Le «cupping» fait des vagues à Rio

Très remarquées sur les épaules de Michael Phelps aux Jeux olympiques de Rio, les marques rouges aux allures de gros suçons résultent du cupping.
Photo: Lee Jin-man Associated Press Très remarquées sur les épaules de Michael Phelps aux Jeux olympiques de Rio, les marques rouges aux allures de gros suçons résultent du cupping.

Les plaques violettes sur les corps musclés de plusieurs athlètes olympiques qui compétitionnent à Rio ont intrigué maints spectateurs ces derniers jours.

Les hypothèses les plus diverses ont été avancées pour expliquer la peau criblée d’ecchymoses du plus grand champion olympique de tous les temps, le nageur Michael Phelps, lors du relais 4 x 100 m libre masculin dimanche. Avait-il participé à une partie de paintballing ou a-t-il été attaqué par une pieuvre géante ?

En fait, ces hématomes ayant chacune la forme parfaite d’une grande pastille résultent de l’application de ventouses sur la peau, une forme de médecine traditionnelle millénaire, communément appelée « cupping ».

À l’instar de plusieurs autres athlètes, principalement des nageurs et des gymnastes états-uniens, Michael Phelps a recours au cupping dans le but de soulager ses douleurs. Il utilise aussi cette technique pour l'aider à récupérer après l'intense entraînement physique auquel il s’astreint.

Les sportifs font appel à diverses techniques de récupération, telles que des massages, des saunas, des bains glacés et des vêtements de compression, mais récemment, le cupping a gagné en popularité.

La technique consiste à brûler un coton imbibé d’alcool dans une ampoule de verre. La chaleur générée chasse l’air de l’ampoule, qui est alors appliquée sur la peau. Le vide qui se crée dans l’ampoule à mesure qu’elle se refroidit induit une succion qui soulève la peau. Mais il est également possible de faire le vide dans l’ampoule à l’aide d’une petite pompe aspirante.

Tous les membres de l’Association des acupuncteurs du Québec offrent des traitements aux ventouses (cupping) à leurs clients, nous a-t-on confirmé.

Dominique Babin pratique l’acupuncture à Montréal. Elle fait appel à cette technique pour traiter les problèmes musculo-squelettiques, notamment inflammatoires et de tension musculaire, de ses patients. « Les ventouses provoquent un afflux de sang à la surface de la peau, c’est pourquoi elles laissent des marques rouges sur la peau. Elles permettent ainsi d’activer la circulation et de défaire les blocages. Ça fait beaucoup de bien, ça donne l’impression d’avoir eu un massage en profondeur », explique-t-elle.

Professeur à l’Université McGill et fondateur de l’Organisation pour la science et la société, Ariel Fenster affirme pour sa part qu’il n’y a « aucune preuve scientifique indiquant que l’application de ventouses procure des bienfaits ».

« Aucune étude scientifique comparant les ventouses à un placebo n’a jamais pu être effectuée à double insu [c’est-à-dire sans que les expérimentateurs sachent si c’est le traitement ou le placebo qui a été administré au patient] puisqu’il est impossible de trouver un placebo aux ventouses », souligne-t-il. Il ajoute que « la forte succion qu’entraîne la ventouse sur la peau provoque la rupture de petits vaisseaux sanguins, les capillaires », qui est responsable des plaques rouges.

M. Fenster rappelle qu’autrefois, en France, on appliquait des ventouses sur la poitrine ou sur le dos des enfants lorsqu’ils souffraient d’un rhume ou d’une grippe. On croyait alors que l’on aspirait les humeurs ou le mauvais sang. Mais aujourd’hui, on sait qu’« il n’y a aucune raison pour laquelle les ventouses seraient efficaces. L’effet placebo peut par contre être très puissant. Si les athlètes y croient, ça les aide. »

Même si le fait de voir des célébrités sportives, comme Phelps, ou du showbiz, telles que Gwyneth Paltrow, Justin Bieber, Victoria Beckham et Jennifer Aniston, tatouées pendant quelques jours par des ventouses risque de susciter un engouement pour le cupping au sein du grand public, M. Fenster ne s’inquiète pas trop, car cette pratique est généralement sans danger.

Le « cupping » est utilisé depuis des milliers d’années par diverses civilisations, notamment chinoise, égyptienne et moyen-orientales.

 

4 commentaires
  • Pierre Schneider - Abonné 10 août 2016 05 h 53

    Bonnes vieilles ventouses

    Le professeur Ariel Fenster ignore peut-être que la technique des ventouses pour soulager un rhume ou une grippe n'était pas seulement appliquée dans l'ancienne France mais aussi au Québec de mon enfance.
    Était-ce aussi efficace qu'un des nombreux médicaments que l'industrie pharmaceutique nous propiose ? Possiblement. Et ça ne coûtait rien !

    • Solange De Billy Tremblay - Abonnée 10 août 2016 17 h 12

      Voilà peut-être pourquoi on la dit inefficace...

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 10 août 2016 09 h 24

    M. Fenster devrait revoir son.... autrefois en France

    s'il avait le moindre connaissance de l'histoire "du Québec", il aurait pu dire que les religieuses dans les pensionnats québécois, des années 1950, utilisaient encore ces ventouses pour soigner les mauvais rhumes ou grippes de leurs "pensionnaires." J'en connais qui ont subi cette méthode...et en ont gardé des traces.
    Était-ce un moyen "médical"...prescrit par un médecin.? La question demeure.

  • Pascal Barrette - Abonné 10 août 2016 13 h 23

    La « ventousion"

    Dans «cupping» est sous-entendu le mot «suction», comme dans «suction cup», ventouse en français. L’anglais laisse tomber le premier mot pour créer avec le dernier, «cupping», l’action d’appliquer des ventouses. Pourquoi le français se contente-t-il trop souvent paresseusement de copier l’anglais? Le Figaro décrit le «cupping», comme étant la «technique des ventouses», expression bien française. Ne lui manque qu’un seul mot pour signifier «l’action de pratiquer la technique des ventouses». C’est pourtant simple, il suffit de coller, restons dans le sujet, un «ion», à «ventouse», ce qui donne bien serrée, en fusion quasi-audible, la «ventousion». Pourquoi toujours s’incliner bêtement devant l’anglais? Pourquoi ne ne pas créer nos gallicismes, nos idiotismes? Ce serait idiot de ne pas le faire, et ce dès qu’un mot anglais apparaît sans équivalent français, pour ne pas que l’anglais occupe par répétition toute la place.

    Pascal Barrette, Ottawa