La désensibilisation orale fait ses preuves

L'allergie au lait est la plus fréquente dans le monde.
Photo: iStock L'allergie au lait est la plus fréquente dans le monde.

Âgée de 13 ans, Léa rêve depuis longtemps de savourer une bonne crème glacée, mais ce plaisir lui a toujours été interdit car elle est allergique au lait, aux oeufs et aux noisettes. Aujourd’hui, Léa est en voie de réaliser son rêve grâce à l’immunothérapie orale qu’elle reçoit dans le cadre d’un programme de recherche mené au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Le Centre de médecine innovatrice du CUSM dirige depuis 2013 un programme de recherche pancanadien sur l’immunothérapie orale, aussi appelée désensibilisation orale, chez une cinquantaine d’enfants mortellement allergiques au lait. Les Drs Bruce Mazer et Moshe Ben-Shoshan ont révélé jeudi que 15 des 22 patients (soit 70 %) qui ont suivi le programme à ce jour peuvent maintenant boire jusqu’à 250 ml de lait par jour.

La clinique du CUSM s’est d’abord attaquée à l’allergie au lait étant donné qu’il s’agit de l’allergie la plus fréquente dans le monde, et aussi en raison de l’omniprésence des produits laitiers dans les plats et aliments offerts sur le marché. « Les contacts accidentels avec le lait sont beaucoup plus fréquents que ceux avec les arachides. On en trouve dans presque tous les pains et les desserts. Même les saucisses à hot dog contiennent des protéines laitières. Il est donc très difficile de les éviter », a fait remarquer le Dr Mazer.

Petit à petit

Maman de quatre enfants, dont Léa qui est allergique notamment au lait et aux oeufs, Karine Tremblay raconte qu’elle a dû « adapter l’alimentation de toute la famille pour assurer un sentiment de sécurité ». « À la maison, ça se passe bien, mais dès que Léa est invitée à des fêtes, ou quand nous allons au restaurant et en voyage, le stress augmente car le lait est présent dans tellement d’aliments qu’on ne soupçonne pas, souvent à l’état de traces en raison de contaminations croisées », fait remarquer Mme Tremblay avant de souligner combien le succès de l’immunothérapie orale a changé leur vie. « Parce que les traces de lait ne sont plus un enjeu, Léa a pu goûter pour la première fois à du chocolat noir. »

La première étape du protocole expérimental proposé au CUSM vise à déterminer la quantité de lait susceptible de provoquer une réaction allergique. Puis, l’immunothérapie débute en administrant au patient une dose environ mille fois moindre que celle déclenchant la réaction. Au cours des deux jours suivants, on l’augmente jusqu’à ce qu’on atteigne une dose de base d’environ une demi-cuiller à thé. Le patient consomme ensuite cette dose de lait chaque jour à la maison pendant une semaine. Au terme de cette semaine, il revient à l’hôpital pour des prises de sang qui renseignent les spécialistes sur la progression du système immunitaire que l’on cherche à éduquer par cette thérapie, et on augmente un peu la dose quotidienne à consommer pour la prochaine semaine. Après 20 à 24 semaines, 70 % des enfants arrivent à consommer 200 ml de lait. Pour la plupart d’entre eux, le traitement se passe bien, malgré parfois quelques effets secondaires, comme des douleurs abdominales et des picotements aux lèvres.

Selon le Dr Mazer, l’immunothérapie a échoué chez 30 % des enfants peut-être parce que « l’augmentation des doses était trop rapide ». Son équipe lancera à la fin de 2016 un nouveau protocole visant les allergies aux oeufs, et subséquemment un troisième protocole s’attaquant aux allergies aux noix.

Une clinique spécialisée

L’équipe du Dr Philippe Bégin du CHU Sainte-Justine a participé à ce projet de recherche pancanadien sur l’allergie au lait et il sera ravi de se joindre au prochain projet sur les allergies aux oeufs.

L’équipe du CUSM comme celle du CHU Sainte-Justine rêvent que ce traitement prometteur soit offert à toute la population des personnes souffrant d’allergie alimentaire. Ce rêve pourrait bien se concrétiser, car la haute direction du CHU Sainte-Justine a approuvé cette semaine son projet de clinique d’immunothérapie alimentaire. « Étant donné que cette clinique aura une vocation universitaire, elle visera les cas d’allergie sévère et ceux d’allergie à plusieurs aliments simultanément », précise l’allergologue Philippe Bégin.

Financement

Les patients qui seraient traités dans cette clinique publique n’auraient rien à débourser. Mais pour que le projet voie le jour, le Dr Bégin et ses collaborateurs ne pouvaient compter jusqu’à maintenant que sur la philanthropie. Une collecte de fonds menée par des parents d’enfants allergiques a déjà permis de recueillir 70 000 $. « Nous avons besoin de 750 000 $ pour financer la mise sur pied de cette clinique et en assurer le fonctionnement (salaire des infirmières, techniciennes en pharmacie et nutrition et d’une adjointe administrative) pendant les trois premières années. Nous espérons que cette approbation donnera un second souffle à notre campagne de financement et que le ministère de la Santé — que notre directeur général sollicitera sous peu — apportera son soutien », a confié le Dr Bégin qui, au CHU Sainte-Justine, a traité avec succès des allergies au lait, aux oeufs, aux arachides, aux noix, au sésame, au seigle, à l’orge, à l’avoine, au blé, aux crevettes et au saumon.

« Il faut que l’offre se généralise car la demande est énorme », conclut-il.

1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 9 septembre 2016 15 h 50

    Allergies aux noix?

    Pourquoi pas les arachides, plutôt? L'allergie à cette légumineuse n'est-elle pas beaucoup plus répandue?