Vieillir en santé

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
La professeure titulaire au Département de médecine de l’Université de Montréal et directrice du Réseau québécois de recherche sur le vieillissement, Pierrette Gaudreau
Photo: Source Acfas La professeure titulaire au Département de médecine de l’Université de Montréal et directrice du Réseau québécois de recherche sur le vieillissement, Pierrette Gaudreau

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Cette année, Pierrette Gaudreau reçoit le prix Adrien-Pouliot pour la coopération scientifique avec la France. Elle est professeure titulaire au Département de médecine de l’Université de Montréal et directrice du Réseau québécois de recherche sur le vieillissement. Ses travaux sur le vieillissement permettront un jour de nous apprendre à vivre longtemps et en bonne santé. La lauréate, spécialiste des mécanismes du vieillissement et de la longévité, s’emploie à ce que nous vivions mieux plus longtemps.

Les travaux de la docteure Pierrette Gaudreau auraient été tout simplement impossibles à mener sans collaboration avec la France. La chercheuse s’est taillé une solide réputation dans le domaine de la neuroendocrinologie et de la neurobiologie du vieillissement, en particulier pour ses travaux sur le récepteur du facteur de libération de l’hormone de croissance (GHRH). Et l’observation de ce récepteur n’a pu se faire que grâce à une colonie de rats LOU importée du laboratoire de la professeure Josette Alliot de l’université Blaise-Pascal, à Clermont-Ferrand. Cette initiative a permis la poursuite de multiples projets pluridisciplinaires. Mais reprenons depuis le début…

Si la croyance populaire veut que pour vivre vieux et en santé il suffit d’avoir de très bons gènes, la réalité scientifique est un peu plus complexe : « Plusieurs facteurs sont en jeu quand on parle du bien vieillir, et je ne pense pas qu’à ce jour nous puissions exclure une composante génétique, bien qu’on ait plusieurs types de gènes qui ont été montrés dans des modèles animaux comme ayant un effet positif sur le bien vieillir. Cependant, quand on voit des personnes très âgées en bonne santé, on a de la difficulté à trouver quelques fois les associations génétiques qui feraient en sorte qu’on pourrait identifier précisément les gènes qui sont ceux du bien vieillir », explique la Dre Pierrette Gaudreau. Elle ajoute qu’elle serait étonnée qu’on trouve un jour un gène unique qui en soit responsable. C’est plutôt un assortiment de gènes qui fonctionnent de façon concertée et en groupe pour réguler au mieux nos fonctions physiologiques et tendre vers le bien vieillir.

Génétique et environnement, impacts sur la santé

Toutefois, il y a deux grands concepts qu’il faut mettre en parallèle. Il y a bien entendu le côté génétique, mais il y a aussi le côté environnement : l’empreinte de nos chemins de vie a un impact sur notre bien vieillir et les inégalités sociales sont les grandes responsables de certaines disparités. À Montréal seulement, onze ans d’espérance de vie séparent les gens qui vivent dans le quartier le plus défavorisé et ceux qui habitent le plus riche. On montre du doigt les habitudes de vie. Mais tout n’est pas perdu : « On se rend compte que comme ce sont des déterminants modifiables on peut toujours faire mieux pour améliorer son sort, même si on n’a pas bien fait durant toute notre vie. » Comme quoi, l’adoption de saines habitudes, même à un âge avancé, peut faire la différence entre vieillir en santé ou malade, ce qui représente quand même une bonne nouvelle !

Pierrette Gaudreau utilise deux modèles animaux pour mieux comprendre la biologie du vieillissement : des modèles animaux de vieillissement réussi (bonne santé générale à un âge avancé) ou non réussi (apparition de dysfonctions métaboliques et cognitives ou de tumeurs). Ces fameux modèles réussis sont les rats LOU, nommés ainsi parce qu’ils ont été découverts à l’Université catholique de Louvain, en Belgique. « Ils vivent presque deux fois plus longtemps que les autres souches de rats qu’on étudie en laboratoire, ils gardent leur bonne mémoire, leurs fonctions endocriniennes, ils n’ont pas beaucoup de stress oxydant et ils restent minces ! » Pierrette Gaudreau ajoute : « Je vous assure qu’on travaille fort pour trouver chez ce modèle ce qui fait qu’ils restent en bonne santé si longtemps ! »

Étudier les personnes âgées

Outre l’étude de ces modèles animaux, la lauréate observe aussi des cohortes de personnes âgées. Depuis 2010, Pierrette Gaudreau dirige le Réseau québécois de recherche sur le vieillissement (RQRV), où elle mène des études sur le vieillissement, dont l’étude NuAge. « On a recruté des personnes qui étaient en état général de bonne santé en 2003-2004. Elles devaient être capables de marcher, de monter un escalier et d’être autonomes dans les activités de la vie quotidienne. On a suivi ces personnes chaque année pendant cinq ans et, en 2014-2015, on les a recontactées et certaines ont accepté de répondre à nos questionnaires. » Aujourd’hui, la Dre Gaudreau et son équipe sont à exploiter ces données pour voir par exemple si ce sous-groupe, qui se dit en bonne santé, était différent à l’entrée dans l’étude et s’il a un profil génétique différent. « On réalise ce type d’étude maintenant et on espère avoir des réponses intéressantes au sujet de leurs habitudes de vie », ajoute la chercheuse.

Que ce soient les études menées avec les animaux ou celles avec la cohorte de personnes âgées, toutes se font en collaboration avec des collègues français. « Nous travaillons aussi avec des cohortes françaises pour voir s’il y a des différences tangibles ou si on est capable de retrouver un dénominateur commun qui fait en sorte qu’il y a des mécanismes qui sont transversaux. »

La première collaboration de Pierrette Gaudreau avec des chercheurs français remonte à 1993, avec le professeur Gérard Morel de l’Institut Pasteur et de l’université Claude-Bernard de Lyon. Cette association durera près de vingt ans. Puis, arrive une rencontre extraordinaire avec la professeure Josette Alliot de l’université Blaise-Pascal, à Clermont-Ferrand. C’est cette collaboration qui mènera à l’importation à Montréal de quatre couples de rats de souche LOU, alors que la colonie était amenée à disparaître après le départ en retraite de la chercheuse française. « C’est un pôle d’attraction important pour nos collègues chercheurs français. »

« Dans nos études sur les humains, mes collègues et moi avons toujours eu la préoccupation de mettre la personne âgée au coeur de la problématique de recherche. » Tout au long de sa carrière, Pierrette Gaudreau a souvent eu la chance de bavarder avec des personnes âgées et invariablement ces dernières répètent que ce qu’il y a de plus important ce sont les jambes et la tête ! En conclusion, elle surenchérit : « Et la troisième chose indispensable pour que nos personnes âgées soient bien, c’est un système de santé adapté, un continuum de soins et services de santé est extrêmement important. Ce qu’on veut, c’est que les personnes âgées puissent rester à la maison le plus longtemps possible parce que c’est ce qu’elles souhaitent. On travaille fort là-dessus ! »

Plusieurs facteurs sont en jeu quand on parle du bien vieillir, et je ne pense pas qu’à ce jour nous puissions exclure une composante génétique