La science doit-elle combattre l’extrémisme?

Donald Trump
Photo: Ralph Freso / Getty Images / Agence France-Presse Donald Trump

Marine Le Pen, Donald Trump et tous ces politiciens populistes ou extrémistes qui profitent d’une crise des migrants pour gagner des points : et si les chercheurs étaient (en partie) à blâmer pour s’être mis la tête dans le sable trop longtemps ?

C’est la théorie provocante que défend l’auteur britannique Colin Macilwain dans un texte d’opinion paru le 16 mars dans Nature. Colin Macilwain tient dans Nature une chronique « science et politique », et il n’est pas étranger aux textes très critiques sur les accointances douteuses entre la recherche et la finance.

Ces derniers mois, il a beaucoup été dit et écrit que la montée de Donald Trump révélait l’existence d’un immense groupe de citoyens désabusés de la politique et des promesses économiques fallacieuses ; ces gens jugent, non sans raison, que « l’élite » les a laissés tomber. Or, rappelle Macilwain, l’élite, ce sont aussi les scientifiques. « Les scientifiques d’expérience sont inextricablement liés à l’establishment politique du libre marché qui avait tendance à dominer, mais qui est à présent en train de perdre l’appui du public. »

Il est plus sévère deux paragraphes plus loin lorsqu’il pointe les chefs de file de la communauté scientifique : « Ils ont été heureux d’accepter l’autocratie de la politique et de la finance, tel le président du Conseil de recherche européen, faisant acte de présence à la rencontre annuelle des gens d’affaires de Davos en Suisse, espérant ramasser des miettes de la table des riches. »

Lointaine crise financière de 2008...

Il semble voir un modèle d’engagement social plus prometteur dans les associations qui osent critiquer le pouvoir, comme l’Union of Concerned Scientists (UCS) ou la Federation of American Scientists. L’UCS propose par exemple en ce moment à ses membres une série d’actions, sur la fracturation hydraulique, les dépenses électorales des grandes compagnies ou le droit de parole des scientifiques du gouvernement. Mais l’influence de ces groupes, déplore Macilwain, est limitée. Pendant ce temps, « au sommet, il y a paralysie : les grandes organisations scientifiques font peu, sinon traquer l’argent et renforcer le noeud dirigeant de la politique et de la finance » — et les leçons de la crise financière de 2008 semblent bien lointaines.

S’il fallait que la société occidentale se dirige vers un effondrement comme le craignent les plus pessimistes, les élites financières et politiques en porteraient largement le blâme. Mais le blâme s’étendrait à d’autres groupes, qui avaient le pouvoir de limiter les dégâts et ont plutôt, juge Macilwain, « observé tandis que la démocratie se dirigeait vers le précipice ».

5 commentaires
  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 26 mars 2016 08 h 11

    UN CHERCHEUR SÉRIEUX ?

    Outre le fait que le titre de l'article "La science doit-elle combattre l'extrêmisme ? " cherche visiblement le "scoop" en confondant volontairement la science avec les scientifiques et leurs organisations, on est en droit de se demander son bien fondé. En effet quand on lit " « Les scientifiques d’expérience sont inextricablement liés à l’establishment politique du libre marché qui avait tendance à dominer, mais qui est à présent en train de perdre l’appui du public. » on peut de poser de simples questions comme : -comment "l'establihment politique du libre marché" peut-il avoir tendance à dominer alors qu'il domine outrageusement ?
    - où ce chercheur a-t-il vu que le public a déjà eu le choix ou la possibilité de donner son appui à "l'establihment politique du libre marché" ?

    D'ailleurs dans son dernier paragraphe et avec ce type "d'analyse" (!?) on peut se demander si nous ne sommes pas à blâmer nous aussi !
    Pierre Leyraud

    • Jean-François Trottier - Abonné 26 mars 2016 10 h 11

      En effet, l'auteur de cet article essaie de "faire neutre" en posant quelques jalons régulièrement utilisés par la presse pour sembler rester dans un "sain" quant-à-soi.

      Pas joli joli.

      Et c'est ici que le bât blesse: comment un journaliste, de ceux qui ont moussé la candidature de Trump en lui accordant tant d'espace (ici encore), peut-il viser les autres sur des arguments peut-être sensés mais très mal utilisés parce qu'épointés, alors que sa caste réussit élection après élection à laisser toute la place a ce qu'elle sait être des mensonges éhontés sans même réagir.

      Au Québec, on le vit depuis bien trop longtemps. La premi;ere campagne victorieuse de Charest a eu comme pierre d'assise plusieurs mensonges débités sur un beau ton... et c'était patent imm.diatement, pas besoin d'attendre deux ans!

      Et Couillard, lui, ment plus qu'il respire! Et pourtant, les journalistes....

      Y a des coups de pied au m'as-tu-vu qui se perdent.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 26 mars 2016 12 h 23

    De notre côté dela frontière...

    Notre cher gouvernement libéral provincial ouvre tout grand la porte à ce financement insidieux des compagnies aux facultés universitaires, à partir du moment où les compagnies financent les recherches des étudiants la pression est fort pour biaiser les résultats réels. C'était un des grands enjeux de la grève étudiante de 2012, outre la hausse des frais de scolarité. L'ère Harper a aussi ouvert la porte toute grande aux biais de la science, se fiant à des études financées par les entreprises elles-mêmes et leurs propres chercheurs. Il y a bien sûr l'intégrité des scientifiques et leur conscience sociale qui est un point difficile à mesurer.

  • Denis Paquette - Abonné 27 mars 2016 12 h 20

    Amen

    Peut etre faudrait-il par savoir ce qui se passe, c'est le monde qui est en crise, j'ai bien peur que nous assisterons surtout a des luttes de dogmatiques, si depuis le Moye-Age nous avons pas réussis a nous en sortir, j'ai bien peur que tous nos efforts soient voués a l'échec, n'est il pas connu a ce propos que tous les dogmes se valent

  • Alain Massicotte - Abonné 27 mars 2016 21 h 02

    La science doit t-elle combattre l'estrémisme ?

    La réponse est oui, mais aussi nos hommes et femmes nos Élites qui ne sont pas des politiciens tel Albert Jacquart ,les PHILOSOPHES et toutes ces personnes qui sont au dessu de tout soupçon ; on n'entend pas leur voix pourtant ils ont été souvent nos phares dans des périodes troubles de l'humanité ???????????????????? Alain Massicotte