Lascaux comme si on y était

Les dessins de Lascaux sont reproduits dans le nouveau «musée» qui ouvrira à la fin de l’année.
Photo: Mehdi Fedouach Agence France-Presse Les dessins de Lascaux sont reproduits dans le nouveau «musée» qui ouvrira à la fin de l’année.

Le projet de plus de 83 millions de dollars qui reproduira l’intégralité des peintures rupestres de la grotte de Lascaux, et notamment son unique représentation d’un être humain, ouvrira ses portes en décembre.

La première a commencé sa carrière il y a 18 000 ans environ ; la deuxième a ouvert ses portes en 1983 ; la troisième se balade à travers le monde depuis 2008 ; la quatrième accueillera son premier visiteur le 15 décembre 2016. Lascaux, c’est une sacrée histoire qui se décline aujourd’hui en quatre grottes, les trois dernières exhibant les fresques multimillénaires aux touristes que la première ne peut plus accueillir. Le dernier fac-similé en date sera le plus fidèle à la grotte originale et ses promoteurs ont annoncé cette semaine qu’il sera prêt pour Noël.

Une reproduction grandeur nature de la célèbre grotte avait pourtant déjà vu le jour dans les années 80, pour pallier la fermeture de Lascaux en 1963. Les masses de touristes affluant à l’époque avaient surchargé l’air en dioxyde de carbone, réchauffé l’air ambiant et fragilisé les parois : algues, calcite et champignons (aujourd’hui maîtrisés) proliféraient dangereusement sur les murs, contraignant le ministre de la Culture d’alors, André Malraux, à en interdire l’accès.

Photo: Mehdi Fedouach Agence France-Presse Les reproductions des peintures avant leur transport

Les travaux ont commencé peu après pour reconstituer deux galeries de la grotte de Lascaux à 200 mètres de l’originale : la salle des Taureaux et le Diverticule axial, qui contiennent 90 % des peintures de Lascaux. Le site a accueilli 10 millions de visiteurs depuis son ouverture, à un rythme actuel d’environ 250 000 personnes par an. Mais il vieillit, s’abîme, et reste terriblement incomplet.

La reproduction de plusieurs panneaux de la nef de Lascaux et du puits, absents de Lascaux 2, est alors commandée à un atelier de plasticiens, installée en Dordogne en 2009, puis voyage en tant qu’exposition itinérante. Les faux pans de murs sont visibles à Bordeaux, Chicago, Montréal, Versailles, Paris, Genève… Cette année, ils passeront encore par la Corée du Sud et le Japon.

Dans les conditions du réel

C’est en décembre 2016 qu’ouvrira Lascaux 4, un projet de plus de 83 millions rassemblant au même endroit et sur le lieu d’origine (à 1,5 kilomètre de la vraie grotte) les galeries de Lascaux 2 et les pans de Lascaux 3. Il deviendra enfin possible d’admirer dans des conditions imitant le réel, dans des couloirs sombres et humides, la fameuse peinture dite « la scène du puits », représentant un homme à tête d’oiseau semblant tomber face à un bison. C’est la seule reproduction d’un être humain dans toute la grotte de Lascaux.

Le site présentera également une maquette de la grotte de Lascaux pour comprendre son organisation spatiale, des expositions sur la conservation de la grotte et des expériences de visite virtuelle avec des lunettes 3D, qui permettront notamment de découvrir en détail le diverticule des Félins, non reproduit en grandeur nature (mais dont quelques images sont visibles dans la visite virtuelle sur lascaux.culture.fr).

Dans le diverticule des Félins

C’est un cabinet d’architectes norvégien, Snohetta, qui a reconstitué les galeries longues de 150 mètres, profondes de 70 mètres et hautes de 9 mètres. Quant aux peintures d’aurochs, de cerfs et de chevaux, elles ont nécessité plusieurs années de travail pour les artistes de l’Atelier des fac-similés du Périgord (AFSP).

« Les fac-similés de Lascaux 4 sont fidèles à l’état actuel de la grotte. Les champignons qui la dégradent sont reproduits », témoigne le journaliste de Sciences et Avenir Erwan Lecomte, qui a visité le chantier cette semaine.

Les artistes lui ont expliqué avoir des difficultés à reproduire les couleurs des peintures rupestres, car l’éclairage de l’atelier est beaucoup plus fort que la lumière naturelle de la grotte.

La peinture d’origine est projetée sur la paroi reconstituée qui leur sert de toile : il est ainsi plus facile de décalquer les traits au millimètre près, exploitant les reliefs du mur pour mettre en valeur certains détails comme l’ont fait les artistes préhistoriques. Les pigments utilisés sont naturels : jaune, brun, rouge, noir… avec « une faible dose de liant acrylique » pour « fixer et stabiliser » la couleur.

1 commentaire
  • Robert Bernier - Abonné 5 mars 2016 09 h 33

    Grotte de Chauvet (Pont d'Arc)

    J'ai visité, l'été dernier, la reproduction complète en 3D d'une grotte datant de 36 000 ans, ce qui en fait la plus vieille grotte connue avec peintures rupestres. Il s'agit de la grotte Chauvet ou du Pont d'Arc. Ce projet de rénover la reproduction de Lascaux est aussi grandiose.

    Dans la grotte de Chauvet, j'ai eu l'impression, à certains moments, d'être en présence de nos lointains ancêtres. L'art a commencé il y a bien longtemps.

    À voir absolument ... si vous passez par là. Il n'y a pas que les châteaux en France.

    Robert Bernier
    Mirabel