Du soleil et du vent pour aider la production agricole sénégalaise

Sophie Suraniti Collaboration spéciale
Kodjo Agbossou, professeur et directeur de l’École d’ingénierie de l’UQTR (au milieu), avec la représentante de l’AUF, Virginie Mesguich, et le directeur du Bureau de l’international et du recrutement, Sylvain Benoit
Photo: Source Kodjo Agbossou Kodjo Agbossou, professeur et directeur de l’École d’ingénierie de l’UQTR (au milieu), avec la représentante de l’AUF, Virginie Mesguich, et le directeur du Bureau de l’international et du recrutement, Sylvain Benoit

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche avril 2016

En 2014, l’Université du Québec à Trois-Rivières s’est vu octroyer une enveloppe d’environ 450 000 $ par l’Agence universitaire de la Francophonie dans le cadre du programme des Grandes initiatives de recherche, d’animation et de formation pour un projet au Sénégal nommé Technologies d’énergie renouvelable pour l’amélioration de la production agricole.

C’est le but ultime de ce projet. Améliorer les rendements agricoles et, par là même, réduire la pauvreté en milieu rural grâce à l’apport et à l’utilisation d’énergies vertes telles que l’énergie éolienne et l’énergie solaire. Pourquoi le Sénégal ? Parce que depuis plusieurs années l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) entretient des partenariats de recherche avec certaines universités du pays, dont une, particulièrement, l’Université Gaston Berger située à Saint-Louis. Cette université possède une ferme agricole d’une trentaine d’hectares ayant servi de modèle grandeur nature dès la mise en branle du projet. Des tests de plantations ont ainsi été effectués, hors saison ou selon des variables climatiques, en conditions réelles.

« Nous voulions notamment développer l’expertise du pompage d’eau, ainsi que le principe d’alimentation au goutte-à-goutte qui permet d’arroser en tout temps les plantations de cette ferme pilote », précise le porteur de projet pour la partie Québec, Kodjo Agbossou, professeur et directeur de l’École d’ingénierie de l’UQTR. Car les régions du Sahel connaissent une forte déforestation et une importante diminution de leur pluviométrie depuis les années 1970, conséquence entre autres des déboisements intensifs. À quel moment je stocke l’eau, à quel moment j’arrose mes plantations, à quel moment je ne fais rien car l’humidité ambiante suffit, etc. Tout ce processus se met en oeuvre dès que l’on parvient à utiliser l’excédent d’énergie solaire pour pomper de l’eau — en fait, on stocke cette énergie sous forme d’eau — en vue d’une production réfléchie et maîtrisée.

Grâce à un système peu onéreux développé à l’UQTR, le projet, qui a débuté en 2014, est aujourd’hui arrivé à la phase dite d’intégration des modules. C’est-à-dire qu’il faut maintenant réussir à instaurer une bonne gestion de la production d’énergie renouvelable pour les besoins d’une ferme agricole. Car l’une des principales difficultés reste la logistique entre les différents partenaires, notamment parvenir à boucler les choses dans les temps impartis. Or, les contextes d’un pays à l’autre peuvent être très différents. « Par contre, nous n’avons pas eu à relever de défis scientifiques. Seules quelques adaptations technologiques ont été apportées », confirme son responsable, M. Agbossou. Quant au transfert d’expertise, il s’est notamment réglé avec la venue l’été dernier d’un enseignant et doctorant de l’École supérieure polytechnique de l’Université Cheikh Anta Diop à Dakar, l’autre partenaire universitaire sénégalais du projet. Le doctorant, Oumar Cissé, devrait d’ailleurs revenir cet été au Québec.

Même si le modèle de ferme agricole reste pour le moment dans le giron universitaire, sur le campus de Saint-Louis, il est prévu d’organiser des forums de sensibilisation auprès des gens du milieu (agriculteurs, coopératives agricoles, organismes soutenant le secteur agricole, ONG…) afin de pouvoir l’intégrer ailleurs au Sénégal. Ce projet se termine officiellement en 2017, mais un microprojet est déjà prévu pour prendre la relève — sous réserve de financement. « Si l’énergie est là, nous pouvons penser à la mise en place d’un certain nombre d’outils supplémentaires », explique Kodjo Agbossou. Par exemple, pour conserver les produits agricoles et maraîchers, les transformer pour les besoins locaux. Sans oublier d’autres produits alimentaires comme ceux issus de la pêche, une activité économique majeure au Sénégal.

Mais avant de se lancer dans une suite, une extension du projet, encore faut-il parvenir à boucler la phase d’intégration. À savoir la vulgariser (transmettre les connaissances auprès des populations cibles) et la chiffrer (combien ça coûte ?). Les partenaires locaux doivent de leur côté manifester un intérêt réel pour que le projet bascule dans la sphère publique. Et puis il y a le financement. Crucial. « Une partie du projet est liée au fait qu’on doit trouver un partenaire financier. Ce qu’on n’a pas trouvé pour l’instant et qui compromet l’aboutissement complet du projet. Nous en sommes précisément là avec mon coresponsable, Mamadou Lamine Doumbia, professeur au Département de génie électrique et génie informatique de l’UQTR », précise M. Agbossou. Ce partenaire local, capable et désireux d’injecter de l’argent dans un tel projet, pouvant être privé.

Une fois le financement réglé, le transfert de technologies d’énergie renouvelable pour l’amélioration de la production agricole pourra être ainsi dupliqué à plusieurs endroits. Car la zone subsaharienne est vaste (une cinquantaine de pays), avec des régions qui partagent la même réalité agricole, c’est-à-dire qui sont dépendantes des précipitations et du pétrole. Grâce aux énergies renouvelables d’origine solaire et éolienne, le rendement des récoltes sera amélioré. « Le système d’électrification et de régulation de périodes d’utilisation de l’eau de pompage peut être commercialisé. Cela devient un gain mutuel pour les partenaires sénégalais et pour l’UQTR », se réjouit Kodjo Agbossou.

Selon le professeur-chercheur et directeur de l’École d’ingénierie de l’UQTR, voir une approche globale se concrétiser sur le terrain dans le cadre d’un projet d’énergies vertes pour des applications agricoles est relativement inédit. Car souvent, dans beaucoup de pays, les projets se réalisent dans un contexte de coopération internationale. Par exemple, des ONG viennent installer des panneaux solaires ou des lampadaires. « Le projet de technologies d’énergie renouvelable pour l’amélioration de la production agricole est un beau défi universitaire, car il demande une certaine synergie entre les différentes universités partenaires dans le but d’un transfert de connaissances. Bien sûr, il y a toujours l’argent qui reste le nerf de la guerre, mais ce n’est pas le but », confie M. Agbossou.

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