Vers une fusion de l'homme et de la machine

Vous marchez dans la rue en cherchant le restaurant où votre douce moitié vous attend. Quelques touches enfoncées sur votre bracelet-ordinateur, branché en permanence sur Internet grâce au superréseau, et une image du trajet est projetée sur les l
Photo: Vous marchez dans la rue en cherchant le restaurant où votre douce moitié vous attend. Quelques touches enfoncées sur votre bracelet-ordinateur, branché en permanence sur Internet grâce au superréseau, et une image du trajet est projetée sur les l

On le traiterait de fou s'il n'était pas bardé de diplômes, de récompenses et si cette aura de prestige dont jouissent les visionnaires ne l'auréolait pas depuis des années. Ray Kurzweil, véritable gourou américain des nouvelles technologies, futurologue, inventeur et chercheur émérite, prévoit «la fusion de l'homme et de la machine» dans les décennies à venir. Rien de moins.

Ray Kurzweil était à moitié présent, à Montréal hier, pour livrer sa vision du futur. À moitié? Une conférence de l'homme qui, en 1990, avait prédit l'avènement d'Internet, des armes «intelligentes» et des ordinateurs qui battraient l'homme aux échecs ne pouvait pas être banale. Il y avait la voix, les gestes, le corps... mais pas l'odeur, puisque c'est sous la forme d'un hologramme, grandeur nature et projeté en temps réel, que Ray Kurzweil a fait état de quelques-unes de ses prédictions en direct de son bureau de Boston.

Sa vision du monde de demain, qu'il détaille dans son nouveau livre, The Age Of Spiritual Machines, prévoit une fusion plus consommée que jamais entre l'homme et la technologie. «La frontière entre la biologie et les machines tend à s'estomper», a-t-il prévenu dans le cadre de l'événement La Boule de cristal du Centre de recherche en informatique de Montréal (CRIM), qui se tient jusqu'à aujourd'hui au Palais des congrès.

Dans six ans?

Il a 65 ans, une crédibilité bétonnée, et il ne verra probablement pas tout ce qu'il prédit. Peu importe. Sa pensée, qui donne froid dans le dos par moments, se présente comme un mélange d'analyse et d'extrapolation. Il ne s'est pas trompé souvent, et il nous prévient: si vous pensez que les 20 dernières années ont permis de voir des avancées technologiques importantes, vous n'avez encore rien vu.

D'ici 2010, la miniaturisation aura envahi le domaine informatique au point où les ordinateurs comme nous les connaissons aujourd'hui auront l'air de dinosaures. «L'ordinateur se portera au bracelet, dans un collier ou dans les vêtements, pense-t-il. L'écran sera remplacé par des projections sur les lentilles des lunettes ou même sur les lentilles cornéennes. Il sera possible de recevoir de l'information en temps réel par Internet tout en se déplaçant dans la rue.»

Pour permettre ces avancées, Internet devra avoir pris du galon. 2010 marquera donc le début de l'ère du super réseau Internet haute vitesse. Partout, grâce à la collaboration des secteurs privé et public, des bornes informatiques permettront à chacun d'être connecté sans arrêt à la Toile avec une efficacité redoutable. Un exemple: vous marchez dans la rue en cherchant le restaurant où votre douce moitié vous attend. Quelques touches enfoncées sur votre bracelet-ordinateur, branché en permanence sur Internet grâce au super réseau, et une image du trajet est projetée sur les lentilles de vos lunettes. Le tour est joué... et l'époque des fils encombrants sous le bureau de l'ordinateur n'aura jamais semblé si éloignée!

Dans moins de six ans, Ray Kurzweil prédit aussi que des conférences-événements comme celle d'hier, avec projection d'un hologramme en temps réel, seront monnaie courante. Des chefs d'entreprise et des politiciens gagneront un temps précieux (et de l'argent) en s'adressant à des interlocuteurs à l'autre bout de la planète, le tout grandeur nature. Déjà, l'inventeur de la machine utilisée au Palais des congrès hier, Duffie White, en a installé une centaine à travers la planète pour diverses entreprises et institutions.

2020: les minirobots à l'assaut du corps humain

Les nanotechnologies, un domaine qui représente déjà un vaste champ de recherche au Canada et aux États-Unis, seront bien intégrées à notre vie en 2020, selon Ray Kurzweil. Des minirobots «de la taille d'un atome» seront notamment envoyés dans le corps pour débloquer des artères, combattre des maladies ou empêcher le développement d'un problème de santé.

Ces technologies devenant de mieux en mieux maîtrisées, l'homme utilisera la science de l'infiniment petit pour élever son intelligence d'un cran, soutient Ray Kurzweil. «À l'heure actuelle, nous sommes limités dans le développement de notre cerveau, dit-il. Une des applications les plus importantes des nanotechnologies sera de multiplier l'intelligence humaine en fusionnant le biologique et la technologie.»

Vers 2030, puisque «le plan de fonctionnement du cerveau humain sera connu», l'homme pourra donc insérer des millions de puces dans une tête, améliorant du même coup les connexions entre les neurones et multipliant ainsi les possibilités et la vitesse de fonctionnement du cerveau. L'ère de l'intelligence artificielle sera lancée. Des machines pourront dès lors assister l'humain, qui fera appel à cette forme d'aide de la part du «non-biologique». La machine aura «la vitesse, la mémoire et la flexibilité du cerveau humain».

Les réflexions de Ray Kurzweil ne passent jamais inaperçues. Honoré par trois présidents américains, il a notamment reçu la Médaille de la technologie en 1999, la plus haute distinction américaine dans ce domaine. Depuis la parution, en 1990, de son livre-culte, The Age Of Intelligent Machines, où il prévoyait entre autres la popularité qu'aurait Internet, il collectionne les doctorats honorifiques.

En 2002, il a été intronisé au Temple de la renommée des inventeurs. Parmi ses créations, on compte le premier logiciel de reconnaissance des caractères, toujours commercialisé aujourd'hui sous le nom de ScanSoft. Il a aussi mis au monde la Kurzweil Reading Machine, un appareil de lecture destiné aux non-voyants, qui utilise un scanner optique pour combiner le texte et la voix.

Selon le gourou, ce qui rendra possibles ces bonds de géant, c'est le fait que le progrès se nourrit de lui-même. «Les 25 prochaines années seront l'équivalent de 100 ans de développement avec les critères d'aujourd'hui car la vitesse d'innovation est exponentielle», soutient Ray Kurzweil. Rendez-vous dans 25 ans pour vérifier.
1 commentaire
  • Patrick Lyonnais - Inscrit 5 février 2004 07 h 54

    Précision

    Le livre en question a paru chez Viking Penguin en... 1999.