L’identité transgenre n’est pas une maladie mentale

Au Mexique, une seule clinique est spécialisée dans les soins pour les personnes trans. Pourtant, selon les conclusions de la recherche, les personnes transgenres pourraient recevoir des traitements hormonaux dans des cliniques qui offrent des soins de première ligne.
Photo: Yuri Cortez Agence France-Presse Au Mexique, une seule clinique est spécialisée dans les soins pour les personnes trans. Pourtant, selon les conclusions de la recherche, les personnes transgenres pourraient recevoir des traitements hormonaux dans des cliniques qui offrent des soins de première ligne.

L’identité transgenre n’est pas une maladie mentale. Voilà la proposition que soutient une première étude de terrain publiée mardi dans la revue scientifique The Lancet Psychiatry.

Si l’affirmation peut être considérée comme une évidence pour certains, elle ne l’est pas pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui classe encore le fait d’être transgenre dans le chapitre « Troubles mentaux et du comportement » de sa bible des diagnostics cliniques.

En pleine révision de ce volumineux document, nommée Classification internationale des maladies, ou « CIM-10 », des chercheurs de l’Institut national de psychiatrie Ramón de la Fuente Muñiz, à Mexico, ont interviewé 250 adultes transgenres afin de déterminer si leur identité transgenre leur causait de la détresse, cette caractéristique centrale des maladies mentales.

Leur trouvaille ? Ce sont le rejet social et la violence qui causent de la détresse chez les transgenres, bien plus que les caractéristiques inhérentes de leurs « incongruences de genre », telles que les chercheurs proposent de les appeler.

« La variable la plus influente sur le sentiment de détresse a été le rejet de la famille », a expliqué l’un des auteurs de l’étude, Geoffrey Reed, quand Le Devoir l’a joint à Mexico.

Il y a cette perception que les transgenres peuvent seulement être évalués ou traités par des psychiatres. Pourtant, il est tout à fait possible d’entreprendre un traitement hormonal dans un endroit qui offre des soins de première ligne.

Parmi les facteurs ayant provoqué le plus de détresse des participants de l’étude, menée entre les mois d’avril et d’août 2014, un seul est lié à l’incongruence de genre. Les personnes trans ont indiqué avoir vécu un grand stress au moment d’exiger que l’on réfère à elles en utilisant leur nouvelle identité de genre dans un contexte scolaire ou de travail.

Autrement, les violences sexuelles, physiques ou psychologiques ont été beaucoup plus significatives en tant que facteurs entraînant de la détresse. Selon le Dr Reed, les résultats de l’étude viennent appuyer la théorie du « minority stress » (stress de la minorité), qui veut que la stigmatisation de certains groupes minoritaires (gais, lesbiennes, Noirs, etc.) entraîne des situations de grand stress qui peuvent, à leur tour, mener à des problèmes de santé physique et mentale.

L’importance du diagnostic

Mais changer de catégorie dans un grand manuel de psychiatrie, qu’est-ce que ça donne ? « Ça réduit le double fardeau que portent les personnes transgenres, car elles sont transgenres ET aux prises avec ce diagnostic de trouble mental », a répondu la psychiatre Griet De Cuypere, qui signe un commentaire accompagnant l’étude. « Pas que je sois en faveur de la stigmatisation les personnes qui ont des troubles mentaux, a-t-elle précisé, mais c’est comme ça qu’elles sont perçues », a-t-elle observé.

Aussi, la majorité des systèmes de santé se basent sur le CIM pour déterminer quelles personnes sont admissibles à des traitements, a fait valoir Geoffrey Reed. « Pour être admissible à un traitement hormonal ou à une chirurgie de réattribution sexuelle, dans bien des systèmes de santé, il est nécessaire d’avoir un diagnostic », a-t-il illustré.

Encore, la classification de l’identité de genre comme étant un trouble mental justifie parfois la croyance voulant que des transgenres ne sont pas aptes à prendre des décisions légales, a noté le chercheur, qui a également remarqué que la classification est utilisée pour refuser des soins de santé aux personnes transgenres. « Il y a cette perception que les transgenres peuvent seulement être évalués ou traités par des psychiatres, a affirmé le Dr Reed. Pourtant, il est tout à fait possible d’entreprendre un traitement hormonal dans un endroit qui offre des soins de première ligne. »

Autrement, les services de santé destinés spécifiquement aux trans sont rares. L’exemple de la clinique Condesa de Mexico, où a été menée l’étude, est patent : elle est la seule institution publique à offrir des soins complets aux personnes transgenres… dans une ville de près de neuf millions d’habitants.

Quelque 26 ans après que l’homosexualité eut été retirée du CIM, l’OMS se prépare à mettre à jour cette classification, en 2018. L’étude mexicaine — et les expériences semblables qui ont actuellement cours au Brésil, en France, en Inde, au Liban et en Afrique du Sud — vise à poursuivre le travail entamé par un groupe de chercheurs, mandatés par l’OMS en 2014 pour formuler des recommandations au sujet des catégories liées à la sexualité qui se trouvent dans le chapitre des troubles mentaux et du comportement du CIM.

Nouvelle classification

Au terme de son travail, le groupe d’experts a recommandé le retrait, pur et simple, des troubles liés au développement sexuel et à l’orientation sexuelle du CIM. Les questions d’identité de genre et d’orientation sexuelle s’inscrivent très bien dans des catégories existantes, ont-ils fait valoir.

Comme ça a été le cas dans le passé, la classification choisie pour le CIM pourrait influencer des questions qui seront sans doute soulevées à la prochaine mise à jour du DSM, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Dans ce dernier, le « trouble de l’identité de genre » a été remplacé en 2013 par « la dysphorie de genre ». L’homosexualité n’y figure plus en tant que maladie depuis 1973.

3 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 28 juillet 2016 08 h 44

    Conséquences?

    Si 'est le cas, les personnes transgenres auront-elles accès à des hormones et aux opérations de changement de sexe (et autres) payées par la Régie? Au moins, elles n'auront plus à se justifier devant un psychiatre...

  • Samuel Bonnefont - Inscrit 28 juillet 2016 10 h 48

    Financièrement

    Sur l'aspect prise en charge financière : tout dépend de la volonté politique. Les femmes enceintes ne sont pas considérées comme "malades" et leurs frais sont pourtant pris en charge financièrement dans les différents pays. :)

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 juillet 2016 11 h 56

      Je crois que la comparaison ne tient pas. Depuis la nuit des temps, la grossesse et l'accouchement constituent des risques pour la vie et la santé, risques qu'il convient de minimiser.