Les TIC ont survécu à l'éclatement de la bulle techno

L'éclatement de la bulle technologique en 2001 a sans aucun doute infligé une cure d'amaigrissement aux entreprises en technologie de l'information et des communications (TIC) au Québec, mais moins que prévu. Ce secteur est toujours le plus gros employeur à Montréal et les années qui viennent sont prometteuses, selon Réal Gauthier, consultant en TIC, qui utilisait hier une toute nouvelle compilation de données fournie par Montréal International.

En incluant le secteur privé (95 700 employés), les centres en arts numériques (900), les travailleurs autonomes (7700) et les chercheurs universitaires (4500), la région de Montréal compte présentement 108 500 travailleurs en TIC.

«C'est le secteur qui emploie le plus de personnes à Montréal, soit plus que l'aérospatiale, l'industrie pharmaceutique et les biotechnologies mises ensemble. Près d'un revenu familial sur cinq ou six à Montréal dépend des TIC, a expliqué Réal Gauthier lors de sa conférence prononcée dans le cadre de La Boule de cristal du Centre de recherche en informatique de Montréal (CRIM). Ce secteur est un énorme créateur de prospérité, d'emplois chez les jeunes, et il utilise des gens plus scolarisés avec de plus hauts salaires.»

Montréal relativement épargnée

Les pertes d'emplois depuis 2001 se situeraient donc entre 1500 et 4000 travailleurs à Montréal. Toronto, Ottawa et Vancouver ont écopé bien davantage à ce chapitre, perdant ensemble près de 70 000 postes. «Ottawa et Vancouver sont très impliqués dans les télécommunications et c'est le secteur qui a connu la baisse d'effectifs la plus importante», souligne Charles Bourgeois, vice-président responsable des technologies de l'information et des communications chez Montréal International.

Nortel, qui utilise Ottawa comme base pour sa recherche et développement, a aboli près de 10 000 postes dans cette région depuis trois ans. JDS, qui employait 9000 personnes en 2000, met à l'oeuvre uniquement 900 travailleurs aujourd'hui. Et les exemples se multiplient d'un bout à l'autre du pays.

Grande diversité d'emplois

Ce qui a aidé Montréal à s'en sortir sans trop de mal, c'est la «grande diversité» des entreprises en TIC présentes sur son sol. «Ici, on a tous les secteurs, ça fait la différence, souligne Charles Bourgeois. Par exemple, on a su profiter de la montée de CGI et de l'impartition.»

Les emplois en TIC sont effectivement bien répartis dans la métropole, selon les chiffres de décembre 2003 fournis par Montréal International. Le secteur de la fabrication compte 230 entreprises pour 20 800 employés. Celui des logiciels emploie 19 100 personnes dispersées dans 905 compagnies. Les services informatiques, avec CGI en tête, font pour leur part travailler 20 450 professionnels. Malgré la chute brutale de Nortel, 19 900 travailleurs, dans 265 industries, oeuvrent dans les télécommunications. Les services numériques interactifs, où «Montréal est particulièrement bien positionné pour l'avenir», selon Réal Gauthier, comptent 6050 employés répartis dans 240 entreprises. Reste l'audiovisuel et le son numérique, où 9400 personnes travaillent dans 130 compagnies.

En 2002, Montréal se classait au 11e rang nord-américain pour le nombre d'employés en technologie. Il faudra attendre les résultats complets de l'étude de Montréal International, prévus en mars, pour voir quelle place la métropole occupe désormais.

L'agglomération de Québec abrite quant à elle 13 500 ouvriers en TIC dans 455 entreprises ou institutions, ce qui en fait de loin la deuxième place forte de la province. À deux, Montréal et la Vieille Capitale regroupent 85 % de l'industrie des TIC au Québec. Les 17 400 autres employés en TIC dans la province sont dispersés dans 360 entreprises, notamment à Bromont, où IBM emploie 4000 personnes. En décembre 2003, près de 140 000 personnes oeuvraient en TIC dans la province, soit 23,9 % des emplois canadiens du secteur, si l'on utilise les chiffres de Statistique Canada qui datent de 2002.

Le retour des beaux jours, mais...

L'ambiance était d'ailleurs très bonne au congrès du CRIM. Les nuages gris qui flottent au-dessus des TIC depuis trois ans semblent se dissiper lentement. «On ne revivra jamais la folie de la fin des années 90, mais je suis plutôt optimiste, a confié Charles Bourgeois au Devoir. Le temps morose tire à sa fin. On voit des entreprises comme Bell ou Verizon qui investissent dans les nouvelles technologies comme l'Internet Protocol (IP), c'est de bon augure.»

La province doit par contre ajuster certaines choses pour rester compétitive. C'est que, malgré la croissance des TIC au Québec entre 1991 et 2002, la part des exportations québécoises dans l'ensemble canadien a fléchi durant cette période, montrant sans équivoque que la progression a été plus forte ailleurs au Canada. En 2002, la part du Québec dans les exportations canadiennes en TIC était de 42 %, soit une chute de 23 % sur 1991. Pour retrouver notre place, il faut donc bouger, soutiennent Réal Gauthier et Charles Bourgeois.

En haut de la liste des priorités: regrouper le milieu. Les entreprises, les gouvernements, les institutions et les firmes de capital de risque «oeuvrent trop souvent en silo». Il faut plus de coopération pour développer des stratégies de croissance cohérentes, pense Charles Bourgeois. D'ailleurs, Montréal International a annoncé hier qu'elle allait travailler dans les prochains mois à la création d'un comité pour les TIC, un peu à l'image de celui qui a vu le jour dans les industries pharmaceutique et biotechnologique.

Il faut également augmenter le nombre de diplômés universitaires de haut niveau. Les chiffres du ministère de l'Éducation font état d'à peine 61 diplômés au doctorat en TIC au Québec en 2002. Ce problème de rareté ne se pose toutefois pas pour les niveaux inférieurs, alors que près de 11 000 étudiants suivent actuellement une formation en TIC dans la province.
1 commentaire
  • Serge Brosseau - Abonné 5 février 2004 12 h 43

    À quelles exportatopns fait-on référence?

    Cet article parle de la part du Québec dans les exportations reliées au TIC. J'aimerais comprendre de quelles exportations il s'agit. Je vois plutôt les TIC comme un secteur intellectuel de services. Peut-on m'expliquer?