André Brahic, une étoile est morte

André Brahic
Photo: Éric Feferberg Agence France-Presse André Brahic

L’astrophysicien, inlassable conteur et découvreur des anneaux de Neptune, est décédé dimanche.

André Brahic ? Une des figures de l’astronomie française, mais aussi un formidable passeur de savoir, « monté sur pile atomique, au débit “torrentuesque”, capable de vous faire vibrer pour un robot spatial ou une découverte d’astrophysique », écrivait Libération il y a quelques années. Cet homme chaleureux, incapable de s’arrêter lorsque de façon imprudente quelqu’un lui donnait la parole, est décédé d’un cancer ce dimanche à Paris, dans la ville où il était né 73 ans plus tôt.

« Faire briller les yeux des enfants »

André Brahic était né en novembre 1942 dans une famille modeste. Initié à l’astrophysique par Evry Schatzman, le père de la discipline en France après la guerre, il devient dès les années 1980 un spécialiste de l’exploration du système solaire conduite par la sonde spatiale Voyager et la mission américano-européenne Cassini partie en 1997, qui continue à tourner autour de Saturne. Il s’intéresse aux anneaux de Saturne avant de lancer en 1984 un programme qui lui permet de co-découvrir les anneaux d’une autre planète gazeuse, Neptune, avec l’astronome américain William Hubbard.

Le dernier anneau se décompose en quatre arcs dont trois furent découverts au départ par André Brahic qui leur donna les noms de « Liberté », « Égalité » et « Fraternité » en référence à la devise nationale française, tandis que le dernier arc fut trouvé par l’une de ses collaboratrices. Astrophysicien au CEA et professeur à l’Université Diderot–Paris VII, il avait également dirigé le laboratoire Gamma-gravitation.

Brahic défendait aussi la culture de la science dès le plus jeune âge. Bien expliquée, « elle peut faire briller les yeux des enfants ». Auteur de nombreux livres de vulgarisation, il multipliait les conférences où il partageait, enthousiaste, son amour de l’exploration spatiale. « C’était un personnage éblouissant et hors du commun, extraordinairement chaleureux, profond et authentique, un grand savant et en même temps un conteur, un écrivain », a commenté son éditrice Odile Jacob, qui était très proche de lui. « La France perd un scientifique prodigieux et joyeux dont le seul projet était de faire partager sa passion au plus grand nombre », a déclaré l’Élysée dans un communiqué.

« Pas Sarkozy »

Il s’investissait inlassablement auprès des hommes politiques pour les sensibiliser à cette question. À Chirac et Jospin, alors en campagne présidentielle, il disait : « Quand vous avez des problèmes dans les banlieues, envoyez les astronomes d’abord, la police après ! » Il n’aimait pas Nicolas Sarkozy. En 2007, dans un discours mordant et très drôle lors d’une réunion de l’association Sauvons la recherche, il affirmait que l’élection du candidat de droite entraînerait un recul de la recherche scientifique de plusieurs années. « Ce ne sera pas aussi grave que Mme Tchatcher, pas aussi grave que Pinochet, ce sera au niveau de Brejnev », s’enflammait-il devant une salle hilare. « Élisez n’importe qui, mais pas lui. » Ce jour-là, il avait mal lu les étoiles.