Kirsty Duncan promet la fin de l’ingérence d’Ottawa

La ministre Kirsty Duncan, applaudie par ses collègues libéraux en décembre dernier
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne La ministre Kirsty Duncan, applaudie par ses collègues libéraux en décembre dernier

L’avenir s’annonce franchement meilleur pour les chercheurs et les scientifiques canadiens. Non seulement la recherche fondamentale et les changements climatiques redeviennent des priorités pour le gouvernement fédéral, mais la ministre fédérale des Sciences, Kirsty Duncan, s’interdit toute ingérence dans les politiques des trois agences de financement qui ont dû favoriser les projets de recherche plus ciblée au détriment de la recherche fondamentale sous l’ère des conservateurs. En entrevue au Devoir, la ministre a affirmé qu’Ottawa procédera prochainement à une révision du soutien financier que le gouvernement fédéral consent à la science et à l’innovation dans un souci d’appuyer plus efficacement la recherche.

Selon la ministre, la volonté du gouvernement de financer davantage la recherche fondamentale s’est déjà manifestée dans le premier budget de son gouvernement. « Le budget de la semaine dernière incluait la plus grande augmentation [du financement] consentie aux agences fédérales de financement depuis dix ans », a-t-elle rappelé avant d’ajouter qu’elle a reçu du premier ministre « le mandat de renforcer la recherche fondamentale et de s’assurer que les investissements actuels et futurs répondent bien aux besoins des chercheurs ».

En entrevue, la ministre s’est engagée à redonner aux agences de financement — les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et le Conseil de la recherche en sciences humaines (CRSH) — leur complète indépendance et à ne pas les forcer à subventionner des secteurs particuliers ou des recherches plus appliquées.

« Les chercheurs sentaient l’ingérence du gouvernement précédent, et ils avaient l’impression qu’on ne financerait leur projet que s’il impliquait une application commerciale », explique-t-elle. Et cette impression était probablement juste, car à partir de 2006, 9 % du budget du CRSH étaient attribué sous forme de subventions conditionnelles à l’engagement d’un partenaire privé. Ces subventions conditionnelles ne sont accordées qu’aux chercheurs qui se sont associés à une entreprise qui financera une partie de leur projet. En 2015-2016, 37 % du budget du CRSH était consacré aux subventions conditionnelles.

« Les 95 millions que nous venons d’accorder aux agences de financement ne sont soumis à aucune condition et visent à financer la recherche fondamentale [qui a écopé de cette politique] », a précisé la ministre Duncan tout en soulignant que son gouvernement désire favoriser « le continuum entre la découverte, issue de la recherche fondamentale, et la commercialisation de cette découverte ».

Changements climatiques

« Les changements climatiques sont également une priorité pour notre gouvernement. La preuve : le premier ministre et Mme McKenna [la ministre de l’Environnement et du Changement climatique] ont assisté à la COP21. De plus, une partie de mon mandat est d’étudier l’impact des changements climatiques sur l’écosystème marin de l’Arctique », a souligné la ministre des Sciences.

En matière d’aide apportée à ce secteur de recherche qui a été malmené par les conservateurs, seule la création de deux chaires d’excellence en recherche du Canada sur les technologies propres et durables d’une valeur de 10 millions chacune sur sept ans a été annoncée pour le moment. La ministre des Sciences confirme qu’elle préservera les « programmes actuels de financement » des recherches portant sur l’environnement et le climat, mais elle ne peut s’avancer davantage. Elle s’en remet à sa collègue Catherine McKenna et nous invite à discuter avec cette dernière.

Mme Duncan signale par ailleurs que son gouvernement entreprendra sous peu un examen du financement que le fédéral accorde aux sciences et à l’innovation. Du même souffle, elle veut rassurer les chercheurs qui pourraient s’inquiéter d’une telle démarche : « Le précédent gouvernement parlait de “rationalisation efficace”, une expression qui concrètement faisait référence à des coupes. Ce n’est pas avec de telles intentions que nous effectuerons une révision du financement. Nous voulons plutôt nous assurer que le financement actuel répond aux besoins de la communauté des chercheurs et que notre investissement est optimal, et s’il ne l’est pas, nous apporterons des changements aux programmes de recherche actuels. Par exemple, nous voulons nous assurer que l’équilibre entre les investissements à la recherche menée par les chercheurs et ceux dédiés aux infrastructures de recherche est adéquat », a indiqué la ministre, qui n’a pu nous préciser pour l’instant comment et sous quelle forme s’effectuera cette révision.

La ministre prévoit néanmoins de préserver les programmes de la Fondation canadienne à l’innovation (FCI) ainsi que celui des chaires de recherche du Canada, car il s’agit de « deux excellentes initiatives qui aident à réduire le fuite des cerveaux que le Canada veut freiner ».

Détentrice d’un doctorat en géographie, Kirsty Duncan défendra une communauté qu’elle connaît bien puisqu’elle a enseigné la météorologie, la climatologie et les changements climatiques à l’Université de Windsor, en Ontario, a été membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en 2007 et a effectué des recherches sur la santé à l’Université de Toronto, avant d’être élue députée de la circonscription torontoise d’Etobicoke-Nord.

« Promouvoir la science et la technologie auprès des jeunes et du public est une grande priorité pour moi », déclare la ministre, qui veut prendre le temps d’examiner les différents moyens de nourrir la curiosité des jeunes pour la science et de développer leurs compétences afin qu’ils soient de plus en plus nombreux à envisager une carrière scientifique.