Des scientifiques découvrent l’exoplanète la plus près de la Terre

Cette représentation de Proxima b offre un aperçu que ce que les scientifiques pourraient observer à l’aide d’un télescope d’ici une dizaine d’années.
Photo: ESO/M. Kornmesser Cette représentation de Proxima b offre un aperçu que ce que les scientifiques pourraient observer à l’aide d’un télescope d’ici une dizaine d’années.

Dans la revue Nature, une équipe internationale d’astronomes affirme avoir repéré une exoplanète tournant autour de Proxima du Centaure, l’étoile la plus près du Soleil. Par le fait même, il s’agit de l’exoplanète la plus proche de nous jamais découverte. Dénommée Proxima b, cette exoplanète rocheuse est d’une taille comparable à notre planète. Elle reçoit de son étoile un flux lumineux à peu près identique à celui que projette le Soleil sur la Terre. Autant de facteurs qui permettent d’y retrouver de l’eau liquide à sa surface et potentiellement la présence de vie.

La planète Proxima b a été découverte par la méthode de vitesse radiale, qui permet de détecter des exoplanètes massives et proches de leur étoile grâce à une petite oscillation de l’étoile causée par la force gravitationnelle de la planète tournant autour d’elle. En effet, la force gravitationnelle de la planète tire un peu sur l’étoile lorsqu’elle passe devant elle et la fait ainsi bouger. Ces mouvements se traduisent par une variation périodique de la vitesse de l’étoile, qui est déterminée par des observations du spectre de l’étoile depuis les télescopes, notamment celui de La Silla au Chili.

Or, les astronomes ont observé que ces variations de la vitesse radiale de Proxima du Centaure se répétaient tous les 11,2 jours, ce qui signifie que la planète Proxima b effectue une révolution complète autour de son étoile en 11,2 jours. L’analyse des variations du spectre de l’étoile a également permis de savoir que la planète possède une masse d’au moins 1,3 fois celle de la Terre et qu’elle se situe à 7 millions de km de son étoile, soit 20 fois plus près que la Terre ne l’est du Soleil.

Toutefois, Proxima du Centaure est très différente du Soleil, puisqu’il s’agit d’une naine rouge dont la luminosité est nettement moindre. C’est pour cette raison que les astronomes affirment que Proxima b se situe dans la zone habitable, une expression voulant dire qu’il s’agit d’une « planète qui peut garder de l’eau liquide à sa surface de manière stable et durable », explique Martin Turbet, chercheur au Laboratoire de météorologie dynamique du campus Jussieu de l’Université Pierre-et-Marie-Curie, à Paris.

Présence d’eau?

« Alors que la luminosité du Soleil augmente progressivement, ce qui fait que dans un milliard d’années, il fera trop chaud sur Terre pour que subsiste de l’eau liquide, celle de Proxima du Centaure a diminué et s’est stabilisée », fait remarquer Franck Selsis, directeur de recherche au CNRS dans le Laboratoire d’astrophysique de Bordeaux, en France. « Au début, Proxima b était donc beaucoup plus chaude que maintenant. Pendant 200 millions d’années, elle a subi le sort que subit Vénus dans le système solaire. On a estimé qu’elle a pu perdre un océan terrestre d’eau durant cette phase chaude initiale. Mais nous n’avons aucune idée de la quantité d’eau que cette planète présentait au départ. Elle a pu être sèche dès sa formation, dépourvue d’eau et de gaz comme Mercure, ou bien elle a pu être très riche en eau, et même beaucoup plus que la Terre. »

C’est en raison de cette incertitude qu’on ne sait pas s’il y a de l’eau liquide à la surface de Proxima b aujourd’hui, car tout dépend de la quantité d’eau qu’elle possédait au départ, résument les deux chercheurs. « Nous savons juste que la planète se situe dans cette zone où, si elle possède de l’eau, celle-ci peut être à l’état liquide à la surface, alors que si elle n’était pas dans cette zone dite habitable, ce ne serait pas possible, elle serait soit sous forme de glace si la planète était trop loin de son étoile, soit sous forme de vapeur si elle était trop près », explique M. Selsis.

Proxima b se distingue aussi de la Terre par le fait qu’elle reçoit beaucoup plus de rayonnement x et de rayonnement ultraviolet à haute énergie que notre planète. « Ce rayonnement a pour effet de chauffer la haute atmosphère et de provoquer la perte des atomes de l’atmosphère vers l’espace, ce qui a pu épuiser le réservoir de gaz et d’eau de la planète », ajoute le chercheur.

Bientôt observable

Mais ce qui rend cette nouvelle exoplanète particulièrement intéressante est sa proximité, soulignent les deux chercheurs. Proxima du Centaure se trouve à seulement 4,2 années-lumière de notre soleil. « D’ici une dizaine d’années, grâce au grand télescope E-ELT [European Extremely Large Telescope] de 39 mètres de diamètre qui sera construit au Chili, nous pourrons faire des observations directes de cette planète terrestre — c’est-à-dire rocheuse —, ce qui nous permettra de savoir si elle possède une atmosphère, et si c’est le cas, de connaître sa composition. Mais seulement si Proxima b existe, car pour le moment, ce n’est qu’une candidate. Il va falloir faire des observations complémentaires pour confirmer que cette planète existe réellement », affirme Martin Turbet.