Quatre nouveaux éléments du tableau périodique sont sur le point d’être baptisés

Le scientifique Kosuke Morita montrant le nouvel élément 113, découvert par son équipe
Photo: Kazuhiro Nogi Agence France-Presse Le scientifique Kosuke Morita montrant le nouvel élément 113, découvert par son équipe

Tant pis pour les 156 278 admirateurs de Motörhead qui avaient signé la pétition : aucun élément du tableau de Mendeleïev n’a été nommé « lemmium » en hommage à feu Lemmy Kilmister, leader du groupe de heavy métal.

La blague aurait été bonne, car ce sont quatre métaux lourds qui ont rejoint en janvier le grand tableau périodique de tous les éléments chimiques connus… Désormais, la dernière ligne du tableau est complète.

Mais c’est aux découvreurs de ces quatre éléments que revenait l’honneur de proposer un nom. Pour suivre les recommandations officielles, ils devaient s’orienter vers « un concept ou un personnage mythologique, un minéral ou une substance similaire, un lieu ou une région géographique, une propriété de l’élément chimique, ou un scientifique ». Souvent, c’est une référence géographique qui est choisie, pour honorer le laboratoire à qui l’on doit la découverte de l’élément. On sait par exemple où furent créés l’américium et le californium… et à qui rendent hommage le curium et l’einsteinium.

Depuis janvier, la division de chimie inorganique de l’Union internationale de chimie pure et appliquée (UICPA) a longuement réfléchi… et annoncé sa décision ce mercredi. Un nom finaliste est retenu pour chaque élément. Une consultation publique est désormais ouverte jusqu’au 8 novembre 2016, avant que l’UICPA y mette son dernier tampon d’approbation.

113 : nihonium (Nh). Cet élément porte le numéro 113, car son noyau comporte 113 protons. Il s’appelait provisoirement ununtrium, un nom de code inspiré du latin pour dire « un, un, trois », avec le suffixe « ium », qui va bien pour tous les éléments chimiques. Le 113 vient d’un accélérateur d’ions au Japon. Il a été généré par une collision entre deux ions, et n’a vécu que quelques millièmes de seconde avant de se désintégrer, car il n’est pas stable du tout.

Son nouveau nom, nihonium, traduit son origine : Nihon, c’est le Japon… en japonais. On ne pouvait pas faire l’impasse sur cette référence géographique, car le nihonium est le tout premier élément à avoir été découvert dans un pays asiatique. L’UICPA espère ainsi « que la fierté et la foi dans la science supplanteront la défiance de ceux qui ont souffert du désastre nucléaire de Fukushima en 2011 ».

115 : moscovium (Mc). Avec ses 115 protons, il s’appelait ununpentium depuis son officialisation en janvier. Lui est né dans les éprouvettes de l’Institut unifié de recherches nucléaires en Russie, qui compte neuf laboratoires et un centre universitaire. L’institut est implanté à Doubna, dans l’oblast de Moscou. Moscou, moscovium… On comprend la logique.

117 : tennessine (Ts). Voilà un nom plus intéressant. Bêtement appelé ununseptium en attendant une meilleure idée, l’élément aux 117 protons est le dernier découvert parmi les quatre petits nouveaux. Il est apparu au laboratoire Flerov de Doubna en Russie en 2010, puis à l’Université Johannes-Gutenberg de Mayence, en Allemagne, en 2014. Mais sa matière première vient des États-Unis : le laboratoire d’Oak Ridge, dans l’État du Tennessee, a fourni l’élément lourd berkélium, qui a été bombardé de faisceaux d’ions calcium. Ce sont les deux parents de bébé 117. Et l’équipe du Tennessee a ainsi été remerciée avec ce nom, tennessine.

Placé dans l’avant-dernière colonne du tableau des éléments, le tennessine aurait pu appartenir à la famille des halogènes avec ses confrères le fluor, le chlore, le brome et l’iode, mais ses propriétés chimiques l’en éloignent. On dirait plus un métalloïde, quelque part entre les métaux et les non-métaux. Quoi qu’il en soit, la colonne des halogènes et cie adopte une terminaison en « ine » (en anglais fluorine, chlorine, bromine…).

118 : oganesson (Og).Un-un-huit, soit ununoctium pour le nom de code en latin. L’élément à 118 protons a finalement été baptisé oganesson en hommage au professeur Yuri Oganessian, né en 1933. Il fut « pionnier des recherches sur les éléments transactinides », soit les éléments superlourds au-delà du numéro 92, explique l’UICPA. « Ses succès incluent la découverte d’éléments superlourds et des avancées significatives dans la physique nucléaire comme la preuve expérimentale de l’îlot de stabilité. »

Quant à la terminaison en « on », elle suit la règle de tous les éléments installés dans la dernière colonne du tableau, les gaz nobles : néon, argon, krypton, xénon, radon (sauf l’hélium).

« Certains verront peut-être de l’autocongratulation dans ces choix de noms, reconnaît Jan Reedijk, qui a coordonné la réflexion à l’IUCPA, mais il est formidable de pouvoir reconnaître que les collaborations internationales sont au coeur de ces découvertes, et que ces nouveaux noms rendent enfin les découvertes plus tangibles. »