Avancée scientifique sur les interactions génétiques

Un autre petit pas a été franchi sur la longue route qui doit mener à une meilleure compréhension de maladies complexes comme la schizophrénie, le glaucome, le diabète de type II ou la fibrose kystique. Cette avancée est le fait d'un groupe de chercheurs de de Toronto et de Montréal qui, au moyen de simples cellules de levure, a révélé qu'il existe diverses combinaisons de mutations génétiques susceptibles de miner la santé d'une cellule ou même d'en entraîner la mort, un phénomène qui, chez l'homme, peut expliquer le déclenchement de ces maladies.

L'intérêt de ces travaux, con-duits par les Drs Brenda Andrews et Charles Boone, de l'université de Toronto, et le Dr Howard Bussey, de l'université McGill, réside avant tout dans le très large spectre qu'ils couvrent. «C'est une étude très large, la plus large jamais publiée, et c'est parce qu'elle est si étendue qu'elle propose des conclusions qui n'avaient jamais été appréhendées auparavant», explique le Dr Bussey.

Les résultats de leurs recherches, à paraître aujourd'hui dans Science, ont permis de révéler une part inédite de la carte génétique de la levure. «C'est la première fois qu'on a une vue aussi importante des interactions génétiques, qu'on a une telle quantité d'interactions entre différents gènes», confirme Guillaume Lesage, étudiant postdoctoral à McGill et en quelque sorte bras droit du Dr Bussey. «En général, pour un gène, les gens obtenaient deux ou trois interactions. Nous, nous en avons obtenu en moyenne dix fois plus.»

À partir d'une collection de 5000 gènes mutants de la levure de bière, ils ont obtenu un vaste échantillon de doubles mutants. Parmi ceux-là, ils ont détecté 4500 interactions létales ou malades, soit autant de paires de gènes qui occasionnent chez la levure une maladie, un défaut de croissance ou même une absence de croissance. À partir de ces paires de gènes, les chercheurs pensent être en mesure de proposer une sorte de modèle pour mieux comprendre certaines maladies aussi basées sur la combinaison de deux gènes, comme la schizophrénie.

Forte de ces résultats, l'équipe de chercheurs travaille maintenant à dresser la carte complète des interactions génétiques des gènes de levure semblables aux gènes humains. «Plus la carte de la levure est démystifiée, plus il est possible d'en tirer des principes qui pourraient s'appliquer à la génétique humaine», croit le Dr Bussey. L'équipe canadienne a travaillé de concert avec des chercheurs de l'école de médecine de Harvard, de l'université Cornell, de l'université de la Pennsylvanie, de l'université de la Californie, de l'Institut de biochimie de Zurich (Suisse), du Laboratoire MRC de Cambridge (Angleterre) et du Memorial Sloan-Kettering Cancer Center de New York.