Une sorte de rêve surgelé

Il est toujours décevant de constater qu'une cinéaste comme Léa Pool, qui s'est tant livrée à travers ses premiers films, payant de sa personne chaque scène d'intimité et de tourment, accepte de disparaître derrière un paravent de formules. C'est pourtant l'impression que laisse Le Papillon bleu, son neuvième long métrage de fiction — lequel nous parvient 20 ans après la sortie de son premier, et de loin mon préféré, La Femme de l'hôtel.

Pas d'états des lieux psychologiques ou de crise identitaire dans cette fable habile et simple tissée d'amitié et d'espoir, portée qui plus est par un thème récurrent chez Léa Pool: le voyage. Ce thème de l'exil temporaire, Pool l'a jusqu'ici employé comme révélateur d'identité (Anne Trister, À corps perdu) ou comme agent provocateur (Mouvements du désir). Or le voyage au coeur du Papillon bleu en est un avant tout d'espoir et de survie. Il a été rêvé puis entrepris, depuis Montréal jusque dans la forêt amazonienne, par Pete (Marc Donato), un garçon de dix ans condamné à une mort prochaine et désireux, avant que cette dernière ne vienne le prendre, de capturer le Maripoza azul. Ce papillon rare, aux vertus mystérieuses, a été porté à sa connaissance par son idole, l'entomologiste Alan Osborne (William Hurt).

Après les vingt premières minutes du film, où l'enfant et sa mère (Pascale Bussières) finissent par convaincre le scientifique bougon de les accompagner en Amazonie, dans un village autochtone où Osborne est reçu comme un frère, toute l'attention de la cinéaste est portée sur la quête de l'enfant et les obstacles physiques et psychologiques qui la complexifient: l'enfant se déplace en fauteuil roulant, la saison où apparaît le Maripoza azul tire à sa fin, maman a peur des bibittes, etc.

On reconnaît la griffe de la symboliste dans ce filmage classique, presque cérémonieux, où l'inventaire nonchalant des espèces animales et florales (belles images de Pierre Mignot) contraste avec l'urgence du voyage et l'absurdité de la mission.

Cela dit, bien qu'ils soient agencés harmonieusement, tous les éléments qui composent cette fable (la quête mystique de l'enfant, la rédemption du mâle à travers son sacrifice, la patience courageuse de la mère) paraissent forcés, même aux yeux du public familial auquel le film s'adresse avant tout. Cet hommage à l'irrationnel et au caractère aléatoire de la vie (au terme de l'histoire qui a inspiré le film, l'enfant avait miraculeusement guéri) se révèle au contraire une oeuvre polie et sage, dont le rêve merveilleux prélevé en Amazonie semble avoir été surgelé pour pouvoir supporter le retour.