La recherche québécoise s’internationalise

Claude Lafleur Collaboration spéciale
Frédéric Bouchard, président de l’Association francophone pour le savoir
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Frédéric Bouchard, président de l’Association francophone pour le savoir

Ce texte fait partie du cahier spécial Sciences

Le fait n’est pas nouveau, mais la tendance s’accentue : pratiquement toute recherche scientifique se fait de nos jours à l’échelle internationale. Et, aux dires de Frédéric Bouchard, président de l’Association francophone pour le savoir (Acfas), les chercheurs québécois y participent grandement, grâce à leurs talents et à leur esprit de collaboration.

« Pensons, par exemple, aux grands outils de recherche que sont les accélérateurs de particules, avance M. Bouchard. Ce genre d’outils coûte très cher et les pays doivent mettre en commun leurs ressources pour les utiliser. » On pourrait aussi citer le cas des grands télescopes, tant ceux au sommet des montagnes que ceux placés dans l’espace.

Mais la science s’internationalise aussi du fait des grandes questions qu’elle aborde, notamment à propos des changements climatiques, rapporte M. Bouchard. « Ainsi, la fonte des glaces due au réchauffement climatique n’a peut-être pas exactement les mêmes effets au Québec qu’en Islande ou en Suède, dit-il, mais pour le comprendre, il faut pouvoir comparer la situation dans ces trois pays. »

C’est aussi le cas des grandes bases de données en sciences sociales, poursuit-il, qui sont élaborées à la suite d’enquêtes dans plusieurs pays. « On évoque souvent le vieillissement de la population québécoise, cite-t-il en exemple, mais comme il y a d’autres pays qui vivent les mêmes enjeux que nous, c’est à notre avantage d’échanger avec des chercheurs de divers pays. »

« Dans tous les cas, il s’agit de recherches essentielles à l’avancement du savoir, mais aussi à l’avancement de notre société, soutient Frédéric Bouchard, afin de nous permettre de résoudre nos problèmes particuliers. Il est donc fort important pour nous, au Québec, que nos chercheurs développent des collaborations internationales. »

Partager la passion du savoir

Voilà, incidemment, l’une des missions de l’Acfas, que préside Frédéric Bouchard. Celui-ci est en outre professeur titulaire au Département de philosophie de l’Université de Montréal et vice-recteur associé à la recherche, à la découverte, à la création et à l’innovation à l’UdeM.

La raison d’être de l’Acfas, explique-t-il, est de partager la passion pour le savoir. « Il s’agit pour nous de montrer comment le savoir rend plus libre et apporte des solutions à nos problèmes », dit-il.

En décembre dernier, il a été élu président de l’Acfas pour un mandat de deux ans. « Je me sens extrêmement privilégié, dit-il, puisque la mission de l’Acfas dépasse l’ampleur de ma classe, mais elle est tout à fait cohérente avec ce qui m’a motivé à devenir professeur. »

« Je porte plusieurs chapeaux, poursuit-il, mais celui qui m’est le plus naturel, c’est bien d’être professeur de philosophie. Comme enseignant et comme chercheur, ce qui anime ma vie, c’est la passion de la découverte et la transmission de cette passion. »

Les atouts de nos chercheurs

Comme chercheur et président de l’Acfas, Frédéric Bouchard constate que nos scientifiques « ont plein de choses à offrir » sur la scène internationale. « Ils sont d’ailleurs accueillis à bras ouverts sur la scène internationale. »

Au départ, ce que le Québec possède le plus, selon lui, c’est du talent. « Nous constatons cela de différentes façons puisque nos chercheurs sont invités à prendre part à des collaborations internationales. » Ainsi, plusieurs sont membres des grandes équipes qui exploitent le Grand collisionneur de hadrons, le fameux accélérateur de particules entré en fonction en 2008 et situé à la frontalière franco-suisse. « Et ils ne sont pas là par charité, souligne M. Bouchard, mais bien parce qu’ils sont excellents ! »

De même, le secrétariat général du consortium international pour la recherche en développement durable Future Earth s’est installé à Montréal parce qu’on y trouve une masse critique de chercheurs de haut calibre dans ce domaine.

D’autre part, Frédéric Bouchard souligne que nos scientifiques sont en mesure de collaborer aussi bien en français qu’en anglais — « ce qui n’est pas donné à tout le monde », dit-il. En même temps, le Québec n’a pas de passé colonisateur, « ce qui fait qu’on est judicieusement placé pour collaborer autant en Afrique de l’Ouest que de l’Est, en Afrique du Nord comme subsaharienne ».

« Et j’ajouterai que, dans la plupart de nos efforts sur la scène internationale, nos chercheurs arrivent avec un esprit unique : non seulement ont-ils quelque chose à apporter, mais ils ont également le désir d’apprendre, indique le président de l’Acfas. On n’est pas dans un rapport de supériorité, nous sommes plutôt dans une dynamique d’échanges. Les chercheurs québécois témoignent donc d’une ouverture sincère aux autres et aux échanges. »

Les gouvernements doivent en prendre note

La façon même de faire de la recherche se transforme donc, observe le vice-recteur à la recherche, à la découverte, à la création et à l’innovation. « Et cette transformation de la recherche doit se refléter dans les moyens qu’on y consacre », précise-t-il.

C’est ainsi que le Fonds de recherche du Québec établit de plus en plus des collaborations avec des fonds de recherche internationaux, rapporte Frédéric Bouchard. De même, la France a de plus en plus de chercheurs qui désirent travailler avec leurs homologues québécois. « Voilà qui signifie que les fonds de recherche doivent se doter de moyens pour faciliter ces collaborations internationales », souhaite M. Bouchard.

Selon lui, il devient nécessaire que les gouvernements comprennent que c’est une tendance croissante en recherche et qu’il faut par conséquent y accorder des ressources en conséquence. « Il ne s’agit pas juste de permettre à nos chercheurs d’assister à des congrès, assure-t-il, mais bien de leur donner les moyens de prendre part aux recherches internationales. »

Or, voilà justement le point qu’entend faire valoir l’Acfas à l’occasion des consultations lancées par Ottawa et Québec en vue d’établir la prochaine Stratégie de financement de la recherche.

On évoque souvent le vieillissement de la population québécoise, mais comme il y a d’autres pays qui vivent les mêmes enjeux que nous, c’est à notre avantage d’échanger avec des chercheurs de divers pays