Framasoft accélère la «dégooglisation» du Web

L'initiative vise à lutter contre les services privés américains, opaques et fermés, qui piochent dans les données de leurs clients.
Photo: iStock L'initiative vise à lutter contre les services privés américains, opaques et fermés, qui piochent dans les données de leurs clients.

L’association fête les deux ans de son projet en lançant six nouveaux services libres et éthiques, solutions de rechange à Skype, à Evernote, à Google Groups et autres géants du Web.

Deux ans, déjà. Voilà deux ans que l’association Framasoft a lancé sa campagne « Dégooglisons Internet », avec sa carte rigolote d’Internet occupé par les géants du Web en référence à Astérix et à ses offensives pour proposer un service libre comme solution de rechange à chaque service américain des « Gafam » (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). Le projet avance plus vite que ce qui était espéré, et Framasoft fête son anniversaire en dévoilant un nouveau service chaque jour de cette semaine.

Un village libriste qui résiste à l’envahisseur

L’idée de départ, dévoilée en octobre 2014, était de profiter d’une prise de conscience du grand public sur l’espionnage massif de nos vies numériques auquel s’adonnent les renseignements américains, après les révélations d’Edward Snowden. Cette surveillance est facilitée par les Gafam auxquels la majorité des internautes confient toutes leurs données : les déplacements géographiques sur Google Maps (donc Google), les vidéos chez YouTube (donc Google), les courriels sur Outlook (donc Microsoft), les conversations vidéo sur Skype (donc Microsoft), et puis les dossiers partagés sur Dropbox, les post-it sur Evernote, les envois de fichiers sur Wetransfer… Que des services privés américains, opaques et fermés, qui piochent dans les données de leurs clients pour peaufiner leur ciblage publicitaire et on ne sait quoi encore (puisque leur code source est secret), et dont il est très difficile de partir, car on peut rarement récupérer toutes les données qu’on leur a confiées.

Framasoft a donc voulu montrer qu’il est toujours possible de trouver une solution de remplacement aux services américains centralisés. Les militants de l’association et les développeurs de la communauté du logiciel libre ont proposé d’adapter ou de créer de toutes pièces leurs propres services, ouverts et libres, certes moins beaux et parfois moins faciles à utiliser qu’un Google Agenda, mais en qui on peut avoir confiance.

Photo: degooglisons-internet.org

Pour quitter Evernote et Skype

Framasoft annonçait vouloir lancer dix « Framaservices » par an pendant trois ans, mais « nous pensions que c’était un but impossible », écrit aujourd’hui l’association sur son blogue. Elle a finalement eu l’heureuse surprise de découvrir que les internautes ont répondu à l’appel : grâce aux dons, « nous sommes en train d’y arriver ! ».

Non seulement les services existants sont entretenus, maintenus et mis à jour, mais de nouveaux sites arrivent à éclore. Framasoft a même lancé récemment Framinetest Edu, un clone à utiliser à l’école du jeu Minecraft, désormais propriété de Microsoft. Et pour les deux ans de Dégooglisons Internet, ça va être la fête toute la semaine.

Lundi sort Framalistes, le remplaçant de Google Groups. C’est un service simple pour gérer des listes de diffusion : « choisir vos options d’abonnement, vous désabonner, accéder aux archives ou gérer les listes dont vous êtes propriétaire, etc. ».

Mardi, ça sera Framanotes, à la place de Evernote pour « créer, conserver et chiffrer vos notes, images, fichiers, marque-pages sur des tableaux ».

Mercredi, Framaforms pour abandonner les questionnaires et formulaires en ligne made in Google.

Jeudi, gros morceau : Framasoft s’attaque à Skype en sortant Framatalk. On y lancera des vidéoconférences ou des conversations audio sans logiciel ni inscription. Un clic pour créer le salon de discussion, et c’est prêt. Il n’y aura plus qu’à inviter les participants en leur envoyant le lien.

Vendredi, la classe : Framasoft lance son Framagenda. C’est aussi joli et complet qu’un Google Agenda, juste un poil plus compliqué à synchroniser avec les appareils mobiles.

Deux projets sont encore sur le gril pour 2016 — un site pour les pétitions en ligne au lieu d’Avaaz et de Change.org, et un outil de traduction de logiciels. Il restera ensuite 2017 pour tenter de faire quelque chose contre les mastodontes Twitter, Gmail et YouTube. On souhaite bien du courage à Framasoft, mais ses militants semblent surmotivés : la dégooglisation a « remobilisé les énergies en interne » alors que Framasoft « était sur le point de fermer » en 2014 : « Épuisement des membres, épuisement des ressources financières… » En deux ans, l’association est « passée de deux à cinq permanents », vient de prendre un nouveau CDD [contrat à durée déterminée] et a accueilli « de nouveaux membres bénévoles pleins d’énergie et d’idées ».