir ce mandat puisqu’elle a la réputation d’exceller dans le développement d’algorithmes. D’ailleurs, afin de parfaire ses connaissances et développer des contacts au niveau international, elle n’a pas hésité à partir en 2015 faire un stage de six mois, avec ses trois enfants, en Espagne et un autre aux États-Unis, de septembre 2015 à juin 2016. Son but ultime est d’obtenir un poste de professeur.

Concrètement, comment sa recherche sur la métaheuristique se matérialisera-t-elle ? « Cela permettra d’optimiser l’énergie utilisée dans les véhicules propres, dit-elle. Par exemple, cela pourrait accroître la durée de vie et le rendement des batteries utilisées dans ces véhicules. Mais il y a un compromis à faire entre la durée de vie des batteries et leur temps d’utilisation entre les recharges. Je travaille aussi là-dessus. »

Sa recherche aura une utilité dans l’amélioration de l’efficacité énergétique de certains systèmes industriels et dans le domaine de la robotique. À l’heure où le monde consomme l’énergie de manière « boulimique » et où les gouvernements cherchent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, les travaux de Mme Blondin sont certes très pertinents.

Réduire les risques de blessures au travail

Toujours dans le domaine de la recherche appliquée, Alexandra Lecours, étudiante au doctorat en sciences biomédicales à l’UQTR, réalise une recherche qui a pour but d’intégrer une pédagogie axée sur la prévention dans les programmes de formation professionnelle (FP). Pour ce travail, elle a reçu le prix Acfas IRSST Doctorat 2016, remis par l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST).

Sa recherche sera très utile puisque les blessures au travail demeurent un problème de santé publique important et coûteux. Et cela, malgré l’adoption il y a plus de trente-cinq ans de la Loi sur la santé et la sécurité du travail. En 2014, plus de 88 000 lésions ont été rapportées à la Commission de la santé et de la sécurité au travail (CSST) et plus de 400 millions ont été versés par l’État pour indemniser les victimes.

La recherche d’Alexandra Lecours, aujourd’hui achevée (elle rédige présentement sa thèse), a poursuivi trois objectifs. Dans un premier temps, elle a voulu savoir comment s’effectuait le transfert des compétences en prévention dans les programmes de FP ; ensuite, elle a implanté des formations individualisées dans chacun des programmes étudiés ; enfin, elle a documenté comment les compétences acquises en prévention ont été intégrées par les futurs travailleurs en formation ainsi qu’à l’entrée en emploi.

Pour mettre en oeuvre le premier objectif, Mme Lecours a choisi cinq programmes de FP différents « pour avoir une diversité dans la mise en oeuvre des compétences en prévention », dit-elle. Il s’agit des programmes FP en cuisine, en secrétariat, en coiffure, en réalisation d’aménagements paysagers et en électromécanique des systèmes automatisés.

Pour mettre en place le deuxième objectif (qui visait à développer un comportement préventif chez les élèves), Mme Lecours a créé des ateliers adaptés aux particularités de chacun des cinq programmes choisis et le contenu de ceux-ci a été validé par un comité de suivi composé d’enseignants, de conseillers pédagogiques et d’ergonomes.

Pour réaliser le troisième objectif, Mme Lecours a utilisé des outils de mesure permettant de documenter la motivation à adopter des comportements préventifs ainsi que les actions prises pour y parvenir. Ces outils ont été administrés à trois reprises pour chacun des groupes, du début de la FP jusqu’à l’entrée en emploi. Des statistiques ont ensuite été produites afin d’évaluer le changement sur la motivation et les comportements entre les trois temps de mesure.

Sa longue expérience clinique comme ergothérapeute (durant laquelle elle a travaillé en réadaptation des membres supérieurs) l’a amenée à proposer ce projet de recherche. « Je souhaitais aller au-delà du curatif et apporter ma contribution pour éviter l’apparition de blessures, dit-elle. Je poursuivrai d’ailleurs ma recherche au niveau post-doctoral en m’intéressant cette fois-ci au développement de comportements préventifs lors de programmes de FP pour diminuer ensuite les problèmes de santé psychologique au travail. »

Son travail aboutira à des applications concrètes. « Un portail Web sera créé dans lequel on trouvera des capsules vidéo sur les comportements préventifs en FP. On y trouvera aussi des exemples de modalités pédagogiques. » Mme Lecours donnera d’ailleurs une conférence qui portera sur les outils qu’elle a développés dans le cadre de la 4e Journée pédagogique nationale en FP (prévue pour le 11 novembre). « Je veux montrer que mes outils peuvent être utilisés pour tous les types de formation professionnelle. »