Les criminels trahis par leur odeur

Des bergers allemands et belges malinois sont entraînés à comparer des traces olfactives prélevées sur des scènes de crime (dans les bocaux) à l’odeur de suspects.
Photo: DGPN-SICOP Des bergers allemands et belges malinois sont entraînés à comparer des traces olfactives prélevées sur des scènes de crime (dans les bocaux) à l’odeur de suspects.

En France, des chiens entraînés à reconnaître des odeurs humaines ont permis de résoudre 162 affaires judiciaires depuis 2003. Pourtant, plusieurs services de police à travers le monde, y compris au Québec, négligent d’avoir recours au puissant odorat des chiens dans leurs enquêtes, voire à faire valoir les éléments de preuve qu’ils peuvent fournir dans les procès. Une étude scientifique menée au Centre de recherche en neurosciences de Lyon démontre que le flair des clébards est infaillible et que leur contribution est tout à fait fiable dans la recherche de coupables.

L’odorologie est utilisée depuis 2003 en France pour confirmer la présence d’un individu sur une scène de crime. Cette méthode d’analyse des odeurs humaines repose sur le fait chaque humain possède une odeur qui lui est propre. Cette odeur est formée d’une combinaison de composés volatils produits par la peau dans laquelle la proportion de chaque molécule diffère d’une personne à l’autre. Certains composés sont même uniques à certains individus.

Tant qu’une affaire n’est pas résolue, les traces olfactives restent dans l’odorothèque. Elles peuvent y rester un an, deux ans, voire dix ans. Et le jour où on trouve un suspect, ce serait super de pouvoir demander au chien de faire une identification sur ces vieilles traces, si nous démontrons d’un point de vue scientifique que l’animal est capable de le faire.

 

« Cette identité olfactive forme un noyau autour duquel gravitent d’autres odeurs associées aux types de consommation de l’individu, par exemple les médicaments qu’il prend, les crèmes et autres cosmétiques qu’il utilise, et le fait qu’il soit fumeur ou non, explique la neuroscientifique Barbara Ferry, du Centre de recherche en neuroscience de Lyon, qui a dirigé l’étude. Nous avons montré que les chiens peuvent reconnaître le noyau d’une odeur en se fichant totalement de tout ce qui est extérieur. Si la personne change son mode de vie et ses habitudes, le chien continuera à la reconnaître. »

D’autres études ont indiqué que des chiens bien entraînés pouvaient même faire la différence entre l’odeur de deux jumeaux homozygotes qui vivent ensemble, qui s’habillent de la même façon, qui mettent les mêmes cosmétiques, qui ont la même hygiène de vie. « Ces jumeaux ont non seulement des empreintes digitales qui leur sont propres, mais ils ont une identité olfactive propre », souligne Mme Ferry.

Ces performances intéressent le Service de police de la Ville de Montréal, qui ne fait pas appel à des chiens renifleurs dans les enquêtes qu’il mène. Quant à l’Agence des services frontaliers du Canada, elle a bien recours à des chiens, mais pour détecter les drogues prohibées, les armes à feu, les devises et les produits alimentaires, végétaux et animaux.

Entraînés à associer

Un individu qui entre quelque part laissera toujours une trace olfactive sur son passage : sur les objets lorsqu’il manipulera, sur les vêtements que son corps touchera. « Il peut transférer son odeur quand il s’assied quelque part. Dès qu’il y a contact entre l’individu et un objet, il y a transfert de molécules olfactives. Certaines personnes sont de meilleurs donneurs d’odeurs que d’autres. Il y a des gens, parce qu’ils transpirent beaucoup ou parce qu’ils ont une peau un peu grasse, qui vont laisser plus d’odeur sur les objets qu’ils manipulent », fait remarquer Mme Ferry.

85%
C’est la proportion dans laquelle les chiens réussissent à associer la trace olfactive à son propriétaire. Les 15% restants ne sont pas des erreurs, mais des cas où le chien n’a pas réussi à faire d’association. Le chien a donc toujours raison.

Ce sont des techniciens de la police scientifique en combinaison stérile et munis de masque qui procèdent au prélèvement des traces olfactives à l’aide de cotons absorbants, qu’ils déposent dans des bocaux en verre stériles qui sont ensuite scellés. Comme les odeurs sont volatiles, on préconise de les prélever dans les 24 heures, voire 36 heures qui suivent l’infraction. « Au-delà, c’est toujours possible mais la trace sera un peu moins puissante et cela exigera plus d’effort au chien qui peut-être ne réussira pas à faire l’association même si l’odeur est présente », affirme Mme Ferry.

Dans un article publié dans la revue PLOS ONE au sujet de l’odorologie, le groupe de chercheurs du Centre national de la recherche scientifique-Université Claude Bernard Lyon 1-INSERM décrit comment des bergers allemands et belges malinois ont été entraînés à associer une odeur prélevée sur une scène de crime à celle d’un suspect. Dans un premier temps, des traces olfactives et des odeurs corporelles prélevées sur des personnes connues des maîtres-chiens sont présentées aux jeunes chiens de manière à pouvoir contrôler si les animaux font les bonnes associations.

Lors de chaque séance d’entraînement, on invite d’abord le chien à flairer l’odeur de référence, qui correspond aux traces prélevées sur la scène d’un crime. Puis, on l’incite à renifler les odeurs de cinq personnes différentes — dont l’une est celle d’un suspect — qui ont été déposées dans cinq flacons distincts. Le chien est conditionné à se coucher devant le flacon contenant l’odeur qu’il a reconnue comme étant identique à celle de l’odeur de référence.

Le chien a toujours raison

L’étude publiée dans PLOS ONE, qui fait état des performances de 13 chiens de la Sous-direction de la police technique et scientifique d’Écully depuis 2003, révèle qu’à l’issue d’un entraînement de 24 mois, les chiens ont réussi à associer correctement une trace olfactive à l’odeur corporelle de son propriétaire dans plus de 85 % des cas. Les chiens ne se sont jamais trompés, dans le sens où ils ne confondaient jamais les odeurs de deux personnes différentes. Dans 15 % des cas, ils ne sont toutefois pas parvenus à reconnaître l’odeur d’une même personne, soit en raison de la piètre qualité du prélèvement ou de la nature même de l’odeur.

« Les molécules volatiles vont se placer sur les récepteurs olfactifs des chiens alors que d’autres plus lourdes et moins volatiles vont s’y fixer de façon moins prégnante », explique Mme Ferry avant de préciser qu’une telle prouesse est possible grâce à l’exceptionnel odorat des chiens, qui peut être jusqu’à 10 000 fois plus sensible que celui de l’homme lorsque ceux-ci sont bien entraînés. Le degré de sensibilité dépend de la race du chien, du type de molécules flairées et du niveau d’entraînement du chien. Les chercheurs ont en effet remarqué que « les bergers allemands étaient plus performants que les bergers belges malinois, sans doute parce qu’ils sont plus disciplinés et plus attentifs », précise la chercheuse.

Affaires irrésolues

Les chercheurs français s’appliquent maintenant à vérifier si leurs chiens renifleurs parviennent à associer l’odeur corporelle d’un suspect à une trace olfactive prélevée il y a plusieurs années et conservée depuis dans une odorothèque, où la température et l’hygrométrie sont contrôlées. « Tant qu’une affaire n’est pas résolue, les traces olfactives restent dans l’odorothèque. Elles peuvent y rester un an, deux ans, voire dix ans. Et le jour où on trouve un suspect, ce serait super de pouvoir demander au chien de faire une identification sur ces vieilles traces, si nous démontrons d’un point de vue scientifique que l’animal est capable de le faire », suggère Mme Ferry qui avoue du même souffle que tout porte à croire que l’odeur d’une personne ne change pas avec l’âge et que les anciennes traces olfactives ont conservé leur état d’origine.

L’étude décrite dans PLOS ONE devrait convaincre la communauté internationale de la fiabilité de cette méthode et de la valeur des indices qu’elle procure comme éléments de preuve dans les procès.

1 commentaire
  • Guy Lafond - Abonné 27 février 2016 11 h 38

    Le chien, le meilleur ami de l'homme, de la femme, et de l'enfant


    La police d'Ottawa aussi devrait se procurer des chiens.

    Je ne suis absolument pas impressionné par leurs méthodes de travail.

    (Un Québécois à pied et à pied d'oeuvre à Ottawa)