Les risques pour la fertilité diffèrent selon le genre

La chimiothérapie administrée aux enfants atteints de cancer compromet beaucoup moins la fertilité des filles que celle des garçons, indique une étude publiée mardi dans The Lancet Oncology.

Étant donné qu’aujourd’hui plus de 80 % des enfants frappés par le cancer y survivent, des efforts ont été faits pour réduire les effets néfastes des traitements anticancéreux sur la fertilité future de ces jeunes patients. La radiothérapie a ainsi été réduite au profit d’une chimiothérapie plus intensive. Eric Chow, du Fred Hutchinson Cancer Research Center à Seattle, et ses collègues ont voulu connaître l’impact des médicaments utilisés en chimiothérapie sur l’aptitude des survivants du cancer à donner naissance à des enfants. Pour ce faire, ils ont analysé les données recueillies par la Childhood Cancer Survivor Study Cohort sur 11 000 survivants d’un cancer survenu avant l’âge de 21 ans et ayant été traités par chimiothérapie dans 1 des 27 établissements hospitaliers des États-Unis et du Canada pris en compte. La fertilité de ces survivants a été comparée à celle de 4000 frères ou soeurs de ces mêmes patients.

Il est ainsi apparu que 70 % des survivantes d’un cancer infantile ont mené à bien une grossesse à terme avant l’âge de 45 ans, contre 80 % de leurs soeurs ou frères. Par contre, seulement 50 % des hommes ayant survécu à un cancer en bas âge ont eu une progéniture, contre 80 % de leur fratrie. Ce sont principalement les femmes ayant reçu du busulfan ou de hautes doses de lomustine qui ont été moins nombreuses à donner naissance. De plus, la probabilité de concevoir un enfant après l’âge de 30 ans était moindre chez les femmes ayant subi une chimiothérapie que chez leur fratrie, et ce, probablement parce que « l’exposition à une chimiothérapie accélère l’épuisement de la réserve d’ovocytes », dont le nombre est déterminé à la naissance, et « provoque du coup une ménopause précoce ». Les survivants mâles étaient quant à eux particulièrement sensibles aux agents alkylants (cyclophosphamide, ifosfamide, procarbazine), ainsi qu’au cisplatin, des médicaments couramment employés en chimiothérapie et qui, selon certaines études, peuvent diminuer le nombre et la qualité des spermatozoïdes, ainsi que le volume des testicules. Or, l’étude du Lancet a montré que l’aptitude à procréer des hommes diminuait à mesure qu’augmentait la dose à laquelle ils avaient été exposés durant leur chimiothérapie.

Même si ces résultats sont encourageants pour les femmes qui ont subi une chimiothérapie, M. Chow souligne l’importance de discuter avec les jeunes patients postpubères et leur famille de la cryoconservation des cellules reproductrices (congélation du sperme ou vitrification d’ovocytes) qui permet d’assurer la possibilité d’enfanter à l’âge adulte. Bien que la démarche soit simple pour les hommes, elle est toutefois beaucoup plus invasive, complexe et longue pour les jeunes filles, et pour cette dernière raison, les médecins insistent sur l’importance de pouvoir déceler les patientes qui sont le plus à risque afin d’éviter de soumettre celles qui le sont moins à de telles procédures.

3 commentaires
  • Diane Guilbault - Abonnée 23 mars 2016 07 h 42

    Genre ou sexe?

    La lecture de l'article démontre clairement que les effets de la chimiothérapie sont différents selon le sexe. Le genre fait référence à la construction « sociale, historique, sociologique et culturelle de ce qu’est (ou devrait être) une femme ou un homme, le féminin ou le masculin » (Borghino, 2003). Utilisé dans le sens de sexe, le genre est un vilain anglicisme.

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 mars 2016 09 h 42

      En effet.

  • Charlotte Thibault - Abonnée 23 mars 2016 09 h 16

    genre ou sexe ?

    Entièrement d'accord avec Madame Guilbault, on parle ici de sexe et non de genre.