Une recherche consacrée à l’innovation et à l’économie sociales

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Un groupe de travail formé notamment de deux porteurs de projets au TIESS et de l’organisation Lange bleu (couches lavables pour bébés) a effectué l’étude sur la franchise sociale.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Un groupe de travail formé notamment de deux porteurs de projets au TIESS et de l’organisation Lange bleu (couches lavables pour bébés) a effectué l’étude sur la franchise sociale.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche avril 2016

Il se trouve des innovations sociales susceptibles de procurer une meilleure qualité de vie aux citoyens à la faveur de la croissance de l’économie sociale. Et, pour assurer le maintien et le rayonnement de telles innovations, les chercheurs apportent de l’eau au moulin. Pour sa part, l’organisme Territoires innovants en économie sociale et solidaire (TIESS) orchestre l’existence de telles initiatives ayant des impacts positifs sur la société.

Le Québec compte trois organismes de liaison et de transfert en innovation sociale (OLTIS). Le TIESS est l’un d’eux, et son directeur général, Vincent van Schendel, en esquisse le portrait : « On est en innovation sociale, donc c’est finalement tout ce qui relève ou émerge sur le terrain — souvent de façon inconsciente, en dehors des éprouvettes et des laboratoires — des mouvements de citoyens ou des petites organisations qui éprouvent des problèmes. Il faut les aider à trouver des solutions parce qu’il n’y a pas de livres de recettes pour le faire. »

Le TIESS s’occupe d’innovation dans le domaine spécifique d’une économie sociale qui, depuis 30 ans, connaît un essor en territoire québécois. Cette innovation a connu des vagues dont « les plus importantes sont survenues dans les années 1980 et 1990 avec l’avènement des centres de la petite enfance [CPE], des corporations de développement économique communautaire [CDEC], des centres locaux de développement [CLD] et avec l’arrivée d’innombrables réseaux un peu partout en habitation communautaire, en loisir et en culture », indique le DG.

Cette tendance est plutôt en déclin en raison du sort que lui a réservé l’actuel gouvernement libéral sur bien des plans, mais elle reprend du mordant dans les secteurs du numérique, de la sécurité alimentaire et des pratiques environnementales. Il y a aussi un changement qui est survenu et il se manifeste largement en matière de communication entre les partenaires : « Les gens se parlent beaucoup plus par des forums informels et par Internet, d’où les nouvelles pratiques qui sont en train d’émerger. »

Et qu’en est-il des interventions des Territoires innovants dans cette autre façon de mener des projets et de faire des affaires, M. Schendel ? « On a été créé pour faire de la liaison, de la veille et du transfert en économie sociale dans le but de favoriser le partage des connaissances issues de la recherche et de l’expérimentation entre, d’une part, les milieux de la recherche et ceux sur le terrain, et, d’autre part, les milieux entre eux et les chercheurs entre eux. »

La mission consiste à réunir les 70 réseaux membres relevant, d’un côté, de l’enseignement supérieur et, de l’autre, de l’économie sociale et du développement des territoires : « On apprend à définir ensemble quels sont les besoins, les aspirations et les enjeux identifiés ; et on s’applique aussi à faire en sorte que les apprentissages des uns puissent servir aux autres. »

À ce propos, il assure que « le TIESS travaille beaucoup avec le milieu de la recherche pour systématiser les expériences vécues et les apprentissages, de manière à les transmettre dans le fonctionnement même des organisations et pas seulement dans la tête des individus ».

L’initiative prend le pas

Il recourt à cet exemple d’un modèle innovateur de financement pour mieux éclairer la nature des interventions : « Parmi les nouvelles formes de financement qui tentent d’apparaître pour remplacer celles qui sont taries, notamment en raison de la presque disparition des CLD et de celle des CDEC [elles viennent d’être rayées de la carte de Montréal], il y a ce qu’on appelle des obligations communautaires : en recourant à celles-ci, des organismes à but non lucratif [OBNL] peuvent émettre des obligations. »

Une telle initiative s’est répandue en Europe, mais elle demeure marginale ici, alors « nous, on réunit les chercheurs, les entreprises qui ont besoin de financement et les réseaux de soutien pour leur montrer ce qui a été fait ailleurs il y a 15 ans. On situe en quelque sorte la démarche type pour accompagner par la suite l’entreprise qui va émettre les obligations, en lui indiquant dans un guide ce qu’elle doit faire et ne pas faire ».

Il en résulte que « l’apprentissage des petites expériences complètement isolées vécues il y a 15 ans va servir à d’autres organisations pour émettre des obligations pour se financer à plus large échelle ».

Les franchises de type social

Maude Léonard, professeure et chercheuse à l’École des sciences de la gestion (ESG/UQAM), est associée aux Territoires innovants pour la conduite de deux projets de recherche : « En tant qu’organisation de transfert des connaissances, ces gens-là font le pont entre les organisations d’économie sociale dans le milieu et les chercheurs qui se tournent vers cette forme d’économie sur les territoires. »

Elle se penche sur l’un de ses travaux de recherche : « J’ai accompagné une étudiante à la maîtrise. Elle a procédé à un bilan de connaissances sur la notion de franchise sociale qui s’inscrit dans le cadre plus large du changement d’échelle des entreprises d’économie solidaire ou collective. Il s’agissait de cibler dans la littérature les éléments qu’il serait pertinent de transférer à celles-ci, tout en décortiquant chacun des termes et en dégageant quels sont les avantages et les inconvénients contenus dans chacune des approches de changement d’échelle. »

Un groupe de travail formé de l’étudiante, de la professeure, de deux porteurs de projets au TIESS et de l’organisation Lange bleu (couches lavables pour bébés) a effectué l’étude sur la franchise sociale : après avoir consacré beaucoup d’énergie sur le plan de la recherche et du développement pour fabriquer un produit efficace d’une grande absorption, les gens de Lange bleu voulaient que ce produit performant profite à un plus grand nombre de personnes et souhaitaient en maximiser l’impact : « C’est pourquoi l’idée de mettre sur pied des franchises sociales leur est apparue comme une avenue intéressante, mais, dans l’ignorance du sujet, ils ont fait appel au TIESS. »

Mme Léonard apporte ce supplément d’information : « Au cours de la première étape, on s’est appliqués à faire le bilan de connaissances en collaboration avec des gens du domaine de la recherche. Par la suite, Lange bleu va se lancer dans une démarche d’essaimage de franchisés à l’extérieur du territoire de Montréal pour atteindre le but visé de changement d’échelle. De notre côté, on va les accompagner tout au long de ce processus. »

À voir en vidéo