Le lien entre le virus Zika et la microcéphalie se précise

De nouvelles preuves d’une association entre le virus Zika et la microcéphalie sont publiées dans la dernière édition de la revue The Lancet. Les données de cette nouvelle étude ont permis d’estimer que sur 100 femmes infectées par le virus Zika durant le premier trimestre de leur grossesse, une femme donnera naissance à un enfant atteint de microcéphalie, une affection caractérisée par un cerveau de taille réduite et une déficience intellectuelle.

Pour en arriver à une telle estimation, Simon Cauchemez et Arnaud Fontanet, de l’Institut Pasteur à Paris, se sont basés sur les données recueillies lors d’une épidémie d’infections au Zika survenue en Polynésie française d’octobre 2013 à avril 2014. Durant cette épidémie, plus de 31 000 personnes ont consulté leur médecin parce qu’elles croyaient être infectées par le virus, et huit bébés atteints de microcéphalie sont nés de femmes infectées par le virus. Les modèles mathématiques et statistiques que les chercheurs ont employés pour estimer le risque de microcéphalie induit par le virus Zika ont montré que ce risque était le plus élevé durant le premier trimestre de la grossesse, ce qui concorde avec ce qui est actuellement observé en Amérique du Sud.

En temps normal, environ 2 bébés sur 10 000 naissent avec une microcéphalie en Europe et au Brésil, et le plus souvent en raison d’une anomalie génétique ou d’un facteur environnemental, tel qu’une infection virale prénatale (comme la rubéole ou l’herpès), la consommation d’alcool par la mère ou l’hypertension. L’infection au virus Zika élève ce risque à 15 femmes infectées durant le premier trimestre de leur grossesse sur 10 000 — ou plus simplement une femme sur 100 — qui donneront naissance à un enfant microcéphale. « Le fait que le risque de microcéphalie soit le plus élevé lors du premier trimestre de grossesse est biologiquement plausible étant donné la chronologie du développement du cerveau et le type et la sévérité des anomalies neurologiques en présence », a commenté Laura Rodrigues, de la London School of Hygiene Tropical Medicine au Royaume-Uni, dans le même numéro de The Lancet.

« De plus amples recherches seront nécessaires pour comprendre comment le virus Zika cause la microcéphalie. Néanmoins, nos résultats soulignent la pertinence des recommandations formulées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui invite les femmes enceintes à se protéger des piqûres de moustiques », souligne pour sa part M. Fontanet, coauteur de l’étude.