Un homme de l’espace qui a les deux pieds sur terre

David Saint-Jacques estime que le plus grand défi de son métier est la conciliation travail-famille.
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne David Saint-Jacques estime que le plus grand défi de son métier est la conciliation travail-famille.

Le prochain astronaute canadien appelé sur la Station spatiale internationale est aussi médecin, astrophysicien et père de famille. Un surhomme ? Non, répond David Saint-Jacques qui, à défaut de connaître les limites de l’univers, dit être bien conscient des siennes.

« Si vous saviez ! Tout est difficile dans ce milieu-là. Moi, je suis juste un peu gourmand si vous voulez. Je suis une sorte de touche à tout », a-t-il confié en entrevue lundi.

Âgé de 46 ans, ce natif de Québec n’avait pas prévu devenir astronaute dans la vie. C’est en suivant le conseil d’une amie qu’il a postulé à l’Agence spatiale canadienne après une carrière fructueuse, notamment en médecine.

L’espace l’avait toujours fait rêver, mais c’est d’abord la soif de connaissances au sens large qui l’a animé. « Je me souviens quand j’ai compris ce qu’étaient ces images de la Terre vue de l’espace. Ce que ça voulait dire. […] J’ai réalisé toute l’importance de la science, de la technologie. Que les connaissances, ça nous aidait à appréhender la réalité. Mon rêve, vraiment, c’était de comprendre le monde. L’ambition folle de tout comprendre », raconte-t-il.

« J’ai eu le vertige quand j’ai compris que même ce qui me semblait énorme, comme ma rue, ma ville, mon pays, c’était en fait tout petit quand on comparait avec la Terre qui flotte dans le vide autour du Soleil. »

Longue préparation

 

En novembre 2018, David Saint-Jacques copilotera la fusée Soyouz pour aller rejoindre l’équipage de la Station spatiale internationale. Ils seront six à cohabiter pendant six mois dans la station de 110 mètres de long et 74 mètres de large. Du groupe, seul le nom du Québécois a été diffusé pour l’heure parce que c’est celui dont la préparation sera la plus longue.

Quand on lui fait remarquer que l’espace suscite aujourd’hui moins de passion qu’à d’autres époques, il rétorque que c’est « la rançon de la gloire ».« Aujourd’hui, l’exploration spatiale fait partie de la vie de tous les jours. Si vous êtes comme moi, vous utilisez un satellite toutes les 10 minutes de votre vie. »

Et les fortunes qu’on y investit ? En valent-elles la peine ? « C’est sûr que tout ça, ce sont des projets publics, donc il faut être très vigilants dans l’utilisation qu’on fait des fonds », avance-t-il.

Or, la conquête de l’espace permet des avancées scientifiques utiles sur terre, selon lui. « Les astronautes développent tout plein de problèmes dans l’espace et ces problèmes ressemblent à des maladies qui nous affligent sur terre : l’ostéoporose, les problèmes neurologiques, etc. Chaque fois qu’on développe des manières de les aider à rester fonctionnels dans l’espace, on fait d’une pierre deux coups, on aide la médecine sur terre », dit-il.

Des projets comme celui d’aller sur Mars vont en outre nous forcer à nous dépasser, croit-il. « Pour arriver à se rendre sur Mars, il va falloir maîtriser complètement les problèmes environnementaux, devenir les maîtres absolus du recyclage des ressources. »

 

A-t-il peur ? « Oui. D’abord, c’est dangereux, alors je serais stupide si je n’avais pas peur. Mais la solution à la peur, c’est de se préparer, d’étudier. Et plus on est préparé, plus on comprend pourquoi on a peur, plus on est en contrôle de ses moyens et plus on peut anticiper les problèmes et s’exercer d’avance à notre réponse. »

Soutien familial

 

De toute façon, la grande difficulté de ce projet « n’est pas propre aux astronautes », souligne-t-il. « C’est la conciliation travail-famille. » « Je vais avoir besoin du soutien de mon épouse, de mes enfants, de ma famille élargie et j’ai la chance de bénéficier de leur enthousiasme complet, mais on n’est pas naïfs. On sait que c’est difficile. »

Et ses deux petits garçons âgés de 3 et 5 ans ? Comprennent-ils ce qui lui arrive ? Sont-ils admiratifs ? Oui et non, répond leur père avec humour. « Je dois vous avouer qu’ils sont plus impressionnés par les pompiers, les policiers et les ambulanciers ces temps-ci. Mais quand je leur dis qu’une partie de mon entraînement, c’est d’apprendre à combattre les incendies et de jouer le rôle d’un ambulancier à bord, je monte un peu dans leur estime. »

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