Une sonde tentera d’éclaircir le mystère de notre système solaire

L'altimètre laser canadien OSIRIS-REx étudiera Bennu, un astéroïde susceptible d'entrer en collision avec la Terre vers la fin du XXIIe siècle.<br />
 
Photo: Nasa's Goddard Space Flight Center L'altimètre laser canadien OSIRIS-REx étudiera Bennu, un astéroïde susceptible d'entrer en collision avec la Terre vers la fin du XXIIe siècle.
 

Le 8 septembre prochain, la NASA lancera la sonde spatiale OSIRIS-REx en direction de l’astéroïde Bennu, qui représente un vestige de la naissance de notre système solaire. La mission vise à recueillir un échantillon de cet astéroïde riche en matière organique et à le ramener sur Terre afin d’en savoir plus sur l’évolution de notre système planétaire et l’apparition de la vie sur Terre. L’Agence spatiale canadienne (ASC) fournit un instrument clé pour la réussite de cette mission.

L’engin spatial mettra environ deux ans pour atteindre Bennu, qui orbite autour du Soleil au sein de la ceinture des astéroïdes située entre Mars et Jupiter. OSIRIS-REx sera équipé d’un altimètre laser (OLA) conçu et fabriqué au Canada. Les deux lasers de cet instrument balayeront la surface entière de l’astéroïde de loin et de près et fourniront ainsi des données précises sur sa géométrie et sa topographie. Ces précieuses informations permettront de dresser une cartographie en trois dimensions de l’astéroïde et fourniront des détails au centimètre près de sa surface, ce qui aidera les chercheurs à déterminer le site le plus propice et le plus sécuritaire pour prélever l’échantillon.

La cueillette de l’échantillon s’effectuera sans qu’OSIRIS-REx atterrisse à la surface de Bennu. L’engin spatial ne fera que s’approcher de sa surface, et alors, un bras robotisé sera déployé et entrera en contact avec la surface pendant cinq secondes, soit le temps de recueillir de soixante grammes à deux kilogrammes de matière.

La sonde rapportera ensuite cet échantillon sur Terre, où il sera analysé par plusieurs équipes états-uniennes et canadiennes. La sonde devrait se poser dans le désert de l’Utah en 2023. « En échange de notre contribution à la mission, nous obtiendrons 4 % des échantillons qui auront été recueillis sur l’astéroïde, et nos scientifiques canadiens auront accès à toutes les données de la mission », affirme Stéphane Desjardins, gestionnaire de projets de développement de l’exploration spatiale à l’ASC.

Choix réfléchi

Bennu a été choisi parmi plus de 500 000 astéroïdes connus jusqu’à présent des astronomes « pour des raisons opérationnelles et scientifiques. D’abord, Bennu se situe à une distance raisonnable de la Terre, permettant une mission aller-retour d’une durée acceptable », a affirmé en conférence de presse jeudi le responsable scientifique d’OLA et chef de l’équipe scientifique canadienne, Michael Daly, de l’Université York de Toronto. En effet, Bennu fait partie des « géocroiseurs », ces 7000 astéroïdes qui croisent occasionnellement l’orbite de la Terre.

« Il nous fallait aussi choisir un astéroïde ayant un diamètre supérieur à 200 mètres — celui de Bennu fait 500 mètres —, car un astéroïde plus petit aurait eu une vitesse de rotation sur lui-même trop grande, qui aurait entraîné la perte de la majorité de la matière qui se trouvait à sa surface, ce qui l’aurait rendu moins intéressant, explique M. Desjardins. De plus, une grande vitesse de rotation rend plus périlleuse l’approche de l’astéroïde et la prise d’un échantillon à sa surface. »

Les chercheurs ont également préféré Bennu parce qu’il s’agit d’« un astéroïde dont la surface est riche en carbone, un élément constituant du vivant », souligne M. Desjardins. Plusieurs scientifiques croient que les éléments essentiels à la vie auraient été introduits sur Terre par des astéroïdes tombés à sa surface. « De plus, les éléments volatils, comme l’hydrogène et l’oxygène, que l’on peut retrouver sur les astéroïdes, ont également pu contribuer à l’apparition de l’eau sur les planètes », ajoute-t-il.

Bennu s’est également avéré la cible la plus intéressante par le fait qu’il figure « parmi les astéroïdes qui ont la plus grande probabilité de percuter la Terre, même si cette probabilité demeure minime, puisqu’on l’estime à une chance sur 2700 dans environ deux ans »,précise-t-il, avant d’expliquer que la mission OSIRIS-REx permettra d’étudier l’effet Yarkovsky, qui correspond à l’influence que l’énergie solaire exerce sur la trajectoire de l’orbite des astéroïdes. « L’impact de cet effet est minime, mais sur des centaines d’années, il peut s’avérer non négligeable. Cette mission devrait nous aider à mieux comprendre cet effet, à mieux prédire les orbites des astéroïdes, et ainsi à raffiner les calculs des probabilités d’impact de Bennu avec la Terre », souligne le scientifique.

« Comme Bennu appartient à une catégorie d’astéroïdes très primitifs qui se sont formés tout au début de la création de notre système solaire et qui sont restés intacts depuis ce moment-là, il pourra également nous renseigner sur la formation du système solaire et sur les origines de la vie sur Terre », conclut-il.